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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Femmes et bouddhisme (Gabriela Frey)

Gabriela Frey, spécialiste de la question, nous donne le texte de son excellente intervention pour FHEDLES sur le thème Femmes et Bouddhisme. Elle y aborde successivement :

  1. L’attitude du bouddha vis-à-vis des femmes
  2. Le rapport femmes, monastères, moines et l’ordination.
  3. Une réflexion féministe sur le  bouddhisme

Téléchargez ici au format pdf l’intégralité de la conférence, ou lisez-la en ligne ci-dessous.

FEMMES et BOUDDHISME

Par Gabriela Frey

 

Présidente du Comité Bouddhisme et femmes de l’Union Bouddhiste Européenne. Présidente fondatrice de Sakyadhita France, branche de l’association internationale des femmes Bouddhistes

 

  1. L’attitude du Bouddha et des Bouddhistes vis-à-vis des femmes.

 

Quel est finalement l’enseignement du Bouddha ?

S’abstenir de tout ce qui est nuisible.
Faire ce qui est bénéfique.
Purifier l’esprit.
Tel est l’enseignement du bouddha.

L’enseignement du Bouddha s’adresse à tous les êtres, sans exception. Il a montré le chemin vers la libération ultime, qui peut-être emprunté par les hommes et les femmes, sans distinction.

 

« Seul importe le Véhicule. / Qu’on soit homme ou femme / Quiconque prend le Véhicule / atteint le nirvâna ». [Samyutta Nikaya, I, 5, 6]  »

Selon le Bouddha, la vie religieuse est parfaite seulement s’il y a des moines et nonnes pleinement ordonnés et réalisés ainsi que des disciples laïcs hommes et femmes. (1)

Le Bouddha à enseigné: « un moine avec un comportement éthique, une nonne riche en sagesse, des disciples plein de confiance (homme et femme) illuminent la communauté, ils sont la lumière de la communauté. » (Anguttara-nikaya)

Le péché originel d’Eve qui serait une des raisons de la hiérarchisation entre les sexes dans le christianisme n’existe pas dans le Bouddhisme. Ce « péché » qui fait sortir les êtres d’un état qui pourrait ressembler à un paradis est expliqué dans le « Aggañña-sutta ». C’est un des rares textes du canon bouddhique qui explique « l’origine des choses ». Au commencement, les êtres étaient seulement esprits et n’avaient pas de sexe. Ce texte explique le processus, il explique comment mais pas pourquoi les choses apparaissent ni l’apparition d’une distinction des sexes.

Un des co-auteurs de l’ouvrage « La femme » (2) qui traite de la place de la femme dans les différentes religions, le Bouddhiste Dominique Trotignon, évoque ce sutra et en cite la conclusion: « Il n’existe au départ aucune hiérarchisation des sexes, aucune valorisation particulière du masculin: la distinction sexuelle des êtres, d’abord indifférenciés, se produit comme un phénomène parmi d’autres, résultat d’une évolution qui procède par différenciation dualiste, selon un processus qui fait étrangement penser à celui de la division cellulaire ! Tel est « l’ordre des choses », qui voit apparaître des phénomènes quand certaines conditions sont réunies, généralement liées à l’expression de désir qui, irrémédiablement, entraînent chez les êtres l’apparition de nouvelles formes de désir, elles aussi marquées par la dualité: avidité ou répulsion, orgueil ou mépris, attraction ou rejet… Ainsi, petit à petit, se met en place un système complexe de « conventions », qui évolue lui-même au fil du temps. »

Selon les enseignements du Bouddha, tant que nous sommes enfermées dans une optique de la dualité (moi-toi, noir-blanc, etc.) nous sommes dans le samsara et dans la souffrance. La libération du désir, de l’aversion et d’autres formes de l’ignorance est appelée Nirvana. Ceci est valable pour tous les êtres (hommes ou femmes) et idéalement on reconnaît que la réalité absolue est la non-dualité.

Le Bouddha et d’autres êtres éveillés (Thatagatas) ne peuvent nous libérer de la souffrance, ni de ses causes (désir, avidité, ignorance, haine) qui nous entraînent dans un cycle incessant de renaissances. Ils ont montré le chemin et nous offrent des méthodes, que nous pouvons nous approprier pour en sortir. Le chemin spirituel de l’entraînement de l’esprit est le même pour les femmes et les hommes. Il en est de même pour la loi du Karma. Selon le Bouddha, la loi de cause à effet n’est pas une fatalité. Le précieux corps humain (homme ou femme) nous donne la possibilité de façonner positivement (ou négativement) notre destinée.

Padhmasambhava, un grand maître éveillé du Vajrayana (j’expliquerai ce terme dans quelques minutes) dit : les femmes sont peut-être même un peu plus douées: « Le corps humain est la base pour la réalisation de la sagesse. Les corps grossiers d’hommes et de femmes sont qualifiés au même titre pour atteindre l’illumination. Par contre si une femme a une véritable volonté d’atteindre l’illumination, elle possède un potentiel plus élevé. »(3)

Le Bouddha Shākyamuni a donné trois types d’instructions spirituelles (les yanas), en fonction de la capacité de compréhension de son auditoire, visant à libérer les êtres sensibles de la souffrance et à les conduire à la plus haute perfection de l’esprit : l’Eveil.

  • Dans l’Hinayana (appelé aussi le Bouddhisme des premiers temps) la pratique consiste à renoncer aux non-vertus et aux émotions perturbatrices et à éviter tous ce qui produit de la souffrance pour soi et les autres afin de sortir du Samsara et d’atteindre la libération.
  • Dans le Mahayana (le Grand véhicule) on apprend, que tous les êtres possèdent la graine de la plus haute perfection de l’Esprit (nature de Bouddha), qu’il faut la faire grandir et que toutes choses sont interdépendantes. On souhaite arriver à l’illumination afin de pouvoir aider les autres à s’en sortir aussi (Chemin du Bodhisattva).
  • Le Vajrayana (le véhicule adamantin, le tantrayana ou aussi mantrayana), est une méthode pour reconnaître la non-différentiation du Samsara et du Nirvana et l’union de la sagesse et de l’amour compassion (méthode). Le véhicule des tantras préconise l’utilisation du potentiel de ses émotions. Si l’on reconnaît qu’en leur nature profonde les agrégats du «moi» (la forme, la sensation, la perception, la formation mentale et la conscience), les émotions sont des qualités de la Nature de Bouddha, il est possible de les purifier ou de les transformer en sagesse par divers «moyens habiles». C’est la voie qui transforme les poisons en remèdes ou catalyseurs. Ceci nécessite évidemment un bon enseignant et un maître pour ne pas se tromper.

Le Bouddha a enseigné ces 3 chemins afin que chacun(e) puisse trouver la méthode qui lui convient. Il enseigna également l’importance d’examiner chaque enseignant et chaque enseignement afin de voir, s’il est bénéfique à notre évolution vers l’éveil et s’il ne nuit à personne. (Kalamasutta)

En voyant ce même potentiel chez chaque être pour aller vers l’illumination le Bouddha accepta hommes, femmes de toute caste et de toutes origines dans sa Sangha (communauté des renonçant), sans discrimination aucune.

La Sangha des moines et aussi celle des nonnes dépendaient de la société laïque pour subvenir à leurs besoins élémentaires, comme nourriture, médecine, habits, etc. Les membres de la Sangha partaient chaque jour dans les villages pour demander de la nourriture, etc., pour en échange offrir des prières et dispenser des conseils et enseignements. Ceci pour rappeler, que les liens entre les moines et les laïcq hommes et femmes étaient très forts.

Les femmes ont joué un rôle important dans la vie du Bouddha. Sa mère décéda peu après la naissance du Bouddha et sa tante, Mahaprajapati deviendra sa mère nourricière. Son épouse Yasodhara donna naissance à leur fils Rahula. Après avoir quitté sa vie de prince, il parcourt l’étendue Indienne à la recherche de réponses et de la libération ultime. Après qu’il eut pratiqué une ascèse sévère, très affaibli, il n’arriva plus à méditer. La jeune fille Sujata lui offrit alors du lait, ce que lui permit de regagner de la force pour aller à Bodhgaya et s’asseoir sous l’arbre de Bodhi, où il atteignit l’illumination.

Après son éveil, le Bouddha commença à enseigner « à tourner la roue du Dharma » et il reçut ses premiers disciples. Approximativement 5 années après avoir établi la Sangha des moines, il établit la Sangha des femmes. Sa mère nourricière Mahaprajapati, son épouse et un grand nombre de femmes de son clan des Shakyas, sont venu à pied, le crâne rasé depuis Kappilavatthu jusqu’à Vaishali pour lui demander de les accepter en tant que disciples. Selon la légende Mahaprajapati demande trois fois au Bouddha qui refuse. Son disciple proche Ananda, plein de compassion pour ces femmes,  demanda si une femme pouvait atteindre la libération et devenir un Arhat (illuminé). Le Bouddha lui dit que c’était possible, sans aucun doute. Par contre il voyait aussi que s’il acceptait les femmes comme disciples et s’il leur offrait la pleine ordination [explication de ce terme plus loin], cela représenterait un changement révolutionnaire pour la société dans laquelle ils vivaient. Le but du Bouddha n’était pas de révolutionner la société, mais d’enseigner aux êtres comment entraîner leur esprit.

Il est important de se rappeler la situation des femmes, il y a +/- 2500 années en Inde (et qui n’a guère évolué depuis). Une femme était sous tutelle de son père jusqu’au jour de son mariage (généralement arrangé). Ensuite elle était sous tutelle de son mari. Elle ne pouvait pas régler d’affaires autres que celles de la maison. Elle devait faire le ménage, faire à manger, avoir des enfants (de préférence mâles) et être au service de toute la belle-famille. Il faut aussi se rappeler, que c’est une société d’Hindous. Seul un fils pouvait diriger les célébrations de la crémation des parents. Il était donc indispensable pour le salut des parents. Un dicton disait qu’avoir une fille c’est comme arroser le jardin d’un autre. Une dot était toujours (et l’est encore) un poids énorme à supporter pour une famille. En bref une femme n’avait pas beaucoup de valeur et ne pouvait d’aucune manière appartenir à elle- même.

Demander de pouvoir mener une vie sans demeure, partir seule en tant que mendiante, sans accompagnement masculin, s’occuper de ses propres intérêts, quelque noble que soit le but – c’est-à-dire de parcourir le chemin vers l’éveil – était dangereux et constituait une révolution sans pareille pour la société de cette époque. (Seul le Jaïnisme avait reconnu aux femmes un statut spirituel similaire à celui des hommes, +/- 250 ans avant le Bouddha)

Je pense, que le Bouddha voyait que sa Sangha avait tout juste commencé, que les disciples débutaient sur le chemin ; il se faisait du souci à propos des conséquences pénibles pour les femmes.  Il voyait bien leur potentiel et ne voulait voir souffrir personne. En conséquence, le Bouddha aurait accepté d’offrir l’ordination aux femmes. Il aurait cependant posé la condition qu’elles acceptent les 8 Garudharmas, les « 8 Grandes Conditions», toutes visant à subordonner les nonnes (bhikkhuni) aux moines (bhikkhus).

De nouvelles recherches, par Bhikkhu Analayo et aussi d’autres chercheurs, remettent ceci en question et attribuent les 8 Garudharmas à une période postérieure à celle du Bouddha. (Note 1, page 141).

Juste pour illustrer un peu ce que Mahaprajapati aurait été contraint d’accepter, voici la 1e et la 6e règle :

  • (1) Une nonne, quand bien même elle serait ordonnée depuis cent ans, doit, devant tout moine, quand bien même il serait ordonné du jour même, le saluer respectueusement, se lever en sa présence, s’incliner devant lui et lui rendre tous les honneurs qui lui sont dus.
  • (2) L’ordination majeure pour une nonne (l’initiation upasampada) ne peut être sollicitée

devant les deux sanghas que lorsqu’une novice a observé pendant deux ans les six préceptes (les cinq premiers préceptes plus le précepte qui impose de ne prendre qu’un repas par jour avant-midi).

Apprenant ces huit points, Mahapajapati consentit aux conditions et fut ainsi ordonnée comme première bhikkhuni de la Sangha bouddhiste.

Selon la Tradition, les moines observent +/- 217 règles et les nonnes de leur côté observent  +/- 311 préceptes dont les Huit Grandes Conditions. Quand la Sangha féminine fut établie, elles devraient déjà adopter les préceptes données aux moines. Au fil du temps, d’autres préceptes se sont ajoutés, spécialement donnés aux nonnes. Il faut savoir qu’un précepte a été donné après que des incidents aient été rapportés au Bouddha qui donna une règle pour les éviter ensuite.

L’ordination est conférée depuis le temps du bouddha par des lignées ininterrompues, par des  Bhikkus et Bhikhunis qualifiés. Il est de coutume de noter les noms de la lignée de tous celles et ceux qui transmettent la pleine ordination. C’est aussi valable pour les enseignements et initiations des pratiques de la médiation. Si une lignée est interrompue, l’enseignement ou l’ordination ne peut plus être donnée. Soit on a la chance qu’elle existe encore dans une autre lignée soit c’est perdu à jamais.

En ce qui concerne la pleine ordination il y avait initialement +/- 6 grandes lignées de transmission. Seule celle du Teravada, du Mulasavastavada et du Darmaguptaka persiste à nos jours. Et dans ces 3 lignés seule la transmission de la pleine ordination pour femmes du Darmaguptaka a survécu. Le grand débat est actuellement de savoir si nous pouvons réintroduire la pleine ordination pour les femmes soit via le Darmaguptaka soit en autorisant les moines à conférer cette ordination directement comme il était de coutume du temps du Bouddha.

Il y aurait encore beaucoup à dire et à raconter, mais je souhaite venir maintenant au point suivant. (Voir aussi la Note N°4 pour plus d’information)

 

2) Le rapport femmes, monastères, moines et l’ordination.

Après que le Bouddha eut fondé l’ordre des nonnes, celles-ci pratiquaient assidûment et devenaient petit à petit des enseignantes visibles dans la société, atteignant les niveaux spirituels les plus élevés. Pour illustrer ceci j’aimerais vous parler des Therigathas(5), les versets des nonnes anciennes.

En pāli : thera pour anciennes et gāthā pour versets, est une collection de courts poèmes bouddhiques censés avoir été composés par les membres de la Sangha bouddhiste originelle. Dans le canon pali (l’enseignement du Bouddha rédigé en Pali), le Therigāthā est rangé dans le neuvième livre du Khuddaka Nikaya, qui consiste en 73 poèmes (522 versets en tout) dans lesquels les chants des premières nonnes (bhikkhunis) sont répertoriés et où elles exposent leurs luttes et leurs réalisations tout au long de la route vers l’état d’arahant. Elles y racontent leurs histoires avec honnêteté et une beauté à briser le cœur qui révèle le côté profondément humain de ces femmes extraordinaires et nous procure de vivifiants aide-mémoires de notre propre potentiel à suivre leurs traces. (extrait de Wikipedia)

Le Therigāthā joue aussi un rôle significatif dans l’étude du Bouddhisme ancien et contient de nombreux passages qui réaffirment que les femmes sont les égales des hommes en matière d’accomplissement spirituel.

Dans un des textes de l’Anguttara Nikaya I., (chapitre 14 Ettadagga Vagga – les disciples les plus éminents – Spitzen der Jüngerschaft) on trouve une liste de moines, nonnes et laïques hommes et femmes qui étaient selon le Bouddha ses plus éminents disciples, soit en sagesse, soit en maîtrise des enseignements, soit par leurs réalisations et par de mobreuses autres qualités.

Ainsi le Bouddha a nommé, après une quarantaine de moines et hommes laïques, 13 Bhikkhunis et 21 femmes laïques comme étant les plus éminentes :

  • Bhikkhuni Khema – puissante en sagesse
  • Bhikkhuni Uppalavanna – douée en Magie
  • Bhikkhuni Patacara – Experte dans les règles de l’ordre
  • Bhikkhuni Dhammadinna – éminente dans l’enseignement (B)
  • Disciple laïque Uttara – riche en sagesse
  • Et bien d’autres….

Les nonnes étaient renommées pour leur érudition, leur sagesse et leurs dons exceptionnels d’enseignement. (La nonne Soma, qui savait par cœur l’entier Vinaya après l’avoir seulement entendu une fois du Bouddha et qui a défié Mara…)

Je pense, que les disciples mâles du temps du Bouddha étaient malgré tout prisonniers de la vision omniprésente de cette époque et ignorants en ce qui concerne les femmes. Pour illustrer ceci j’aimerais évoquer l’histoire de l’un des proches disciples du Bouddha, Sariputra réputé pour être le gardien de la pureté de l’enseignement.

Il était connu pour être attaché à l’idée qu’une femme devait d’abord renaître dans un corps d‘homme avant de pouvoir atteindre l’illumination. Une femme (ou déesse) au nom de Shunyatadevi parut lors d’une séance de débats et échangea d’une manière magique son corps avec celui du moine. Ainsi Sariputra reconnut, qu’il n’y a pas d’existence substantiellement féminine, qui doit être transformé. L’enseignement de cette femme/déesse est peu théorique et va droit à l’essentiel de l’enseignement : la vacuité du soi et de l’objet. (Ceci réfère aux agrégats du moi dont nous avons parlé tout à l’heure). Tout ce qui apparaît dépend de conditions, de noms et de perspectives. (Note 1, auteure Lily Besilly, page 41)

Depuis l’époque du Bouddha jusqu’à nos jours se sont succédées des femmes ayant prouvé en toute simplicité par leur façon d’être, par leurs enseignements brillants – parfois très direct allant droit au but – que l’ETRE compris comme la manifestation de l’esprit, habite un corps mais non un sexe.

À l’époque du Bouddha, les disciples et la société indienne avaient évolué déjà un peu vers une autre vision de la femme, mais hélas ni le corps social ni les disciples n’avaient été guéris de leur ignorance, de leurs préjugés, du machisme et d’autres mauvaises habitudes.

Après la disparition du Bouddha, les disciples (mâles) organisèrent des conciles, afin de structurer et préserver l’héritage du Bouddha:

  • Le 1er peu après la mort du Bouddha, à Rajagrha au 5ème siècle avant JC (établissement du canon Bouddhique Tipitaka),
  • Le 2e à Vaishali 367 avant JC
  • Le 3e 250 avant JC à Pataliputra (désaccord et création d’au moins 2 groupes : les anciens, les Sthavira dont descendrait le Theravāda actuel, et un groupe « majoritaire », le Mahasanghika, partisan de réformes).

C’est aussi le temps ou le Bouddhisme apparut au Sri Lanka (grâce à Sanghamitta, la             fille du roi Ashoka) et où pour la première fois les enseignements du Bouddha furent mis en forme écrite (Pali).

La diffusion du Bouddhisme en Inde :

Regarder d’un peu plus près la longue histoire du Bouddhisme montre clairement que les hommes avaient beaucoup de temps pour modifier les enseignements de Bouddha. Ils ont (consciemment ou inconsciemment) déguisé leurs mauvaises habitudes en traditions voir même en réglementations pour les monastères pour solidifier leur pouvoir. Les femmes étaient à nouveau subordonnées et remise au deuxième rang, malgré leurs réalisations et exploits sur le chemin spirituel.

Avec les invasions et les guerres en Inde, le déclin du Bouddhisme commença entre le 6ème et 7ème siècle après JC. De nos jours seulement 2-3 % de la population en Inde est Bouddhiste.

Le fait que les monastères de femmes étaient subordonnés à ceux des moines a amené les laïcs à penser de plus en plus qu’en finançant par des dons les monastères masculins, on pouvait gagner d’avantage de mérite (bénédictions / bon Karma) qu’en faisant des offrandes aux nonnes. Les nonnes disposaient ainsi de beaucoup moins de ressources, de nourritures, et donc de possibilités d’accès aux enseignements, etc.

Pourtant dans 2 textes anciens (Dakkhinavibbhanga-sutta / Madhyama-agama) il est noté, que des offrandes faites aux 2 Sanghas sont supérieures à celles qui sont données seulement à une.

Même si une femme avait atteint l’état d’éveil ou un niveau spirituel supérieur, il lui était souvent difficile, de l’écrire (manque d’étude) pour laisser une trace. Nous avons aujourd’hui bien des récits de femmes extraordinaires grâce aux écrits de leurs disciples (souvent masculins).

L’ordination majeure ne peut être sollicitée que devant les deux Sanghas, celle des moines et celle des nonnes, rendant ainsi les nonnes tributaires des moines. (la 6ème règle majeure)

Le point important dans l’ordination majeure tient à ce qu’il faut avoir une ligné ininterrompue de Bhikkhus et de Bhikkhunis, capables de la conférer à leur tour. Pour être en mesure de donner la pleine ordination il est demandé dans la Vinaya (récit des règles monastiques), qu’un moine ou une nonne soit pleinement ordonné(e) depuis au moins douze années. D’autre part pour la cérémonie de l’ordination, il faut avoir au moins 10-12 Bhikkhus et 10-12 Bhikkhunis qualifié de cette manière.

Il était donc particulièrement difficile de réunir toutes les conditions imposées par le Vinaya, lorsque les candidates à une ordination majeure résidaient dans une région lointaine avec peu de monastères. Au Tibet par exemple la pleine ordination n’a jamais été transmise « selon les règles du Vinaya ». Les femmes y ont reçu seulement l’ordination de novices.

Une autre difficulté tient aux guerres et aux famines. Les nonnes étaient généralement les premières à en souffrir car elles recevaient moins de soutien que les moines de la part des laïcs. C’est ainsi, qu’au Sri Lanka l’ordre des Bhikkunis a disparu à cause d’une grande famine, il y a à peu près mille ans.

C’est dans ce contexte puissamment patriarcal et si peu propice à un accès égal des femmes à la réalisation spirituelle qu’apparut le Bouddhisme tantrique (Vajrayana). Certaines femmes en effet devinrent des maîtres exceptionnelles, et je crois même que certaines d’entre elles ont participé fortement à sa naissance et la propagation de cette branche du Bouddhisme. Les premières traces écrites du Vajrayana datent du 4ème siècle. Il s’est développé aux alentours du 7ème au nord de l’Inde et il est surtout pratiqué de nos jours dans la région himalayenne (Tibet, Népal, Sikkim, Bhoutan, nord de l’Inde, confins ouest et nord de la Chine). (Note 7- livre très intéressant sur les femmes dans le Bouddhisme tantrique)

Pratiquante du Vajrayana, je me suis intéressée à toutes les représentations des bouddhas féminins : leurs origines et les significations qu’elles pouvaient avoir. Puisque les femmes n’avaient pas vraiment accès à l’éducation ni aux informations pouvant les guider dans leurs quêtes spirituelles, nombreuses étaient celles qui devenaient des ermites, yoginis et pratiquaient toutes seules dans des grottes, dans des cimetières et d’autres endroits à l’écart de la société. Bien sûr elles se référaient à un maître, mais elles avaient plus de chances de réussir leur vie spirituelle si elles s’éloignaient de la société trop patriarcale qui voulait les enfermer dans des rôles traditionnels (épouse, mère, etc.).

Il y a généralement quatre types de « déités » ou personnages féminins dans le Bouddhisme Vajrayana :

  • Yidam: un support de méditation qui représente l’union de la sagesse et de la compassion, et qui n’est cependant pas séparée du méditant, par exemple: Tara Verte, qui représente l’activité compatissante de tous les Bouddhas (son nom signifie « la Libératrice »). Elle est représentée avec un visage, deux bras, et un corps de couleur verte. Sa main droite est ouverte dans le geste de la générosité, et sa main gauche tient la tige d’un lotus bleu, qui fleurit près de son oreille gauche. Tara verte est particulièrement connue pour sa puissance à surmonter les situations les plus difficiles, donnant protection et réconfort contre tous les dangers. Il s’agit d’une déité tibétaine qui intervient toujours pacifiquement.
  • Gourou: généralement le fondateur d’une lignée, un être pleinement réalisé qui peut devenir un guide spirituel. Exemple 1: Machig Labdrön est une tibétaine du 11ème siècle qui fonda la pratique du Chöd (« coupé »). Elle est représentée sous la forme d’une déité blanche, paisible et dansante. Exemple 2 : Niguma : Cette femme fut un formidable Mahasiddha, la sœur ou parèdre de Naropa. Elle fonda la pratique des « Six Yogas de Niguma ». Elle est une manifestation de la Dakini de la sagesse primordiale, qui souhaita sous une forme féminine aider des êtres à atteindre les plus hautes réalisations. Elle est apparue a Khyoungpo Neldjor et lui conféra les six Yogas et les 5 enseignements, ce qui le conduira à fonder la ligné Shangpa Kagyü.

 

  • Protectrice du Dharma: la plupart du temps dépeint comme un être éveillé sous une forme courroucée, la fonction première de la protectrice est d’éliminer les obstacles spirituels du pratiquant. Exemple : Palden Lhamo (dont le nom se traduit par « Glorieuse Déesse ») est la seule protectrice du Dharma commun aux quatre écoles du Bouddhisme tibétain. Elle est très courroucée, et chevauche sa mule à travers une mer de sang, entourée du feu de la sagesse. Elle est bleu nuit, avec un visage à trois yeux ; elle porte un soleil à son nombril et une lune en couronne, et au-dessus d’elle se trouve une ombrelle en plumes de paon (un symbole traditionnel de protection). Il existe, associé à elle, un système de divination utilisant des dés. On considère souvent qu’elle est apparentée à Sarasvati ou Tara.

 

  • Figure historique: une personne ayant eu une vie humaine, et que l’on peut replacer dans un contexte historique d’après une tradition. Exemple : L’ermite et sainte tibétaine Yéshé Tsogyal, dont le nom signifie « sagesse primordiale », qui naquit en tant que princesse de Karchen et épousa le roi du Tibet Trisong Detsen (740797). Dans sa quête spirituelle, elle devient parèdre de Padmasambhava et dépositaire de son enseignement, grâce à son don de mémoire absolue.

Si vous souhaitez en savoir plus vous pouvez trouver une liste non exhaustive de « déités » féminines sur le site www.buddhistwomen.eu

 

3) Une réflexion féministe sur le  bouddhisme

Même de nos jours, la situation des femmes n’a guère évolué mais, avec détermination, les femmes commencent à changer leurs situations.

Un bon exemple est mon amie, l’Anglaise Diane Perry, née en 1943 à Londres. Elle éprouve un ardent désir de solitude et de perfection ainsi qu’une attirance particulière pour le Bouddhisme. À vingt ans, elle part pour l’Inde, rencontre son maître spirituel et décide de se consacrer à ses enseignements avec détermination. Elle est l’une des premières Occidentales à être ordonnée nonne et elle a reçu le nom Tenzin Palmo. Elle est l’unique nonne parmi les cent moines d’un monastère tibétain où elle vit et elle affronte la discrimination sexuelle. Isolée mais incroyablement déterminée, elle fait le vœu d’atteindre l’Éveil en tant que femme et d’améliorer le sort de ses consœurs. Elle se retire dans une petite grotte du Lahoul, à la frontière indo-tibétaine, à quatre-mille mètres d’altitude. Douze années durant, elle va se consacrer à d’intenses méditations, assise dans le petit caisson traditionnel réservé à cet exercice, jamais allongée. Cette retraite la rend heureuse. Et tous les amis ou les curieux qui lui rendent visite après une si longue période d’isolement s’émerveillent de son épanouissement, de sa sérénité, de sa disponibilité. Depuis, elle parcourt le monde à la recherche de fonds pour construire un couvent destiné aux femmes en quête de perfection spirituelle. Puisant à la source de sa propre sagesse mais n’élevant jamais son expérience au rang de modèle, elle donne des conférences destinées à tous ceux qui cherchent à pratiquer le bouddhisme et se heurtent aux obstacles que semble y opposer la civilisation occidentale. La boucle est bouclée : Tenzin Palmo est venue au monde, s’en est retirée, et y revient pour un but purement altruiste. Comme une vraie disciple du Bouddha. Elle est maintenant professeur et fondateur du couvent Dongyu Gatsal Ling en Himachal Pradesh en Inde. (Extrait du livre Ermitage dans la neige, par Vicki Mackenzie). (Note 8)

J’aimerais vous parler aussi d’une autre femme extraordinaire, la Vénérable Karma Lekshe Tsomo, une américaine devenue nonne, qui vécut pendant un certain temps à Dharamsala (Inde) pour y étudier le Bouddhisme. En voyant les conditions de vie très précaires des femmes et nonnes dans la région himalayenne (qu’elle subissait aussi), elle songea à organiser une grande conférence invitant toutes les nonnes et aussi les moines, bref tous ceux qui s’intéressent à réfléchir ensemble afin de trouver des solutions. Ceci fut une tache gigantesque, surtout avec aucune ressource.

Après d’immenses efforts et avec le concours d’autres nonnes éminentes (6) de différentes traditions Bouddhistes, le premier congrès de l’histoire des nonnes bouddhistes eut lieu à Bodhgaya en Inde du Nord. À la suite de ce congrès l’association internationale des femmes bouddhistes Sakyadhita a vu le jour en 1987 (www.sakyadhita.org). Elle fut créée par les initiatrices et les participantes de cette rencontre mémorable. Ce congrès s’est tenu aussi sous l’égide du XIVème Dalaï Lama qui n’a cessé depuis lors d’encourager les membres de Sakyadhita à œuvrer de manière très active dans le domaine de la recherche et de l’information en vue de l’amélioration du statut des femmes dans le Bouddhisme.

Après cette première conférence, la décision a été prise d’unir sous une seule égide les femmes laïques et nonnes afin de publier les exposés. Nous sommes redevables à la Vén. Karma Lekshe Tsomo, qui publia sous forme de livres l’ensemble des conférences qui se tiennent désormais tous les deux années.

Les conférences de Sakyadhita ont aussi eu des effets durables dans les pays asiatiques. Ainsi la situation à été rendu publique et s’est améliorée par exemple pour les “moniales des 10 règles“ (Dasasilamatas) dans les pays du bouddhisme Theravada et pour les novices de la tradition tibétaine. Des questions pertinentes ont été posées de manière répétée à la société et à l’ordre monastiques sur la raison pour laquelle les femmes et moniales n’ont pas le même soutien et accès à l’éducation et à la pleine ordination.

Les demandes ont eu des effets. EIles ont produit quelques améliorations avec le soutien du Dalaï Lama. Au sein de la tradition du bouddhisme tibétain, nous n’avons toujours pas l’accès à la pleine ordination, mais plusieurs nonneries ont vu le jour. Les femmes peuvent y recevoir une éducation de philosophie bouddhiste supérieure et obtenir un titre de Gueshé-ma (doctorat). D’autres monastères établissent des centres de formations dans le but d’avoir des nonnes qualifiées pour remplacer les enseignants moines.

Concernant la pleine ordination, les femmes singhalaises sont parvenues à un très grand succès : après un congrès de Sakyadhita, vers la fin 1996, dix femmes ont obtenu la pleine ordination à Sarnath (Inde). Ensuite, d’autres ordinations ont suivi à Bodhgaya (Inde) et au Sri Lanka. C’est ainsi que l’ordre des nonnes a pu être rétabli au Sri Lanka après une interruption millénaire. Cet ordre est accepté par la société mais pas encore tout à fait par les moines.

En 1998 je suis allée pour la 1ère fois en Inde à Dharamsala dans le cadre de mon activité de secrétaire de l’Intergroupe Tibet au Parlement Européen. J’en ai profité pour visiter entre autres les monastères Sakya, de ma propre tradition tibétaine, à Dehradun. J’avoue avoir été choquée de voir la grande différence entre les enseignements reçu par mes maîtres en Europe et les conditions de vie des femmes et nonnes en Asie.

J’ai décidé pour commencer d’aider les nonnes de ma tradition Sakya. Dans ce dessein, j’ai fondé la branche française de Sakyadhita Internationale. Avec les amis de cette association et des amis du monde entier, nous avons contribué entre 1998 à 2008 à la construction de dortoirs, d’une école, d’un temple et aussi à l’établissement d‘un collège pour des études supérieures. Je suis particulièrement reconnaissante à Tenzin Palmo et aussi à Carola Roloff, pour leur travail de pionnières. Elles ont partagé avec moi leurs expériences et m’ont offert leurs précieux conseils.

En Janvier 2013 Sakyadhita France a invité 4 nonnes de la Nunnery et du collège Sakya au Congrès de Sakyadhita à de Vaishali pour les relier à la grande Sangha des nonnes et femmes bouddhistes du monde entier. Je suis partie sur place pour tout organiser et les accompagner. C’était très émouvant de voir à quel point elles étaient comme des éponges qui absorbaient toutes les informations et de voir leurs regards plein de reconnaissance.

Elles ont rencontré la Vén. Tenzin Palmo, qui leur a parlé et les a encouragées à continuer de demander des enseignements. Elles ont rencontré aussi la Vén. Jampa Tsedroen (Dr. Carola Roloff), qui leur a parlé de la pleine ordination et des possibilités de l’obtenir…

Vén. Jampa Tsedroen (Dr. Carola Roloff), originaire de la même ville que moi, Hamburg, est devenue nonne de la tradition tibétaine Gelugpa, et a reçu la pleine ordination, il y a +/- 30 ans. Le Dalai Lama lui a demandé de prendre en main les recherches pour trouver une solution à l’introduction de la pleine ordination dans le Bouddhisme Tibétain. (voir note 9)

En 2007 elle a reçu au Centre de Conférence de l’ONU le prix « Outstanding Women in Buddhism » à Bangkok (Thaïlande) juste avant le « 1er congrès international sur la place de la femme dans la Sangha Bouddhiste » qu’elle a organisé. http://www.congress-on-buddhist-women.org/

Sakyadhita France y a participé et a assuré la communication vers la France et le suivi des participants français sur place. Les contributions au congrès ont été publiées en anglais (voir Note N°1)

Avec d’autres éminentes nonnes, Dr. Carola Roloff a fondé en 2005 le « Committee of Bhiksuni Ordination » http://www.bhiksuniordination.net/

Les membres de ce comité développent par exemple du matériel pédagogique afin d’enseigner aux nonnes les fondements de la pleine ordination et ses avantages.

Il est important que les femmes s’organisent et surtout il est primordial, qu’elles aient un accès sans obstacle à l’éducation. Nous avons encore beaucoup à faire et seules on ne peut rien faire. C’est pour cette raison que j’ai oeuvré afin de pouvoir introduire le comité « bouddhisme et femmes » au sein de l’Union Bouddhiste Européen. (http://www.e-b-u.org/activities/committees/women-and-buddhism/ ) et l’Union Bouddhiste au sein de la conférence des OING au Conseil de l’Europe, http://www.coe.int/T/NGO/default_fr.asp .

CONCLUSION:

Mes enseignants bouddhistes m’ont appris, que chaque être possède le potentiel pour atteindre l’éveil, qu’il ne faut nuire à personne et développer l’amour compassion envers tous, sans exception.

Le Bouddha était opposé au système des castes de son époque. Les Bouddhistes contemporains devraient être opposés à toute forme de discrimination, violence et inégalités institutionnalisées de notre société. Ils devraient traduire l’opposition du Bouddha au système de castes dans un fort soutien des droits de l’Homme universels. (Note 10)

Toute forme de discrimination, tel que l’Apartheid, les lois qui maintiennent l’inégalité entre homme et femmes ou qui discriminent des personnes sur la base de leur sexe sont à considérer comme une forme moderne du système de castes.

Ceux qui proclament que nous avons déjà fait assez pour l’égalité entre hommes et femmes et que cela est dépassé de s’investir pour une égalité entre les sexes devraient regarder la réalité en face. La situation pour beaucoup de femmes est insupportable. La première cause de mortalité pour une femme est la violence conjugale, leur taux de chômage est plus élevé, l’accès à une éducation supérieure n’est pas le même, l’accès à la pleine ordination est bouché…. La liste est longue

Pourquoi est-il si difficile de dépasser nos mauvaises habitudes et modèles figé dans notre société et aussi dans celle des pays bouddhistes ? À mon sens, la raison est le «facteur humain». Le Bouddha nous a enseigné, que nous sommes le résultat de ce que nous pensons, que tout ce que nous sommes et expérimentons est un résultat de nos pensées et que nous façonnons le monde avec nos pensées.

Je pense, que les pensées du Bouddha étaient complètement libres de toute attitude discriminatoire. Si les Bouddhistes de notre temps oublient les intentions initiales du Bouddha et continuent à discriminer les femmes, nous devons nous demander pourquoi cela se produit.

Je me demande, pour quelles raisons les inégalités et les discriminations envers les femmes et les nonnes persistent dans nos sociétés ?

Nous sommes tous très attachées à nos habitudes et à nos tendances. Nous avons peur de tout changement. Mais les conditions de vie changent inévitablement, car tout est soumis à l’impermanence.

Nous devons veiller à ce que nos pratiques et nos comportements soient en harmonie avec les enseignements du Bouddha, de Jésus ou de tout autre maître spirituel. S’ils ne le sont pas, c’est le devoir de notre génération de corriger et adapter nos comportements pour le bien des générations suivantes.

Par ma propre expérience, je sais à quel point il peut paraître difficile et douloureux de changer ses habitudes et tendances qui sont basées sur l’ignorance et sur l’attachement. Il faut du courage et de la détermination pour les dépasser. Mais par expérience je peux vous assurer aussi, que le moment même où nous commençons à nous ouvrir aux changements, c’est un grand soulagement et une libération. Et n’aspirons-nous pas tous (Bouddhistes et non-bouddhistes) à une libération ultime?

Mais comment changer ? Dans une strophe d’un poème tiré du Therighata, la nonne Abhirupa-Nada nous donne une piste : « Débarasse toi de ta tendance à te juger toi-même au-dessus, en dessous ou égale aux autres… ».

Ce court poème nous invite à nous occuper d’abord de notre attitude envers nous-mêmes et de ne plus nous classer par rapport aux autres. Si nous appliquions cela ensuite à la société nous pourrions certainement faire des progrès.

Le bouddhisme est une tradition antidogmatique et considère le maintien des conservatismes culturels et religieux comme préjudiciable au développement des personnes et des sociétés.

Le bouddha invita ses disciples régulièrement à rechercher le guide toujours en soi-même.

Pour terminer j’aimerais citer une partie du discours du Dalai Lama, donné devant l’ONU :

‘’Nous cherchons tous le bonheur et tentons d’éviter les souffrances, indépendamment de notre race, religion, sexe, statut social. Le maintien des diversités ne peut justifier aucune violation des droits humains fondamentaux. Ainsi, les discriminations à l’égard de personnes de différentes races, contre les femmes et contre les plus précaires de la société, pour traditionnelles qu’elle soient dans certaines religions, ne peuvent être validées universellement et doivent donc être abrogées. C’est au principe universel d’égalité que revient toute préséance.

 

NOTES

(1) Mit Würde und Beharrlichkeit, page 121 / Edition Steinrich, ISBN 978-3-942085-17-5

Ce livre existe aussi en anglais: Dignity and Discipline, Wisdom Publications Boston, ISBN-13 : 978-0861715886

Ce livre contient les interventions du 1er congrès international sur la place de la femme dans la Sangha, Hamburg 2007, sous la responsabilité de Jampa Tsedroen & Thea Mohr

Voir aussi http://www.congress-on-buddhist-women.org/

(2) Texte de Dominique Trotignon & extrait de l’ouvrage « La Femme » produit sous la direction de Evelyne Martini (avec Malek Chebel, Vasundhara Filiozat, Arlette Fontan, Philippe Haddad, Elisabeth Parmentier, Dominique Trotignon), collection « Ce qu’en disent les religions », Editions de l’Atelier, Paris 2002.  Extrait sur : http://www.buddhistwomen.eu/FR/index.php/Textes/Feminin

(3) Zur Debatte N° 215 75 F – 2/2013 page 39 (extrait d’un magazine de l’académie catholique de Bavière, dans l’article «Buddhas weibliche Seite»), auteure Vajramala S. Thielow

(4) The Legality of Bhikkhuni Ordination by Bhikkhu Analayo, center for Buddhist studies, University of Hamburg, in Journal of Buddhists Ethics, ISSN 1076-9005

http://blogs.dickinson.edu/buddhistethics/category/volume-20-2013/

(5) The First Buddhist women, translations and commentary on the Therigatha, by Susan Murcott, ISBN : 0-93877-42-2 Parallax Presse, Berkley

(6) la Vénérable Karma Lekshe Tsomo (USA), la Vénérable Ayya Khema †, Sylvia Wetzel et la Vénérable Jampa Tsedroen (Dr. Carola Roloff, Allemagne), ainsi que la

Vénérable Bhikkhuni Kusuma (anciennement Dr. Kusuma Devendra, Sri Lanka) et la

Vénérable Bhikkhuni Dhammananda (anciennement Dr. Chatsumarn Kabilsingh, Thaïlande).

(7) «Passionate elightenment», women in tantric Buddhism by Mirinda Shaw, Princeton paperbacks ISBN 0-691-01090-0 il existe aussi une traduction en Allemand «Frauen, Tantra und Buddhismus», Spirit Fischer, ISBN 3-596-14743-3

(8) «Un ermitage dans la neige», l’itinéraire d’une Occidentale devenue nonne bouddhiste, par Vivian Mackenzie, Nil éditions, voir aussi www.tenzinpalmo.com

(9) Dr. Carola Roloff – Vén. Jampa Tsedroen http://www.carolaroloff.de/index.php/AboutMe/CV

(Si on clique sur son nom Carola Roloff, on est dans la version allemande si on clique sur Jampa Tsedroen an arrive sur la version anglaise de son site)

(10)«Religionen und Menschenrechte», Menschenrechte im Spannungsfeld religiöser Überzeugun-gen und Praktiken. Un livre sur l’histoire des droits de l’Homme, sur le relativisme et universalisme et aussi sur la place de la femme dans 5 grandes religions, dont le Bouddhisme. Écrit par Katharina Ceming, théologienne catholique. ISBN 978-3-466-36822-8. Un livre que je recommande vivement.

 

Intervention devant l’association FHEDLES, à Paris

Le jeudi 5 décembre 2013

Gabriela Frey

Présidente fondatrice de Sakyadhita France

Présidente du Comité Bouddhisme et femmes de l’Union Bouddhiste Européenne

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