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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Jésuites : échelles de pouvoir et rapport de genre (recension de MT van Lunen Chenu)

Femmes, Jésuites et modèle ignatien dans le long XIXe Siècle.

Pour aborder un thème aussi riche, touffu, complexe et sensible saluons le travail interdisciplinaire issu de la collaboration entre l’Université Catholique de Louvain (UCL) et l’Université de Lyon II (212L), rassemblant en réseau des professeurs de six universités et des jeunes chercheuses et chercheurs. Cette collaboration internationale et intergénérationnelle se présente dans une collection nouvelle des Presses universitaires de Louvain, sous le titre neuf de « L’atelier d’Érasme ».

De nombreuses personnes intéressées n’auront probablement pas tous les éléments requis pour juger de la véracité des faits dans les nombreux exemples analysés ici, notamment lorsqu’il s’agit d’études de cas dont certaines en langues étrangères et visant des fondatrices de congrégations religieuses lointaines et parfois ignorées… (ce qui n’est évidemment pas le cas de Madeleine-Sophie Barat et des Dames du Sacré Cœur !).

 L’étude offre en tout cas un champ large aux analyses des pratiques et discours bien au-delà du cas particulier de ce « modèle ignatien » largement ignoré aujourd’hui du grand public. On appréciera donc la pertinence du thème et le titre osé de cet ouvrage qui croise des études historiques, sociétales, religieuses avec ce qu’on entend aujourd’hui par analyses de genre ; elles servent ici l’étude des statuts et des rôles, traditionnels ou nouveaux, dynamiques et nostalgiques, des hommes et des femmes, leurs regards mutuels sur leurs identités en mutation et leurs influences réciproques. On assistera aux luttes de pouvoir et aux conflits qui naissent entre la société des Jésuites, sûre de son assise internationale et autonome, et puis ces congrégations féminines nouvelles et audacieuses dont fut riche le long dix-neuvième siècle.

Nous aide très utilement l’introduction substantielle rédigée par les six professeurs-maîtres de cet ouvrage qui reprend et poursuit les travaux d’un atelier de l’UCL en juillet 2013 sous le titre : Appropriations et constructions identitaires. Le modèle ignatien dans les congrégations d’hommes et de femmes après 1773. Europe et Amérique. Plusieurs clés de lectures nous sont offertes : un rappel historique d’abord pour jalonner ce long 19° siècle qui débute déjà avec les basculements de la révolution de 1789 et s’étend jusqu’à la Restauration.

La période est appréhendée dans une double séquence : analyse chronologique d’une longue durée, marquée à la fois par la perte progressive que connait l’Église de son autorité temporelle et la redéfinition de ses pouvoirs par rapport à la société laïque ainsi que par ces évènements charnière qui se bousculent rapidement, dont, entre autres, la suppression très marquante de la Compagnie de Jésus en 1773 et sa reconstitution de pair (en pères !) avec la restauration de 1814.

Les catégories sociales se trouvent chamboulées ainsi que ce qui les affirmait  si spécifiquement, les statuts, rôles et devoirs de chacun des sexes à la fois dans la société civile et dans l ’Église. Dans une lutte de reconquête celle-ci cherche alors à s’appuyer sur la mise en valeur de catégories tenues autrefois pour subalternes, moins cultivées mais attachées à la défense de la tradition : les paysans, les pauvres, les femmes et ceci va jouer un rôle significatif dans l’histoire des redéfinitions multiples de leur place et de leurs revendications.

On assiste aussi à des changements déterminants, scientifiques, sociétaux, éthiques : découverte de l’ovulation, dissociation entre sexualité et procréation, refus progressif par les femmes d’être déterminées par leurs fonctions et obligations maternelles. C’est l’avènement d’une libération du corps et de la sexualité des femmes, leur conquête d’autonomie et de droits, la prise de conscience de leurs capacités personnelles en même temps que du poids de l’étau des pouvoirs masculins.

Au fond, ce qui se passe à cette époque entre l’Ordre, masculin, des jésuites et ces fondatrices qui se cherchent, voudraient s’inspirer du modèle ignacien et aspirent à être reconnues comme « Jésuitesses » est significatif du jeu complexe des influences et des retenues, des chasses gardées et des pouvoirs enviés, des regards mutuels d’admiration mais de méfiance, des élans de solidarité mais aussi des luttes d’exactions plus ou moins feutrées entre les sexes : dispute et partage nous dit-on.

Entre d’autres cas, retenons celui des Fidèles compagnes de Jésus, analysé ici à partir d’une correspondance soutenue entre, d’une part, les différents tenants des structures en place – autorité et conseils à différents niveaux, plus ou moins favorables ou opposés aux nouvelles actrices et aux progrès qui se jouent- et, d’autre part, ce groupe de femmes, congrégation naissante qui pense pouvoir s’approprier le nouveau modèle Jésuite admiré en même temps que les Règles et Constitutions de l’Ordre qu’un père protecteur leur a indûment fait parvenir en bravant les interdits d’alors. Après diverses tentatives, encouragements et refus qui se contredisent et s’invalident, tant de la part des autorités ecclésiastiques locales que des instances centrales ou romaines, on fera comprendre à ces Fidèles compagnes de Jésus, que ce modèle ignacien admiré et espéré ne peut décidément pas convenir ni à des femmes – qui perdraient ainsi leur rôle et statut traditionnel, auxiliaire et subalterne et donneraient un mauvais exemple autant dans la société que dans l’Église- ni à des religieuses  qui échapperaient alors à la gouverne des aumôniers et pères spirituels.

Comment ce modèle ignacien qui déjà subjuguait des congrégations naissantes n’aurait-il pas paru dangereux ? On commençait à espérer pouvoir se passer d’une part de l’autorité masculine ecclésiastique et spirituelle, or, selon les constitutions ignaciennes, celle-ci se trouverait de fait transférée à une femme, la Mère Supérieure, recevant elle-même l’examen de conscience régulier de ses religieuses. L’exemple ne risquait-il pas de devenir pernicieux puisque déjà trop souvent des femmes adeptes des Jésuites s’arrogeaient, comme naturellement et avec succès, la conduite des nouveaux et fameux  exercices spirituels de Saint Ignace, ce qui équivalait selon certains à témoigner de la capacité et responsabilité sacerdotales d’instruire et prêcher !

L’ouvrage est riche. Ses pistes multiples ouvrent à la compréhension de recherches qu’on ne cesse d’explorer aujourd’hui : ce jeu permanent des influences positives et progressistes mais aussi des peurs, des retenues, des concurrences et des affres des pouvoirs entre les sexes. S’y noue tout spécifiquement l’interconnexion entre société civile et catholicisme.

Recension par Marie-Thérèse van Lunen Chenu (FHEDLES). L’ouvrage est déposé dans le fonds Genre en Christianisme de la bibliothèque du Saulchoir à Paris.          

ECHELLES DE POUVOIR, RAPPORTS DE GENRE. Femmes, Jésuites et modèle ignacien dans le long XIXe Siècle. Textes édités par Silvia Mostaccio, Marina Caffiero, Jan De Maeyer, Pierre-Antoine Fabre et Alessandro Serra. UCL PRESSES UNIVERSITAIRES DE LOUVAIN, 2014, 302 pages.

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