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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Le Livre de Judith, un enseignement subversif

Sylvaine Landrivon, Faîtes-les taire. Judith, un enseignement subversif, Lyon, Ed. Olivétan, 2014, 208 pages. Recension par Marie-Thérèse van Lunen Chenu.

De Judith, nous n’avons conservé trop souvent qu’une image choc, sujet de choix pour les illustrateurs. Voici cette femme, aussi sage que superbe qui quitte, dit le récit biblique, «  le sac » qui l’habillait en veuve et se prépare à risquer son honneur et sa vie pour sauver son peuple juif, assiégé par l’armée d’Holopherne, général en chef de Nabuchodonosor. Le roi le des Assyriens a déjà rasé la Mésopotamie, vaincu de nombreuses cités et obtenu leur allégeance mais voici que les Israéliens lui résistent, au nom de leur foi en ce Dieu dont ils affirment qu’Il les protège. Holopherne leur voue donc une double haine et s’est promis de les exterminer. Pour sauver la Sainte Arche de l’Alliance et leur propre vie, les Israéliens se sont regroupés sur la montagne dans l’enceinte de Béthulie[i], les ennemis campant tout autour depuis trente-trois jours et coupant toutes les sources. Désespérés à la vue de leurs femmes et enfants mourant de soif, les anciens se sont résolus à lancer un défi à Dieu : si dans 5 jours, la pluie ne vient pas les sauver, ils se rendront aux assaillants en reniant la foi d’Israël.

Se lève alors la sage, belle et forte Judith. Elle va les trouver, leur fait honte pour leur manque de foi – «  Qui donc êtes-vous pour tenter Dieu ? » -, les incite à se joindre à sa longue prière puis demande leur confiance pour entreprendre une action en secret.

La suite est mieux connue : au petit matin, Judith, accompagnée de sa servante qui porte leur nourriture pour plusieurs jours, se fait ouvrir les portes de la ville et chemine vers le camp des ennemis. Le récit les dit stupéfaits de sa beauté et de son assurance quand elle demande à parler à Holopherne « pour lui donner des conseils d’importance ». Séduit par son intelligence autant que par sa beauté, il accepte de la laisser libre dans son camp. Au bout de quatre jours, pris de désir, il l‘envoie chercher pour un grand banquet dans sa tente. Elle s’y rend toute parée et, couchée aux pieds du général, elle mange ses propres provisions tandis qu’il s’enivre jusqu’à tomber de sommeil. Tous les invités et serviteurs repartis, ils sont seuls maintenant. Après avoir prié pour que son bras ne faiblisse pas, Judith se saisit du cimeterre d’Holopherne, le frappe par deux fois à la nuque puis détache la tête du corps renversé. Appelant sa servante, elle lui remet la tête emballée dans les tentures du lit et, ni vu ni connu, la tête fourrée dans la besace à nourriture, toutes deux quittent la tente comme si elles allaient faire leurs prières de l’aurore. Mais sur le chemin, loin des yeux, elles bifurquent pour remonter à Béthulie où les attend la foule des assiégés. Judith, telle Myriam après le passage du Jourdain, entonne la louange de reconnaissance et d’allégresse du chœur des femmes, puis, chef de guerre, elle commande de suspendre l’affreuse tête d’Holopherne au mur de l’enceinte. Les assaillants stupéfaits prennent la fuite, prennent la fuite, poursuivis par les Israélites qui les exterminent avant de se rendre à Jérusalem.

Ceci donc pour le récit. Pour sa thèse de théologie à Lyon, publiée aujourd’hui, Sylvaine Landrivon en a tiré un enseignement rare et substantiel qu’elle peut avec raison qualifier de subversif. En une courte et remarquable préface, Elisabeth Parmentier[ii], professeure de théologie à la Faculté protestante de Strasbourg, en indique les axes forts et les enjeux. Les défis aussi. Car au-delà du personnage mal connu de Judith, l’auteure invite à découvrir cette « lame de fond qui traverse la bible : les femmes y sont d’éminentes représentantes et « secours » de Dieu, non pas parce qu’elles seraient viriles, mais précisément avec les qualités de leur féminité ». Mais qu’est donc cette féminité dont Parmentier nous dit qu’elle est la vraie thématique de l’ouvrage et que  le but de celui-ci est de  tirer un enseignement pour les relations entre hommes et femmes ? Enseignement subversif qu’elle évoque avec brio : les caractéristiques de la féminité sont  inversées par rapport aux stéréotypes traditionnels : il ne s’agit ni de la maternité, ni d’une intuition féminine, ni de la sollicitude généralement reconnue aux femmes… Judith, femme indépendante, libre et paradoxale, sait se soumettre aux traditions de son peuple et accepter certaines marques de la soumission imposée. Judith, belle et qui le sait, se pare pour séduire, mais au service de Dieu, pour répondre à sa foi et déjouer le mal programmé. Judith, avant tout croyante qui fustige le manque de foi des anciens, les invite au repentir et à la prière avant d’exiger leur confiance absolue.

« Ezer » : altérité et complémentarité

Judith, comme  paradigme de la force du bras de Dieu dans la main des faibles  nous vaut une très belle méditation sur le sens profond du terme « ezer » : non seulement secours du peuple mais secours de Dieu dans l’histoire de l’Alliance, secours donné dans la réciprocité du don. Ezer, est le terme employé en Genèse (2.18) lorsque YHWH dit : « Il n’est pas bon pour l’humain d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée ». Ezer, la femme, fut présentée comme une auxiliaire de second rang, « créée pour la procréation » prétendent certains…. alors que, souligne l’auteure, cette aide ne fait pas seulement référence au domaine de l’agir mais aussi à celui de l’être. Bien au-delà « du but de la reproduction mais dans le désir d’offrir deux reflets distincts et complémentaires de l’image de Dieu. Un tel rapprochement entre le sens d’Ezer pour désigner d’une part Dieu secours de son peuple et « la femme de l’autre » ne fut pas envisageable, ajoute l’auteure, aussi longtemps que la place des femmes dans la société et en Église n’était pas interrogée avec la volonté de leur accorder une place égale à celle des hommes.

Le terme Ezer, assorti de knegdô qu’elle traduit par face à face en toute égalité, exclut toute relation hiérarchique entre les sexes mais plaide pour une relation d’incompressible différence …chacun restera toujours pour l’autre une sorte de mystère à accueillir. Pour Landrivon, c’est la présence de la femme qui introduit à l’altérité et celle-ci  oriente vers la complémentarité. Mais nous sommes bien au-delà des rôles et statuts ; il faut suivre sa réflexion profonde, étayée par de nombreuses références et occurrences pour comprendre comment elle investit de sens la féminité sans jamais pour autant la cerner ni clore. Elle se demande même si on peut l’étendre à la part féminine de l’homme.

« Care » : souci des femmes pour le Bien et des hommes pour la Justice ?

Le deuxième support de l’investissement mis sur la féminité s’appuie sur le sens du care, déjà évoqué par les  consonances entre ezer et secours  apporté par la femme et qui fut propre à traduire le secours de Dieu donné à son peuple : « A travers le personnage de Judith, nous avons découvert une démarche qui se démarque des critères logiques masculins. Judith se démarque de l’autorité des clercs et nargue la certitude de supériorité militaire affichée par l’armée assyrienne. Là où les prêtres agissent comme médiateurs, au nom de l’ordre public et des dogmes religieux, Judith déploie une implication personnelle directe. Elle ne vise pas immédiatement l’universel. D’autres valeurs président à son analyse, d’autres armes à leur mise en œuvre. Cet écart semble distinguer une vision féminine du Bien guidé par le souci de l’autre, fondée sur un choix relationnel. Comme telle, elle se dissocie des certitudes doctrinales que pourrait produire une conception plus masculine, rationnelle de la justice.

Une recension déjà trop longue ne peut reprendre ici le développement toujours nuancé de Sylvaine Landrivon, s’appuyant sur les travaux de Carol Gilligan, entre autres, pour penser que les hommes portent le souci de la justice alors que les femmes font entendre « une voix différente »[iii] inspirée par leur priorité donnée à la relation : c’est le point de départ, dit-elle, de l’éthique du care… sollicitude au sens de souci fondamental du bien-être d’autrui.  

Mais n’est-il pas paradoxal que cette féminité en terme de care se réclame à la fois d’un sens traditionnel et d’un sens nouveau ? Elle ne se joue plus dans les termes étroits des assignations genrées d’autrefois, bien que le langage en reste trop souvent codé… Pour l’auteure, il ne s’agit ni de sciences sociales ni de morale mais de se situer au-delà d’une conception binaire qui opposerait frontalement féminin et masculin ». Il lui est difficile pourtant de ne jamais côtoyer les analyses de genre et certaines théories féministes un peu rapidement jugées et évacuées… On comprend qu’elle se situe plus dans les perspectives des théologiennes chrétiennes qu’elle évoque : Elisabeth Moltman, Virginia Mollenkott, Elisabeth A. Johnson[iv].

On l’aura compris, il ne faut pas confondre la thèse de Sylvaine Landrivon avec un guide qui pourrait fournir des solutions faciles aux problèmes que rencontrent les femmes aujourd’hui, ni dans la société, ni dans l’Église. A ce propos, elle ne tait pas ses propres critiques mais s’y attarde peu.

Peut-on avancer qu’il manquerait, pour beaucoup, une analyse politique et économique de la situation d’urgence liée à l’oppression mondiale du patriarcat ? De même, et plus encore peut-être, manque l’analyse du maintien hautement symbolique et efficace du pouvoir que les hommes exercent, de fait, dans la plupart des religions monothéistes, notamment l’Église catholique.

L’auteure ne s’attarde pas non plus à retracer les changements socioculturels qui pourraient éveiller notre conscience chrétienne aujourd’hui. Et si elle cherche à réinvestir la féminité d’un sens nouveau, qu’elle montre si bien fondé dans l’histoire biblique, elle ne décrit pas ces nouveaux modèles de virilité et de partenariat qui pourraient aujourd’hui respecter le jeu des différences et de l’altérité, et celui du care dans une solidarité d’égalité entre les sexes… Soyons juste, tout simplement ce n’était pas là son propos.

Elle nous offre pour sa part un ouvrage rare, dense – trop riche parfois -, soigneusement documenté, précieusement écrit et qui accepte le risque de paraître aujourd’hui quelque peu paradoxal ! Par un jeu d’éclairages successifs, d’évocations, corrélations, correspondances, rappels, Sylvaine Landrivon nous ouvre à une connaissance vivante, fouillée et à une compréhension réfléchie de la Bible telle une histoire d’ensemble trop ignorée.

L’ouvrage est aussi exigeant à la lecture que riche à la réflexion. Un de ceux qu’il faut posséder et relire.

Marie-Thérèse van Lunen Chenu

L’ouvrage est déposé dans le fonds Genre en Christianisme de la bibliothèque du Saulchoir (Paris)

[i] Ne cherchez pas Béthulie sur une carte, pas plus que des certitudes historiques sur Nabuchodonosor… Pour ces raisons entre autres, ce livre de 16 chapitres n’a pas été retenu par les protestants, et est présenté « en deuxième choix » dans la Bible Catholique. Mais il a gardé des références pour la tradition juive. Récit soigneusement élaboré, thème d’inspiration romanesque pour les peintres : Titien, Cranach, Tintoretto, Veronese, Le Caravage, Rubens, Rembrandt, Klimt, et la peintre Artemisia Gentileschi… De même pour les musiciens : on écoutera avec bonheur la Betulia Liberata de Mozart et la Judita triumphans de Vivaldi et les œuvres de Scarlatti, Honnegger… Je n’ai pas résisté à consulter un modeste petit livre transmis par héritage et jamais encore feuilleté : dans la « Bibliothèque de la jeunesse chrétienne », Mame, 1868, Judith ou l’une des mille merveilles de la providence. La figure de Judith n’y est jamais proposée comme modèle féminin mais comme modèle de foi pour les jeunes ; une petite note seulement m’inspire une analyse genrée : « Mais voici qu’une femme, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de plus faible »….

[ii] Un beau livre : Parmentier, Elisabeth, Les filles prodigues. Défis des théologies féministes. Genève, Labor et Fides, 1998.

[iii] Gilligan, Carol, Une voix différente, Flammarion 2008.

[iv] – Moltman, Elizabeth et Jürgen, Dieu, Homme et Femme, traduit de l’anglais, Paris Le Cerf, 1984

– Mollenkott, Virginia Ramey, Dieu au féminin, Images féminines de Dieu dans la Bible, traduit de l’anglais, Montréal, Ed Paulines, 1990.

– Johnson. Elisabeth A., Dieu au-delà du masculin et du féminin. Celui/Celle qui est, traduit de l’anglais, Paris, Le Cerf, Montréal, éd. Paulines, 1999.

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