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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Pour une approche chrétienne du genre (A. Favier)

Quelle est la signification de mon corps ? Quelle part prend-t-il dans la définition de ce que je suis ? Pourquoi les différences physiques ? Comment dois-je comprendre mon désir et celui des autres ? Il s’agit de questions cruciales qui affectent autant nos sociétés que les groupes religieux qui s’y insèrent. La tradition chrétienne a longtemps eu deux notions pertinentes et efficaces pour comprendre l’identité, la différence des sexes et les désirs : la création et la vocation. Dans son élan créateur, et la Genèse a une place importante dans cette compréhension, Dieu nous crée sexué dans un vis-à-vis originel, indépassable et riche de sens, avec l’autre sexe. Mais loin de nous enfermer dans le mâle ou le femelle, Dieu nous appelle également à devenir des hommes et des femmes et à accomplir ainsi notre vocation. Cette dernière est l’endroit où pourrait idéalement se rejoindre la liberté humaine et sa volonté qui reste fondamentalement l’attention pour les autres et les plus petits de nos frères et sœurs. Dans cette tension entre création et vocation, différents états de vie vus comme donnant une signification particulière au sexe (la vie religieuse ou sacerdotale) ou à la différence des sexes (le mariage) doivent contenir les expériences sociales, sexuelles et affectives.

Pourtant la compréhension du monde et des sexes autour du pôle création/vocation, si elle est loin d’avoir perdu toute sa pertinence, se heurte à bien des problèmes aujourd’hui. Que d’incertitudes pour nous après les combats d’émancipation des femmes des années soixante-dix. Les féministes ont bien montré que ce qu’on faisait tenir sur la création, le sexe pour faire court, que ce qui passait pour naturel, était souvent construit et justifiait surtout la subordination. Bien des antiennes du passé ne sont d’ailleurs plus audibles ni dans les communautés chrétiennes ni dans la société. L’essentialisme peine à se renouveler tant il développe des sermons enfermants peu crédibles sur des femmes complémentaires aux hommes. Il établit également des typologies de traits de caractères, d’attitudes ou de rôles qui, à la réflexion, ne sont pas foncièrement masculin ou féminin mais peut-être plus communément et simplement humains. Des hommes peuvent materner et des femmes avoir de l’autorité. La variété sociale des configurations entre rôle social et sexe est immense. Elle échappe à tout schéma binaire et simpliste. Que d’incertitudes pour nous également depuis que l’émancipation des minorités sexuelles tend à dire qu’il n’y a pas de continuité évidente entre l’anatomie et les désirs que portent les individus. Dans nos sociétés, hommes et femmes n’apparaissent plus « naturellement » comme les deux pôles du désir amoureux ou érotique. L’attention grandissante, enfin, que l’on porte également à la trans-identité, l’inadéquation entre une anatomie et ce que perçoit soi-même une personne, nous montre que ce que l’on exhibe toujours comme naturel est loin de l’être dans bien des situations. D’un autre côté, une approche purement constructiviste effraie encore et à juste titre. Tout n’est-il que construction sociale et rapport de force ? Le corps est-il malléable et ne porte-t-il aucun sens en lui-même ? Faut-il renoncer à toute acceptation de la différence des sexes ?

Les études de genre sont nées à un moment de crise de notre histoire commune, lorsque l’essor de l’individu et la valorisation de l’autonomie, le progrès technique, la maîtrise de la fécondité, au premier chef, et l’émancipation des femmes, puis des minorités sexuelles, ont révélé les limites d’une pensée aux accents trop rapidement naturalistes et différentialistes. Le courant des études de genre, bien représenté aujourd’hui dans les différents milieux intellectuels, a ainsi proposé une nouvelle voie. Il propose une démarche de réflexion sur les identités sexuées et sexuelles, répertorie ce qui définit le masculin et le féminin dans différents lieux et à différentes époques et s’interroge sur la manière dont les normes se reproduisent jusqu’au point de paraître naturelles et potentiellement sources d’injustice.

Comment le recevoir dans un cadre de pensée chrétien ? Quelle place pour une éthique chrétienne du genre ? Les études de genre appellent à un questionnement qui peut être déstabilisant voire inquiétant car elles ébranlent l’éthique et la doctrine traditionnelles. On peut les refuser, les rejeter, les combattre ou bien les voir comme une chance pour penser une pratique de l’Évangile à notre époque. Dans les années soixante-dix, des théologiens étaient prêts à voir les éléments les plus déstabilisants des savoirs contemporains d’alors comme positifs voire comme autant de chances pour renouveler notre compréhension, de la foi et de son intelligence. Faut-il réhabiliter cette méthode ? Plus concrètement, les outils d’élucidation de la condition humaine qu’offrent les études de genre peuvent-ils être intéressants ? Ne nous montrent-elles pas combien, avant de tout miser sur la différence des sexes, il faut accepter également son devenir dans une histoire ?

Pourquoi y a-t-il une vivace opposition chrétienne au concept de genre ?

L’année 2011 fut marquée par une polémique d’une rare intensité dans le milieu scolaire. Elle surgit à l’occasion de la révision d’un programme de biologie pour les classes de premières. Le Secrétariat National de l’Enseignement catholique puis la Conférence des Évêques catholiques français se sont émus de l’introduction de la « théorie du genre » dans les nouveaux manuels produits par les éditeurs scolaires. Ils ont appelé les professeurs et les parents d’élèves à la plus grande vigilance. À leurs yeux les nouveaux ouvrages auraient été contaminés par une idéologie cherchant à subvertir les savoirs biologiques en matière de différence des sexes et sexualité. Cette dernière cautionnerait une approche trop compréhensive des comportements homosexuels et de la trans-identité. Un champ d’études relevant d’habitude du cadre plus confidentiel et feutré des débats d’idées académiques s’est ainsi retrouvé sur le devant de la scène publique et médiatique, suscitant des articles de presse, des émissions de télé et de radio voire des questions publiques au gouvernement de la part de députés. Du côté des chrétiens, même des milieux plus ouverts, très peu de réactions positives, la gêne et la méconnaissance semblant l’emporter sur la compréhension des études de genre.

Cette opposition de l’institution catholique aux études de genre est, rappelons- le, plus ancienne et a déjà une histoire. Cette dernière prend surtout pour cadre les instances internationales de l’ONU et de l’Europe. En 1995, lors de la Conférence mondiale sur les femmes à Beijing, le terme genre entre dans les documents de travail et le programme d’action final. La notion de genre apparaît alors comme le meilleur moyen d’approcher de manière dynamique la question de la condition  féminine. Avec une approche par le genre, il ne s’agit plus seulement d’un problème qui ne concerne que les femmes mais qui s’insère dans une réflexion plus générale sur la répartition sociale des activités ainsi que les rôles historiquement construits qui assignent des places aux femmes et aux hommes. Le Saint-Siège réagit pourtant vivement : « l’existence d’une certaine diversité des rôles n’est nullement préjudiciable aux femmes, pourvu que cette diversité n’ait pas été imposée arbitrairement mais soit l’expression de ce qui est propre à la nature d’homme ou de femme » (Rapport de la quatrième conférence mondiale sur les femmes, New York, Nations-Unies, 1996, p. 173). Au même moment, l’Église catholique romaine rappelle que le choix d’hommes par le Christ pour être ses apôtres n’est pas lié à un conditionnement social ou à un contexte historique et géographique particulier. Ce choix révèle bien quelque chose de la foi déposé dans la nature humaine qui ne pourrait être remis en cause. Le ministère sacerdotal masculin ne peut être vu comme un rôle socialement hérité aux yeux de Rome et on comprend bien que le concept de genre inquiète dans le sens où il appelle justement à interroger la différence des sexes et les évidences de la nature.

L’idée proprement catholique qu’il existe un complot idéologique cherchant à s’opposer à la famille traditionnelle et dont la théorie du genre serait le cheval de Troie qu’il faut combattre remonte clairement aux années quatre-vingt. Elle n’a eu de cesse de se renforcer depuis. Issue des milieux de réflexion sur les droits humains, la notion d’« identité de genre » émerge au début des années 2000. Définie comme « faisant référence à l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance, y compris la conscience personnelle du corps qui peut impliquer, si consentie librement, une modification de l’apparence ou des fonctions corporelles par des moyens médicaux, chirurgicaux ou autres », l’identité de genre comme concept juridique tendrait à intégrer dans la protection juridique à laquelle a le droit un citoyen non seulement l’orientation sexuelle mais également la trans-identité dans ses différentes dimensions : du travestissement à la modification chirurgicale. Dans les chemins propres du droit pris par nos sociétés, homophobie et transphobie tendraient à devenir des motifs aggravants de discrimination ou de diffamation à l’instar du racisme. Cette notion d’identité de genre a été transposée en droit européen dans le rapport d’Andreas Gross adopté par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe au printemps 2010. Intitulé Discrimination sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, il a été vertement critiqué par les nonces et des organisations familiales catholiques. Deux intelligences du monde contemporain entrent de plus en plus en confrontation. L’une classique selon laquelle il existe des normes naturelles qui ne relèvent pas du périmètre du droit, ne sont pas négociables et ne  peuvent donc pas être changées. Il s’agit principalement aujourd’hui pour l’institution catholique des droits des individus à maîtriser leur fécondité ou aux personnes de même sexe à accéder au mariage. De l’autre, une nouvelle vision du corps et de l’intime où des règles, si elles sont démocratiquement élaborées et acceptées, peuvent évoluer.

Si le genre des sociétés change, que les activités et les attendus sociaux se redistribuent entre hommes et femmes, que les jugements éthiques se déplacent devant certains comportements, cela veut-il pour autant dire que tout se vaut, que cela est juste et qu’il n’y a plus aucun critères de valeur à avoir devant l’évolution de nos sociétés ? Aujourd’hui, nous pouvons prendre comme critères importants ceux de l’humanisme et le développement des droits humains : l’égalité, la dignité, la réciprocité et le respect de l’autonomie de chacun-e. Ces derniers restent fortement compatibles avec l’Évangile. Le Réseau Européen Églises et Libertés dont font partie les réseaux du Parvis et FHEDLES a ainsi soutenu le rapport Andreas Gross au nom de son attachement inaliénable aux droits des personnes homosexuelles ou trans-identitaires à être protégées et acceptées dans la société.

Peut-on dénaturaliser l’approche de la sexualité humaine ?

Pendant longtemps, l’appréhension sociale et intellectuelle de la sexualité est en effet passée par le prisme du genre. Ce qui définissait un homme et une femme, c’était également et indissolublement l’exercice exclusif d’une sexualité hétérosexuelle. Au XIXème siècle, chez Proust, les homosexuels masculins sont encore vus comme des personnes chez qui une âme de femme est prisonnière d’un corps masculin. Sexe, genre et sexualité ne sont pas conceptuellement séparés. Les trois coïncident même très bien dans ce qu’on désigne encore un sexe, fort ou faible, beau ou viril, et tout écart aux normes de son sexe est vu comme subversif ou pathologique, comme un désordre qu’il faut nécessairement combattre ou juguler car « contre-nature ». La psychanalyse freudienne, sûrement encore prégnante aujourd’hui dans notre façon de penser, ne dépasse pas ce cadre, elle lie fortement la différence des sexes à la différence des générations, ainsi l’attirance pour l’autre sexe à la maturité psychique. On ne pourrait passer à l’une que par l’autre, on ne pourrait s’accomplir comme homme et femme que par l’affectivité et la sexualité avec une personne d’un autre sexe.

Si l’approche naturaliste de la sexualité a été longtemps la nôtre ici en Occident, il n’est pourtant pas dit qu’elle englobe la variété des groupes humains ou des situations historiques ; c’est aussi sûrement là l’apport majeur des études de genre. Elles nous révèlent que des configurations sociales sexe/genre laissent une place à des pratiques homosexuelles, des travestissements rituels ou des organisations sociales de comportements sexuels non reproductifs. Il existe aussi des sociétés passées, comme dans la Grèce Antique, où ce n’est pas la différence des sexes qui organise la sexualité mais la façon de gérer le plaisir ainsi qu’une morale du contrôle de soi.  Les débats actuels autour de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe donnent souvent lieu à des condamnations de l’homosexualité qui s’appuient sur des fausses évidences naturalistes : « c’est contre nature ! », des anthropologies péremptoires : « hors du couple homme-femme, rien de bon ! » et des psychologies catégoriques : « les homosexuels sont immatures ! » et bien peu sur l’Évangile finalement. Et pour cause ! On serait sûrement bien en peine d’y trouver un élément explicite pour réprouver moralement l’homosexualité. Le Christ n’est pas venu pour donner des fondements anthropologiques aux sociétés humaines mais pour appeler chacun à la conversion, à vivre en accord avec Dieu, à rendre plus juste son désir et à renoncer à une certaine forme de convoitise[i]. Pourquoi l’objet d’un désir serait-il le critère supérieur au processus d’humanisation qui peut toucher ce désir ? Quelle place donnée aux nouvelles revendications identitaires des minorités sexuelles dans la société et dans les communautés chrétiennes ? Cette impérieuse question ne se résoudra sûrement pas par une réhabilitation artificielle de l’anthropologie passée.

Le genre comme moyen de comprendre ceux et celles qu’on subordonne

L’intuition d’une nature qui cache un construit culturel fonde un enjeu éthique d’émancipation dont bien des aspects peuvent être vus comme chrétiens. On connaît tou-te-s le mot du philosophe Blaise Pascal : la culture cette seconde nature. Des traits pris comme évidents et naturels peuvent être le fruit d’une acculturation progressive, si évidente, qu’on les naturalise en retour. Le sociologue Pierre Bourdieu avec son concept d’habitus avait dit quelque chose d’un peu similaire : la société produit dans le même mouvement de l’évidence et de la hiérarchie. S’il y a norme il y a en effet pouvoir et un enjeu de libération.

Dans les études de genre, il y a même très peu au final de toute-puissance de l’individu mais une petitesse somme toute très évangélique. On n’endosse pas un genre comme un costume au théâtre, selon son bon plaisir et son caprice du moment, et même chez une philosophe, sûrement à tort très décriée comme Judith Butler, avant d’être un sujet libre on est déjà produit sujet par d’autres. Dans l’évidence d’un regard, par la répétition d’un geste, par l’incorporation longue, permanente et répétée d’un geste ou d’une posture, le sujet est produit avant même d’en prendre conscience et de composer éventuellement avec. Le fait même que des expressions comme femme virile ou homme efféminé existent dans notre langue témoigne de la faiblesse d’une pensée qui s’arrêterait à l’évidence naturelle des sexes. Si nous n’étions vraiment que mâle ou femelle, il n’y aurait de féminin ni de masculin. C’est que les études de genre nous invitent à réfléchir selon un modèle beaucoup plus déstabilisant : personne ne s’accomplit véritablement dans son genre, chacun reste en-deçà du « masculin » et du « féminin », dont on serait bien en peine de donner une définition simple et arrêtée. Nous sommes tous dans une performance de genre plus ou moins consciente, plus ou moins aliénante, et plus ou moins satisfaisante pour nous-mêmes et les autres.

Une approche par le genre permet en effet de placer sa compréhension du côté de ceux qui souffrent de la nature pour conforter un rapport de pouvoirs déjà existant et bien souvent ininterrogeable : femmes, minorités sexuelles,personnes qui relèvent des « subjectivités subalternes »[ii] et ne sont pas l’étalon des discours sur la société. En cela, études de genre et théologie de la libération concorderaient sur leurs objectifs : se mettre du côté de ceux qui ne sont pas qualifiés pour produire les règles qui les dominent. Il y a une évidence du pouvoir qui se naturalise et permet de disqualifier ceux et celles qui ne s’y conforment pas. Les groupes religieux ne sont-ils pas eux-mêmes dans les mêmes logiques de contrôle des déviances de genre ? Lorsqu’un magistère masculin affirme que les femmes doivent être tenues à l’écart des ministères, ne neutralise- t-on pas la parole des premières intéressées à mettre des mots sur une vocation ? Lorsqu’on appelle actuellement les soeurs américaines de la Leadership of Women Religious Conference à adopter une posture plus conforme à la dignité de leur sexe, c’est-à-dire la modestie et la non remise en cause des normes pastorales ou des écrits doctrinaux produits par des hommes, que dit-on en sous-main du genre féminin catholique ? Comment cette situation nous éclaire-t-elle sur l’exercice de l’autorité du masculin sacerdotal ?

On pourrait avancer que le terrain sociétal, l’égalité homme-femme, la lutte contre les discriminations dont sont encore victimes les minorités sexuelles, constitue beaucoup moins l’enjeu d’une théologie de la libération que le terrain social des rapports socio-économiques Nord-Sud ou de la lutte contre la précarité qui affectent nos sociétés occidentales. Outre qu’il n’est pas vraiment établi que les logiques d’exclusion différent véritablement, quand elles ne se cumulent pas parfois (pensons particulièrement aux femmes des pays en développement), il est intéressant de noter aujourd’hui que  les communautés les plus avancées sur la pastorale des minorités sexuelles sont aussi celles souvent les plus sensibles aux questions économiques. Elles ne développent pas tant un appel à constituer des « gay churches » que des lieux de partage « inclusifs ». Saint-Merry ou le temple de la Maison Verte à Paris, qui se présente comme « une coalition de minoritaires », de nombreux lieux sûrement dans les régions, se veulent ainsi ouverts aux personnes autant en situation de marginalités socio-économique ou socio-culturelle qu’issus des minorités sexuelles. Comment tenir la corde entre une reconnaissance de chacun dans sa spécificité et sa souffrance propre et le maintien de groupes ouverts à tou-te-s ? Comment faire entrer ce questionnement dans nos communautés.

N’ayons pas peur du genre !

Dans une revue de théologie morale, le frère dominicain Laurent Lemoine se demande si au final la peur des études de genre n’était pas un peu un « pétard mouillé » : « d’aucuns présentent les gender studies comme une idéologie historiquement aussi dangereuse que le marxisme ! Est-ce jouer les Cassandre que de le prétendre ? (….) De fait la galaxie du gender propose aux aventuriers un voyage indéfini fait de permanentes déconstructions socio-culturelles de soi (…) qui n’est pas sans écueils mais qui ne mène pas nécessairement au naufrage ». Sans pour autant souscrire à un optimisme béat à leur égard, il se demande si les études de genre ne peuvent pas nous aider à comprendre comment le sujet parle de lui-même et produit son identité à l’instar des personnages de l’Évangile : « comme Zachée, la femme adultère, le jeune homme riche, l’aveugle-né sont des individus à l’identité inachevée, errante qui se cherche, qui a besoin de se dire, d’être parlée à quelqu’un, Jésus en l’occurrence, qui les aide à atteindre la vérité d’eux-mêmes qu’ils possèdent sans le savoir malgré les voies sans issue empruntées jusqu’alors. Jésus est plutôt discret en matière d’éthique sexuelle. Cela a été maintes fois souligné. Elle [la galaxie du gender] met d’abord l’accent sur la recherche de vérité (…) Elle place la quête de soi, la quête d’identité sur une toile de fond très vaste dont la sexualité, pour être importante, n’est qu’un aspect, pas un détail bien sûr mais un aspect. Jésus a conduit un groupe minoritaire qui s’est constitué à sa suite sur la base d’une subversion identitaire de ses membres qui ont quitté leur foyer, leur mode de vie, leurs repères sociaux, éthiques et culturels. La subversion éthique apportée par Jésus conduisait à affirmer dans sa vie ceci (…) “ le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ” ».

Anthony Favier

 

Références bibliographiques

[i] Voir« La sainteté pour tous », billet du blog Baroque et fatigué, 4 octobre 2012.

[ii] Selon l’expression de la philosophe Gayatri Chakravorty Spivak.

Article publié dans : Revue Parvis – « Le Genre dans tous ses états« , hors série N° 29, mai 2013.

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