Kahina Bahloul, première imame de France

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A quand la première femme catholique romaine ordonnée prêtre ou ministre de l’eucharistie au même titre que les hommes ?
Dans le monde, il y a les femmes pasteures chez les protestants, parmi lesquelles des évêques ; il y a des femmes rabbins.
Il y a depuis peu une femme imame… et toujours pas de femmes prêtres chez les catho romains  !!! Comment ne pas pester contre pareille situation ?
 
Sur Arte, 28 minutes, le 26 août, nous avons vu et entendu cette première imame  : le charme, l’intelligence, la culture, une théologie d’avenir…  Et l’on dit : ils ont bien de la chance, eux, de ne pas avoir de Vatican pour créer des blocages ! Le contraste avec l’Eglise catholique rigide devient de plus en plus flagrant.
Bravo à Kahina Bahloul, qui a dû se battre pour en arriver là !
Et honte à nos satanés mâles célibataires qui font barrage à toute avancée !  Assez d’être situé dans une Eglise à la traîne qui, sur ce point, fait si peu honneur à son Jésus libérateur !
Claude Bernard

Kahina Bahloul, première imame de France: « Mon parcours est un symbole du renouveau de la pensée musulmane »
INTERVIEW La théologienne souhaite créer une mosquée libérale à Paris, mais rencontre beaucoup d’obstacles dans son projet
Propos recueillis par Delphine Bancaud
 Publié le 22/07/19 à 08h35 — Mis à jour le 22/07/19 à 14h43
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Kahina Bahloul, première imame de France. — Kahina BAHLOUL
Doctorante en islamologie à l’École pratique des hautes études, Kahina Bahloul, est la première imame de France.
Elle souhaite fonder la mosquée Fatima, d’inspiration libérale, mais rencontre des obstacles financiers et suscite des crispations.
Menacée plusieurs fois sur les réseaux sociaux, elle ne bénéficie pas, pour l’heure, de protection policière.
Une femme courageuse et déterminée qui se veut comme un symbole du renouveau de l’islam. La théologienne franco-algérienne Kahina Bahloul, âgée de 39 ans, est depuis peu la première imame de France et souhaite créer une mosquée libérale à Paris. Pour 20 Minutes, elle revient sur son parcours et sur ses convictions.
Pourquoi avez-vous décidé de devenir imame ?
L’envie est venue progressivement. J’ai commencé à me replonger dans l’histoire de la pensée musulmane à la suite des phénomènes de fondamentalisme et de terrorisme islamiste . D’autant que j’ai grandi en Algérie et que j’ai connu la décennie noire. J’ai ensuite décidé de reprendre des études en islamologie en effectuant un master à l’Ecole pratique des hautes études, puis une thèse. J’ai pris conscience que ce sont toujours les hommes qui ont expliqué les textes et qui ont dicté la loi religieuse. Du coup, leur lecture a été très patriarcale et très masculine. J’ai aussi étudié le code de la famille algérien, qui est en grande partie inspiré de la charia. Toutes les règles qui concernent la polygamie et la succession sont très misogynes et ne sont pas favorables aux droits des femmes. Parallèlement, j’ai lu le livre de l’imame danoise Sherin Khankan et je me suis renseignée sur le ministère religieux féminin. Une révélation qui m’a convaincue qu’une autre lecture des textes religieux plus favorable aux femmes était possible.
Comment êtes-vous parvenue à votre but ?
Je suis imame depuis deux mois. Pour être reconnue comme telle, il faut qu’une congrégation religieuse adhère à votre discours. Ce qui vous donne une légitimité d’officier en tant qu’imame. Il y a beaucoup de gens qui me suivent sur les réseaux sociaux et qui adhèrent à ma lecture des textes. Mais pour l’instant, cette congrégation n’a pas encore réellement d’existence physique, car nous n’avons pas de lieu fixe. Nous nous rencontrons de manière informelle chez les uns et chez les autres. Mon premier office religieux a été de réaliser une prière mortuaire dans un cimetière de la région parisienne. J’appréhendais la réaction des gens, mais le fait que je sois une femme n’a posé aucun problème.
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Avez-vous conscience d’être un symbole ?
Oui, mon parcours est un symbole du renouveau de la pensée musulmane. Et j’espère que mon exemple suscitera des vocations.
Vous souhaitez créer une mosquée libérale. Quels obstacles rencontrez-vous dans ce projet ?
Le premier est financier. Et cela fait plusieurs mois que nous cherchons un local. Nous préparons une campagne de crowdfunding que nous lancerons en septembre pour créer cette mosquée, Fatima. Par ailleurs, en voulant créer un courant libéral qui ne rentre pas dans le discours orthodoxe, nous ne sommes pas du tout soutenus par le CFCM (Conseil français du culte musulman), ni par l’islam consulaire. Pour les courants traditionnels musulmans, nous représentons une menace. Mais j’ai bon espoir que cette mosquée voie le jour, car il y a une véritable attente de la part de certains musulmans d’un discours répondant à leur questionnement spirituel.
Quel sera le credo de cette mosquée ?
Il sera fondé sur une nouvelle interprétation des textes, qui se fera à la lumière des sciences humaines et sociales. Ce courant libéral s’adressera à un croyant libre et responsable. Cette approche sera en harmonie avec notre époque et la modernité. Nous considérons que la religion musulmane se prête à cela, puisqu’il n’y a pas d’autorité cléricale centrale. Elle favorise le lien direct avec le divin et donc la libération du croyant. Dans notre future mosquée, les femmes et les hommes pourront prier dans le même espace. Et le ministère religieux sera assuré de manière alternative par un homme et une femme.
Êtes-vous protégée par la police ?
J’ai reçu quelques menaces sur les réseaux sociaux, mais pour l’instant, je ne ressens pas le besoin de demander une protection policière. Si jamais la menace se confirmait, je serai obligée de le faire.
Quelle est votre position sur le port du voile ?
Pour moi, ce n’est pas une obligation théologique. Cela dit, nous vivons dans un pays démocratique où les libertés individuelles sont un droit. Je respecte le droit de chacun à s’habiller comme il veut, dans les limites du respect des lois de la République.
Avez-vous rencontré des membres du gouvernement ?
Non, pas encore. Je ne sais pas du tout si nous les intéressons. Je suis un peu déçue, car nous n’avons pas beaucoup de contacts non plus avec des collectivités locales. Nous avons par exemple demandé à louer un local à la Mairie de Paris. Mais nous n’avons pas reçu de réponse. Notre initiative, beaucoup d’observateurs la trouvent intéressante. Mais cela ne va pas au-delà des mots.

Auteurs·trices : Claude Bernard