Non, je ne donne pas au service des vocations

Suite à l’envoi de votre tract publicitaire* pour soutenir la formation des séminaristes, ma réponse est : Non je ne donne pas pour la formation des séminaristes.

N’avez-vous pas encore compris que le modèle de prêtres qui est formé dans les séminaires est ce qui a conduit à l’effondrement actuel de l’Église ?

Les images qui illustrent votre prospectus sont plus éloquentes qu’un discours. En première page, la photo d’un jeune prêtre en habit noir col romain ; le vêtement distinctif en fait un séparé, un être mis à part qui sera consacré et sacralisé. C’est ce qui nourrit le cléricalisme que le pape François invite à combattre. En page2, une procession d’une douzaine de jeunes clercs en aube, les mains jointes. Il y a là une uniformité qui tend à gommer la diversité des personnes. C’est un appauvrissement pour la personne et pour le groupe. Cette impression est renforcée par l’image suivante représentant un groupe de travail uniquement composé de garçons. La formation proposée dans les séminaires est une formation masculine, alors que le monde est mixte ; ceux-ci sont élevés entre eux, entre « mecs » ; leur future promesse de célibat les oblige à se méfier des femmes et de la sexualité en général. Des troubles psychologiques et de comportement peuvent s’ensuivre.

Le sacrifice d’une vie normale mérite des compensations. La première se trouvera dans l’exercice du pouvoir. Les trois pouvoirs du prêtre sont le pouvoir de gouverner, d’enseigner, sanctifier. Le pouvoir de gouverner fait du curé le pape de sa paroisse. Les fidèles en font l’expérience lors d’un changement de responsable. Il arrive que le nouveau fasse table rase des orientations pastorales et des structures mises en place par son prédécesseur, négligeant les investissements en temps et en argent des laïcs impliqués dans des tâches ecclésiales et qui parfois se sont formés pour acquérir une compétence dans ces domaines. Les divers conseils qui n’ont que des rôles consultatifs ne sont plus réunis. De la même façon, l’évêque est roi dans son diocèse. Sans aucun respect des fidèles, un nouvel évêque peut bouleverser ce qui faisaient leur vie. Le pouvoir d’enseigner se fait sentir dans les homélies que doivent écouter sagement des fidèles parfois plus instruits en exégèse ou en histoire. Le pouvoir de sanctifier est celui de la gestion des sacrements, notamment celui de l’Eucharistie, dans lequel le prêtre croit avoir le pouvoir de transformer le pain et le vin au corps et au sang du Christ, indépendamment de la présence et de la participation des autres disciples du Christ que sont les fidèles laïcs. Ainsi s’exerce le pouvoir des clercs sur les laïcs qui s’inclinent devant ce pouvoir sacré.

Voilà l’origine du cléricalisme qui entraîne les dérives que l’on connaît. Lutter contre le cléricalisme implique une autre théologie du prêtre et une autre formation que celle délivrée dans les séminaires. C’est pourquoi, fermement je déclare : non je ne donne pas pour la formation des séminaristes.

Alice Gombault

(*) Œuvre des vocations des diocèses d’Ile de France

Auteurs·trices : Alice Gombault