« Écoféminisme » – Parution de notre ouvrage (Alice Gombault)

Réchauffement climatique, écologie, biodiversité, développement durable, agroécologie, voici les thèmes qui ne cessent de revenir dans l’actualité. L’écoféminisme prend sa place dans ces préoccupations relativement nouvelles. Il s’agit d’un concept encore peu utilisé qui fait le lien entre la domination de la nature par l’être humain et celle de la femme par l’homme. L’évidence que ces subordinations sont logiques et « naturelles » est la même dans les deux cas.

L’exploitation qui en résulte, celle de la planète et celle des femmes, par les hommes, a permis le développement de l’espèce humaine ; mais nous voici arrivés à un point de rupture des équilibres. La Terre s’épuise et s’abîme, les femmes se révoltent et revendiquent leur égalité d’être humain à part entière.

Un équilibre nouveau est à trouver si l’on veut le plein épanouissement de l’espèce humaine au sein d’une nature préservée dont elle fait intégralement partie. Huit femmes et un homme des associations Femmes et Hommes en Église (FHE) et des Femmes Européennes pour la Recherche Théologique (AFERT) ont relevé le défi. Elles et il ne sont pas les premiers, parmi leurs devanciers il nous faut citer Rosemary Radford Ruether.

Beaucoup pensent que les relations asymétriques de domination/soumission existent dès l’origine et qu’elles sont même inscrites dans la Bible, au livre de la Genèse : « Emplissez la terre et soumettez là (Gen. 1-28) » et plus loin « Et lui (ton mari) dominera sur toi (Gen. 3-16) ». Michèle Buret montre comment la vision patriarcale de notre propre culture a perverti le sens du texte biblique de la création, qui ne parle en réalité que d’égalité d’emblée de l’homme et de la femme, créés ensemble, et d’autre part de domination, certes, mais dans un contexte de maîtrise responsable et non de loi du plus fort.

De façon originale, Claude Dubois nous fait faire un grand saut entre deux figures de femmes : celle du premier livre de la bible, Ève, et celle du dernier, la femme revêtue du soleil, de l’apocalypse. Ces figures sont les signes d’une humanité et d’une création renouvelées.

Continuant dans cette veine, et prenant en compte l’état des lieux, Edda Kozul-Tardieu nous entraîne vers une écohumanité, qui peine à se développer.

Quittant les mythes judéo-chrétiens, Huguette Charrier nous dépayse des Inuits aux Indiens en passant par les Aborigènes. Et si le recours aux mythes et aux symboles pouvaient réenchanter le monde et nous sortir de la froide raison scientifique qui n’a pas apporté que le bonheur sur terre !

D’un point de vue masculin, Gonzague Jobbé-Duval montre les réactions de défense des hommes du magistère catholique, inquiets pour leur pouvoir, et comment ils utilisent l’argument de nature pour justifier leurs privilèges. De « la nature et les femmes », titre de cet ouvrage, nous passons là à « la nature des Femmes ».

Mais finalement d’où vient ce concept d’écoféminisme ? Marie- Thérèse van Lunen Chenu, dans un article très documenté, en retrouve les traces dans le mouvement féministe et en montre les caractéristiques.

A son tour, la théologienne brésilienne Ivone Gebara dénonce les idéologies religieuses et les théologies qui renforcent les modèles de pouvoir identifiés à la volonté de Dieu.

Affrontées à une démarche écologique, les femmes ont besoin de passer de la culpabilité à la responsabilité. Il leur faut sortir de la victimisation et se mettre debout. C’est ce à quoi incite Danielle Penuel Monneron.

Alice Gombault propose elle aussi un nouvel art de vivre, une éthique proche de l’évangile, remplaçant les relations de domination par la réciprocité.

Nous aurions pu développer le corollaire de nos hypothèses : le déséquilibre dénoncé est, de façon identique, celui entre les riches et les pauvres, entre le Nord et le Sud. Devant le bilan décevant du sommet de Copenhague, « L’autre sommet sur le climat » de Cochabamba (Bolivie) en avril 2010 plaidait pour la création d’un tribunal pénal international de justice écologique.
Il y a des dettes écologiques à reconnaître, des impunités à faire disparaître. Les délits environnementaux sont des crimes de lèse-humanité. Certes, mais nous allons nous heurter là à la difficulté de juger ces crimes particulièrement complexes. Sans exclure d’autres démarches, l’écoféminisme propose ici une nouvelle voie Celle-ci va à la racine du mal. Il y a une possibilité de guérison de la planète par une guérison de nos relations. C’est ce que Mary Radford Ruether nomme « une œuvre d’écojustice ». Pour leur modeste part, les auteur-e-s de cette publication espèrent avoir contribué à cette œuvre.

Alice Gombault (éditorial)

Les Femmes et la nature. L’écoféminisme : Les Réseaux des Parvis, Hors-série n° 24, 2e semestre 2010.

Prix : 6,50 euros. Commandez-le auprès de notre association : contact@fhedlesfr