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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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« L’écologie humaine » : une illustration du genre catholique (Gonzague)

« Écologie humaine ». Voilà le nom du mouvement créé par Tugdual Derville dans la foulée des manifestations contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe et des slogans contre la « théorie du genre ».

Derville s’inscrit manifestement dans la lignée de Benoit XVI qui appelait de ses vœux en 2008 une « écologie de l’homme » [1]. Le pape affirmait que l’Église « ne doit pas seulement défendre la terre, l’eau et l’air (…) mais aussi protéger l’homme contre sa propre destruction » : la « nature de l’être humain comme homme et femme » doit être protégée contre « ce que l’on exprime et entend souvent sous le terme de « gender » [qui] se traduit en définitive par une auto émancipation de l’homme de la création et du Créateur. » Sont menacés concrètement, selon Benoit XVI, le mariage hétérosexuel « sacrement de la création » et la procréation comme finalité de l’union sexuelle. Sous le nouvel habit écologique on reconnait la vieille doctrine catholique de la « loi naturelle ».

Cette affirmation d’une nature éternelle en rose et bleu permet-elle de « prendre soin de tout homme, de tout l’homme » comme l’annonce le mouvement de Tugdual Derville ? Comment permet-elle de « prendre soin » concrètement des personnes homosexuelles[2] ? Par ailleurs,  « prendre soin de tout homme » est-ce prendre soin des femmes ? C’est ce dernier point que je voudrais approfondir ici à la lumière de quelques sérieuses déficiences dans le magistère catholique récent et particulièrement dans le document publié par Joseph Ratzinger quand il dirigeait la Congrégation pour la doctrine de la foi : La collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et le monde[3].

1.    Dans la « loi naturelle », la loi ce sont les hommes et la nature les femmes

Le document sur la « collaboration de l’homme et de la femme » ne parle en réalité que des femmes. Déjà Jean-Paul II avait publié un « Mulieris dignitatem », envoyé une « Lettre aux femmes » et dans bien des occasions il s’est adressé spécifiquement aux femmes, mais jamais les hommes n’ont reçu de lettre et l’on attend toujours un « Viris dignitatem » qui enseigne aux hommes leur « vocation naturelle » d’époux, de vierge et de père. Le magistère catholique masculin, quasi muet sur les hommes (mâles), n’aborde la « différence des sexes » que par les femmes.

Cela n’est pas étranger au fait que ce sont des hommes qui définissent la nature des femmes. Ils sont les sujets de la doctrine quand les femmes en sont les objets[4]. De leur nature masculine ils ne parlent pas car ils l’identifient au fond à la nature humaine. Les hommes (vir) s’identifient aux hommes (homo), à l’universel, au neutre, au prototype, tandis qu’ils assignent les femmes à la particularité, à la spécificité, à la différence, ce qui leur permet d’exclure les femmes des fonctions d’enseignement et de gouvernement dans l’Église sans en parallèle exclure les hommes d’aucune fonction.

L’actuel pape François n’a pas échappé à cette tentation quand il était archevêque de Buenos Aires. Dans son livre d’entretien avec le rabbin Skorka[5] il ne dit rien de l’homme (vir) mais écrit un chapitre « Sur la femme » dont la première phrase est pour justifier l’interdiction de la prêtrise :

« Dans le catholicisme, par exemple beaucoup de femmes conduisent une liturgie de la parole mais elles ne peuvent pas exercer le sacerdoce car dans le christianisme le souverain prêtre est Jésus, un homme. Et la tradition fondée théologiquement est que le sacerdoce passe par l’homme. La femme possède une autre fonction dans le christianisme, reflétée dans la figure de Marie. C’est elle qui accueille, qui contient, la mère de la communauté. La femme possède le don de la maternité, de la tendresse. »[6]

Voici donc des hommes qui définissent avec autorité l’identité des femmes et leur rapport avec les hommes, illustrant à merveille comment se construit le genre dans l’Église : comme un rapport de pouvoir qui construit les femmes et les hommes.

Qu’est-ce que le genre ? Redisons-le : des hommes investis de l’autorité disent aux femmes qui elles sont et quels rapports elles doivent entretenir avec les hommes. Le genre est donc un rapport de pouvoir qui se construit lui-même dans le même temps qu’il construit ses deux termes.

Au fond dans l’Église les hommes sont la loi et les femmes la nature : voilà la « loi naturelle ». Eux qui parlent avec autorité et qui se prétendent seuls capables de représenter le Verbe de Dieu dans l’Eucharistie, ils réduisent les femmes à un corps, à des spécificités physiologiques. Le cardinal Ratzinger demandait aux femmes d’être mères dans la vie professionnelle et politique, dans la virginité même[7]. Il leur assignait spécifiquement la mission du « souci de l’autre » censée aller de pair. Le cardinal se rappelait pourtant qu’en « dernière analyse, tout être humain, homme et femme, est destiné à être “pour l’autre” ». Mais il croyait que « les femmes sont plus immédiatement en syntonie avec ces valeurs » et que si les hommes (vir) en témoignent eux-aussi, c’est par leur « féminité » : « ce que l’on nomme ‘‘féminité’’ est plus qu’un simple attribut du sexe féminin. Le mot désigne en effet la capacité fondamentalement humaine de vivre pour l’autre et grâce à lui ». Comprenons bien ce qui se joue dans cette distinction du genre féminin et des personnes de sexe femelle : non pas un moyen pour les femmes d’être considérées pour elles-mêmes, mais leur assignation prioritaire à être « pour autrui ». La qualification arbitraire de cette disposition humaine comme « féminine », même quand des hommes (vir) en témoignent, est incompréhensible logiquement sauf à reconnaître ceci : le genre n’est pas une description du sexe mais une assignation du sexe ; le genre n’est pas une nature mais un rapport de pouvoir.

2.    Le recours à la nature éternelle permet d’éviter de voir les structures de péché

Le magistère déploie beaucoup d’efforts pour occulter ce rapport de pouvoir dans l’Église. Dans le texte de Joseph Ratzinger, le premier chapitre s’intitule « Le problème ». Or le problème, d’après lui, n’est pas l’oppression masculine mais la rébellion des  femmes contre l’oppression.

Incipit : « Ces dernières années, on a vu s’affirmer des tendances nouvelles pour affronter la question de la femme. Une première tendance souligne fortement la condition de subordination de la femme, dans le but de susciter une attitude de contestation. La femme, pour être elle-même, s’érige en rival de l’homme. Aux abus de pouvoir, elle répond par une stratégie de recherche du pouvoir. Ce processus conduit à une rivalité entre les sexes, dans laquelle l’identité et le rôle de l’un se réalisent aux dépens de l’autre, avec pour résultat d’introduire dans l’anthropologie une confusion délétère, dont les conséquences les plus immédiates et les plus néfastes se retrouvent dans la structure de la famille. »

L’oppression masculine est évoquée avec une telle réticence que ce sont les revendications des femmes qui posent problème et ce sont elles qui « s’érigent en rivales ». Seuls les « abus de pouvoir » des hommes sont  mentionnés, comme si le pouvoir des hommes sur les femmes en lui-même était légitime ; et seule la « recherche de pouvoir » des femmes, même en réponse à des abus, est stigmatisée. Si bien que les femmes agressées qui se défendent sont accusées d’être responsables de la rivalité.

Quelques pages plus loin (§ 7), le texte examine l’anthropologie biblique et rapporte qu’à la suite du premier péché d’Adam et Eve se manifeste une relation dénaturée entre les femmes et les hommes : « Le désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3,16).  Le commentaire évite de qualifier cette domination comme masculine et préfère parler de « joug de la domination d’un sexe sur l’autre ». Cette domination met en péril « l’harmonieuse “unité duelle” relationnelle, dont seuls le péché et les “structures de péché” inscrites dans la culture ont fait une source de conflit ».  Ce qui pour l’auteur entraîne qu’il faut régler les problèmes par la « relation » plutôt que par la « rivalité » ! En effet « envisager et analyser les problèmes inhérents à la relation entre les sexes seulement à partir d’une situation marquée par le péché ferait nécessairement revenir aux erreurs présentées précédemment. Il faut donc rompre avec cette logique du péché et chercher une issue qui permette d’éliminer une telle logique du cœur de l’homme pécheur. Une orientation claire en ce sens nous est offerte par la promesse divine d’un Sauveur, dans laquelle sont engagées la “femme” et sa “descendance” (cf. Gn 3,15). »

A une situation de péché structurel qui instaure une domination masculine contraire à la volonté de Dieu, le texte propose seulement la conversion des cœurs qui permet au sein du mariage chrétien de renoncer à la domination. Toute dimension sociale est donc écartée. Tout changement structurel est écarté. Et encore une fois, aucune leçon n’est adressée aux hommes : c’est toujours aux femmes que le texte entend dicter un comportement qui ne les fasse pas entrer en rivalité alors que la structure de péché bénéfice matériellement aux hommes.

En se réfugiant ainsi dans l’harmonie éternelle, en ne considérant que l’origine (Genèse) et la finalité (Apocalypse), en refusant de considérer la structure de péché dans notre temps, le texte est en lui-même un instrument de domination : les efforts des opprimées pour rétablir les conditions d’une égale dignité sont stigmatisés comme la folie de personnes aveugles à l’égalité ontologique.

Le recours à la nature dans l’« écologie de l’homme » sert donc à nier la construction sociale du genre comme rapport de pouvoir et à délégitimer la libération recherchée par les opprimées. Il sert aussi à masquer la construction religieuse du genre, c’est-à-dire la structure de péché qui agit au sein même de l’Église comme source d’oppression masculine.

Gonzague JD, 05/05/2013

[Actualisation d’un extrait de mon article, « Eco-masculinisme. Quand les hommes inventent une nature à dominer ». Paru dans Les Réseaux des Parvis, Hors-série n° 24 – 2010 : Les Femmes et la nature. L’écoféminisme]

A propos du « greenwashing » opéré par le courant de l’Ecologie humaine, voir aussi : http://www.bastamag.net/Ecologie-humaine-droite-Manif-pour

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[1] Discours de Benoît XVI à la Curie à l’occasion de la présentation des vœux de Noël, Vatican, 22 décembre 2008.

[2] Voir à ce sujet cet article : http://fhedles.fr/?p=1663, ainsi qu’une critique pertinente du caractère « non violent » de la « Manif pour tous » : http://aigreurs-administratives.blogspot.fr/2013/04/non-violente-la-manif-pour-tous.html

[3] « La collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et le monde », La Documentation catholique, n° 2320, année 2004, pp. 775-784.

[4] Comme l’écrivait Femmes et Hommes en Eglise (aujourd’hui FHEDLES) en 1970 au congrès de la revue Concilium qui avait invité seulement 4 femmes sur plus de 100 théologiens.

[5] Jorge Bergoglio y Abraham Skorka, Sobre el cielo y la tierra [Du ciel et de la terre], Buenos Aires, Editorial Sudamericana / Random House Mondadori, 1er décembre 2010, pages 169-175. (ISBN 978-950-07-3293-2)

[6] Cf. ma traduction approximative pour Wikipedia avec l’essentiel de son argumentation.

[7] « La collaboration de l’homme et de la femme dans l’Église et le monde », La Documentation catholique, n° 2320, année 2004, pp. 775-784, § 13 et 14.

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