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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Cholvy : « Le grand siècle des religieuses » (A. Favier)

L’historien Gérard Cholvy retrace dans ce petit livre plaisant à lire et fort bien documenté, tant son sujet est immense, un siècle de vie religieuse féminine en France. Son argument principal est simple : si le XVIIème siècle peut être tenu pour le grand siècle des âmes, est-ce que le XIXème ne peut pas être considéré comme le « grand siècle des religieuses françaises » ?

La naissance de la sœur d’œuvre

Dans la France d’Ancien Régime, les religieuses, soumises à la règle stricte de la clôture, avaient des marges d’action apostoliques limités. Qu’elles vivent de rentes foncières sans travailler les rendent de surcroît suspectes d’oisiveté dans l’esprit nouveau. Dans leur souci de réorganiser la société sur des bases nouvelles, les révolutionnaires ne manquent pas de supprimer avec violence les différentes formes de vie religieuses. Réautorisées sous Bonaparte, les congrégations fleurissent. De 16 000 en 1816, le nombre de religieuses atteint 130 000 au début du XXème siècle. Elles répondent aux besoins de santé et d’éducation d’une société qui s’industrialise et où l’État Providence fait défaut. Du côté des familles, donner une de ses filles à une congrégation est une forme de promotion spirituelle et sociale.

Les Filles de la Charité, l’archétype des soeurs du XIXème

Cette histoire remonte en fait au XVIIème avec la création d’un institut de femmes non cloîtrées, formule particulièrement souple et adaptée, par Louise de Marillac et Vincent de Paul : celui des Filles de la Charité. Premières en nombre et par leur répartition sur le territoire, les Filles de la Charité, restées dans l’imaginaire nationale associées à leur signe vestimentaire distinctif : la cornette, sont plus de 7 000 sous le Second Empire. Elles capitalisent le prestige des figures d’exception comme Catherine Labouré, voyante,  anonyme de son vivant, de la Vierge de la Médaille Miraculeuse ou « sœur Rosalie » qui influencera le catholicisme social naissant.

À temps nouveaux, formes apostoliques nouvelles….

Ce que l’on appelle communément sous l’expression « bonnes sœurs » désigne en réalité une multitude de situations dont Gérard Cholvy brosse le portrait en couleur. Cela va de la congrégation à supérieure générale au réseau souple des femmes associées, tertiaires, sociétés de laïques consacrées, aux noms folkloriques et oubliées : béates du Velay, sœurs du bouillon… Vivant en petites communautés, elles assurent au village le catéchisme, l’enseignement ménager et soignent les malades. Si l’historiographie de l’enseignement laïque les dévalorise à la suite de l’article délétère que leur consacre Ferdinand Buisson dans son Dictionnaire pédagogique de 1886, Gérard Cholvy voit au contraire dans les activités des béates « une école normale avant la la lettre ».

C’est au cœur de la France révolutionnaire que s’élaborent également des formes religieuses adaptées aux temps nouveau. La bourguignonne Madeleine-Sophie Barat fonde son institut d’éducation, hors des cloîtres de jadis, autour de la dévotion jésuite du Sacré-Cœur. On y trouve les nouveaux standards de l’éducation des jeunes filles de la haute société catholique : grammaire, orthographe, littérature, musique et chant. En adaptant la pédagogie jésuite, les femmes accèdent à des savoirs nouveaux. Les Dames du Sacré-Coeur élèvent des femmes appelées à être responsables de la morale et de la piété de leur foyer futur.

Peut-être oubliée également aujourd’hui, les sœurs « garde-malades ». Rien qu’en France, on compte 120 congrégations spécialisées dans le soin des malades à domicile (chapitre 8). Elles maintiennent la tradition de la bonne mort autant qu’elles participent à l’élaboration d’une privatisation des soins en direction des milieux bourgeois ou populaires.

Un ministère féminin nouveau pour l’Église et la société ?

Ces femmes ont-elles fait avancer la condition de leurs contemporaines ? Même si Gérard Cholvy – question de génération historiographique ? – n’aborde pas cette question de front, il donne plutôt plusieurs pistes. Assurément à l’intérieur de l’Église dès cette époque, les sœurs participent à un véritable « ministère féminin » indispensable et novateur. Répondant au programme de reconquête d’une Église marquée par la Révolution française, les religieuses comblent efficacement les manques de prêtres. Un contemporain italien de l’époque relève : « Ce sacerdoce nouveau pour avoir été exercé par des femmes n’en fut pas moins sérieux et n’eut pas moins les plus grands et les plus heureux résultats » !

Les religieuses féminisent des activités pieuses (les congrégations des Enfants de Marie) ou des œuvres qui n’existaient que gérées par les hommes (les patronages). Avant que la République ne s’y intéresse, elles ont sûrement améliorée en qualité et en quantité l’éducation des filles de la bourgeoisie, de la noblesse mais aussi des milieux populaires et paysans. En 1863, 65% des institutrices françaises sont encore des congréganistes. Les Dames de l’Assomption, fondées par Marie-Eugénie Milleret, passent pour des érudites, connaissant les sciences. Néanmoins, cela reste toujours suspect aux yeux des prêtres et de la bonne société : un bulletin des religieuses du Sacré-Cœur de Paris, note qu’il importe que les élèves soient tenues à l’écart du latin. « Évitons d’en faire des femmes savantes »

Les sœurs peuvent être considérées, à leur façon, comme les femmes indépendantes de leur époque. Leur action ne connaît pas de frontière et on les retrouve sur le front de l’expansion coloniale française. En 1825, deux congrégations sont autorisées pour les colonies : celles de Saint-Paul de Chartres et Saint-Joseph de Cluny. Marie Javouhey est un visage singulier de la présence française au Sénégal. Elle est convaincue de la nécessité de créer un clergé indigène. En Guyane, elle se lance dans la création d’un phalanstère agricole, la Mana (1828-1833), où elle rachète des esclaves fugitifs. Reçue aux Tuileries, s’opposant à l’évêque d’Autun, elle reçoit à sa mort l’hommage de Louis-Philippe déplorant la perte d’ « un grand homme »

***

Les religieuses constituent en définitive un groupe social capital pour qui étudie l’histoire du XIXème siècle français. Les années 1880 marquent l’apogée du système congréganiste féminin en France avant un long déclin dont on peut se demander s’il ne s’achève pas aujourd’hui. La mise en place par les républicains d’un réseau public d’enseignantes et d’infirmières laïques puis la loi d’association (1901) qui institue un délit de congrégation marquent véritablement la fin d’une époque.

Gérard Cholvy, Le XIXe siècle, « Grand siècle » des religieuses françaises, Perpignan : Artège, 134 p, 17 euros.

Recension par Anthony Favier

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