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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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De quel genre parle-t-on ? (Alice Gombault)

« Le genre est un concept forgé par les études féministes dans les années soixante pour comprendre la répartition des rôles entre hommes et femmes qu’on trouve dans toute société.[…] Ce concept s’est révélé très fécond pour comprendre les multiples manières dont les sociétés ont interprété la différence sexuelle. Aucune négation de la différence sexuelle en cela, seulement un constat : il existe deux sexes bien identifiables physiquement mais ensuite les cultures vont développer sur ces sexes des interprétations, des définitions des qualités des hommes et des femmes et des rôles qu’ils doivent occuper dans la société ».[1]

Voilà la façon dont FHE a habituellement interprété la notion de genre, vue comme un outil intellectuel,  et aujourd’hui FHEDLES partage cette même vision des choses comme le montrent les communiqués publiés à propos de la polémique sur le genre dans les manuels scolaires et plus largement comme le démontre la création de l’unité de recherche et documentation voici une dizaine d’années domiciliée à la bibliothèque du Saulchoir [2] intitulée «Genre en Christianisme». Celui-ci  a pour objet l’étude critique de la construction religieuse du genre et de ses modes d’influence dans la société civile.

La définition souvent donnée du genre est simple, mais peut-être trop simple, elle dit : le sexe est lié aux chromosomes et aux organes génitaux, alors que le genre masculin ou féminin est une construction sociale.   Certes,  le sexe n’est pas entièrement déterminé par la biologie, il est surdéterminé par la société dans laquelle on naît. On parle aussi de rapport social entre les hommes et les femmes ou encore de sexe social. Pour faire bref, disons que le sentiment d’appartenir à un sexe ou à un autre dépend de la manière dont l’enfant a été élevé et reconnu par son entourage ; il dépend des attentes sociales, autant si ce n’est plus que de ses chromosomes et hormones. La construction de l’identité sexuée se fait dans un incessant dialogue entre le déterminisme biologique et la programmation socio-culturelle.

S’il y a polémique, c’est que les analyses de genre font  peur. Elles menacent  toutes les structures de pouvoir établies sur la distinction, supposée claire,  homme/femme. Non pas que cette distinction n’existerait pas, mais elle se fait sur un fond de continuité entre les sexes ; elle s’établit entre un plus et un moins et non comme une  rupture. La façon dont l’embryon et plus tard le fœtus devient mâle ou reste femelle en est un bon exemple. On sait pertinemment que chez  certaines personnes, cette distinction reste floue.  Il n’est pas question pour autant d’indifférenciation des sexes, mais plutôt de reconnaître et d’accepter qu’il existe une palette complexe de possibilités devant lesquelles chacun et chacune de nous doit se situer.   La peur de ne plus savoir qui on est, mais surtout de devoir abandonner les privilèges que procure l’appartenance à un sexe pousse certains à diaboliser « le genre ».

C’est alors qu’on ne parle plus de la même chose : le opposants au genre  en font une théorie politique et militante qui se dissimule sous un aspect scientifique[3]. D’après eux, cette  théorie ne se contenterait  plus de dénoncer le modèle patriarcal mais rejetterait  le modèle hétérosexuel.  On entrerait  dans une logique de l’indifférenciation qui rejette tout rapport à ce qui serait « naturel ». Il y aurait une liberté totale de l’être humain, apte à se déterminer lui-même et à choisir son sexe et cela entraînerait  le développement de l’homosexualité et la fin de la famille hétérosexuelle…  Si certaines théories du genre, au demeurant minoritaires,  tendent vers cela,  on ne peut pour autant discréditer les études de genre en général. C’est ce que font, sans s’informer et sans réfléchir,  bien des personnes. Je prends l’exemple d’un curé de paroisse qui écrit dans un édito du journal paroissial : «  Gender » ou la liberté sexuelle, comme si les deux termes étaient équivalents. Un paroissien attentif a traité ses propos d’ « homophobes ». Dans l’édito du mois suivant, il se défend de cette appellation qu’il juge inappropriée. Car, dit-il, Jésus aurait accueilli les homosexuels comme les prostituées et les adultères, mais, ajoute-t-il, il les aurait supplié de changer de vie. C’est l’attitude de l’Eglise qui ne peut accepter que « l’idéologie du genre entraîne des jeunes dans cette déviation ». Serait donc homosexuel ou hétérosexuel qui veut ? On ne choisit pas son orientation sexuelle, mais on peut choisir de l’assumer. Si effectivement, on pouvait choisir son orientation sexuelle, penser que tout le monde choisirait l’homosexualité relève tout simplement de l’absurde.

Il nous faut raison garder.  Répétons  ce que nous disons depuis notre création : l’égalité entre les sexes n’est pas l’identité et l’aplatissement des différences.  Nous ne pouvons nous enfermer dans un déterminisme biologique immuable qui privilégie la fonction reproductrice. La « nature » humaine est culturelle. C’est bien ce qui la fait sortir de l’animalité. En français, le mot « genre » renvoie à la grammaire qui appelle ainsi le masculin et le féminin. Notons  que dans cette acception, une hiérarchie est installée, puisque le masculin l’emporte sur le féminin. Dans une énumération d’objets féminins, la présence d’un seul objet masculin oblige à tout accorder au masculin. Transposée au genre humain partagé, divisé, entre hommes et femmes, la domination du masculin est-elle inéluctable ? Le genre permet de penser  le masculin et le féminin ensemble, dans leur évolution et leur interaction.  C’est pour comprendre  comment s’installent  les  hiérarchies et pour lutter contre les inégalités et  les injustices, que nos associations créatrices de  FHEDLES  développent les analyses de genre et favorisent la parité et le partenariat entre femmes et hommes.

Alice Gombault, décembre 2011

Ce texte sera discuté lors de la toute prochaine assemblée générale de FHEDLES


[1] Définition trouvée dans un article « Catholiques, n’ayez pas peur du genre ! » publié dans La Croix du 24 octobre 2011 et signé  Yann Raison du Cleuziou, maitre de conférence en sciences politiques à l’université de Bordeaux.

[2] 43 bis, rue de la Glacière, 75013 Paris

[3] Jacques Arènes « La question du genre » in Etudes, janvier 2007

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