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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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JAMET-MOREAU, « Le Curé est une femme. L’Ordination des femmes dans l’Église d’Angleterre »

Marie-Thérèse van Lunen Chenu nous propose plusieurs recensions de livres sur une question toujours actuelle. Voici la troisième.

Titulaire d’un doctorat en civilisation britannique, Eglantine Jamet-Moreau a vécu à Londres  ces dernières années. Elle peut nous offrir ici un ouvrage d’une grande amplitude qui retrace, de façon peut-on dire exhaustive,  non seulement l’histoire du débat lui-même – atermoiements, refus,  compromis, votes  et décisions – mais aussi  la situation particulière de l’Eglise d’Angleterre et de la Communion anglicane aujourd’hui : enjeux de l’œcuménisme d’un côté mais dangers d’un équilibre difficile de l’autre, entre  contradictions et désaccords internes menaçant son unité.Avec nuance autant qu’objectivité, l’auteure qualifie  la décision prise en 1994 d’ordonner des femmes  de Victoire en demi-teinte tant les rejets furent nombreux et  restent forts. Rien d’étonnant à cela, elle-même  a pris soin de retracer de façon substantielle dans  ses chapitres d’introduction les fondements de l’anthropologie et de la théologie classique,  qui, décrivant la hiérarchie des sexes est commune à nos sociétés civiles et à nos Eglises. 

Mais l’ouvrage particulièrement bien documenté sur la situation actuelle montre que l’Eglise anglicane a franchi un pas symptomatique :  dès la décision arrachée à l’ensemble des  chambres des évêques, des prêtres et des laïcs, une culture du pragmatisme,  de la tolérance et des compromis a permis d’envisager autant de solutions  différentes qu’il en fallait  pour respecter ces refus qui se présentent comme  des cas de conscience : ainsi des prêtres qui refusent l’ordination des femmes  peuvent-ils  prendre leur retraite avec  compensation financière ou bien rejoindre  l’Eglise romaine ; des paroisses  qui ne veulent pas accueillir des femmes prêtres peuvent s’adresser à des évêques itinérants, et des cathédrales peuvent refuser qu’une prêtre femme y officie ou en devienne doyenne.Tout ceci en son temps fut plus ou moins connu mais qu’en est- il aujourd’hui où s’ajoute la  controverse sur la nomination de femmes évêques ? 

C’est justement l’intérêt de cet ouvrage qui traite la situation de l’Eglise anglicane dans la durée et présente non seulement l’histoire déjà dense des décisions officielles mais aussi l’expérience et l’impact  de la présence sacerdotale des femmes  sur le terrain, c’est à dire sur  la perception populaire du ministère. L’intégration des femmes prêtres est  réussie, dit l’auteure  mais néanmoins relative  et la  déconstruction de la culture paternaliste de l’Eglise d’Angleterre reste difficile.

En présentant  l’enquête sociologique quantitative et qualitative qu’elle a réalisée de 2002 à 2004 auprès de 40 femmes ordonnées (sur un total de 2.500 à l’époque, elles sont plus de 3000 aujourd’hui), on mesurera les avancées et les obstacles.  Questions et réponses sont passionnantes, trop fines et nuancées pour que l’on prétende les résumer ici :  d’abord, les états de vie de ces femmes prêtres sont divers – célibataires, mariées, parfois divorcées, souvent mères de plusieurs enfants –  ; leurs parcours sont différents mais faisant foi d’une vocation irrépressible ; certaines furent d’abord diacres, ordonnées en 1987, d’autres non ;   certaines furent militantes dans les mouvements spécialisés pour l’ordination des femmes  (ex. WOW) ; enfin leurs situations actuelles sont des plus variées : certaines sont prêtres en charge à plein temps mais beaucoup sont cantonnées dans des positions d’appoint, voire parfois de bénévolat ;  rares sont celles qui occupent des charges importantes d’autorité.

L’expérience des femmes prêtres montre que  le sexisme local, institutionnel et professionnel est encore à l’œuvre, qu’elles rencontrent parfois une hostilité manifeste voire une opposition violente, ou qu’elles subissent  une certaine forme de harcèlement sexuel, n’échappant pas aux réflexions déplacées sur l’impureté féminine. Comme on s’en doute, leur état visible de femmes enceintes, officiant dans l’espace sacré, parait encore plus incongru, voire indécent….

Que demandent-elles  le plus souvent ? La déconstruction de la hiérarchie des sexes dans l’Eglise, notamment  par des mesures aussi concrètes que l’abolition de l’Acte Synodal de 1993, lequel  permet, légitime et  cautionne plus ou moins le refus des opposants à l’ordination des femmes, et qui, plus gravement encore,  accepte   l’incohérence de « deux intégrités dans l’Eglise ». En majorité, les femmes prêtres   soutiennent l’ouverture de l’accès des femmes à l’épiscopat, il  lèverait le principe de discrimination et leur donnerait l’autorité collégiale nécessaire. Elles insistent aussi pour l’adoption officielle d’une liturgie inclusive mais se refusent pour autant à imposer prématurément ce qui pourrait choquer. .

L’auteure le souligne : la mesure prise par l’Eglise d’Angleterre a de fait une incidence plurielle importante : elle fait bouger les lignes archaïques de partage entre le sacré et le profane, le pur et l’impure, les aptitudes et incompatibilités soit disant « naturelles » des deux sexes. Et, en ce qui concerne  les Eglises chrétiennes, notamment orthodoxe et romaine,  la pratique nouvelle et ecclésiastiquement admise des  femmes dans la médiation du sacré vient désacraliser le sacerdoce. Ainsi l’organisation ecclésiale actuelle de certaines  confessions chrétiennes se trouve-t-elle  remise en cause tandis que ce renouvellement de la théologie et de l’ecclésiologie redistribue les cartes des rapprochements œcuméniques.

L’ouvrage propose une large bibliographie. Il fait droit à de très nombreuses références et citations ; on regrettera  que les traductions aient paru impossibles à  inclure et que certains  lecteurs/trices non bilingues puissent en ressentir  une frustration. Mais l’œuvre est assez large, riche et originale pour qu’on en tire intérêt et profit.

Notons que le 21 novembre dernier, le synode de l’Église anglicane a refusé l’ordination de femmes évêques, donnant un éclairage sur bien des questions posées par l’auteure.

Eglantine JAMET-MOREAU, Le Curé est une femme. L’Ordination des femmes à la prêtrise dans l’Église d’Angleterre, éditions L’Harmattan, collection « Des idées et des femmes », 2012. Préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

Recension par Marie-Thérèse van Lunen Chenu

Regarder une interview viedo d’Eglantine Jamet-Moreau ici : https://www.youtube.com/watch?v=aZ90NuPp7ko

Télécharger toutes les recensions au format pdf

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