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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Le mouvement mondial pour l’ordination des femmes – WOW (Marie Bouclin)

Historique et projets d’avenir

Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. Les Pharisiens lui disaient : «Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat! Ce n’est pas permis.» Et il leur dit: «Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a fait David lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a eu faim, lui et ses compagnons, comment, au temps du grand prêtre Abiathar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l’offrande que personne n’a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui?» Et il leur disait: «Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat.» Marc 2, 23-28

 

Si je commence par citer cet extrait de l’Évangile de Marc qui nous était proposé cette semaine, c’est pour signifier au point de départ  que le mouvement mondial en faveur de l’ordination des femmes s’inspire d’abord et avant tout de la vie et de l’enseignement de Jésus –  ce Jésus qui nous invite à le suivre et qui a osé contester une autorité religieuse dûment mandatée. Et c’est là, justement, que se situe le discours du mouvement en faveur de l’ordination des femmes. Ce soir, mes propos porteront donc sur le chemin parcouru par le mouvement WOW. Je ferai un bref rappel de son historique, des suites données aux résolutions passées à Dublin en 2001, nos activités entre 2001 et 2005 et le colloque d’Ottawa en juillet 2005. Enfin, je vous parlerai des projets d’avenir et du modus operandi que nous voulons privilégier dès la prochaine réunion du comité directeur qui aura lieu en mars prochain à Londres.

Fondation

Le réseau WOW est né au terme du Premier synode européen des femmes, en juillet 1996, à Gmunden en Autriche. Quatre-vingts participantes au synode voulaient aborder de front la question de l’accès des femmes aux ministères ordonnés dans l’Église catholique, en dépit de la publication quelque deux années plus tôt  d’Ordinatio sacerdotalis et surtout des précisions apportées par  la réponse Ad dubitum du préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Le débat officiel sur la question était désormais hermétiquement clos. Et ce, en dépit des conclusions d’une commission théologique et de l’apport à l’Église de toutes ces femmes qui sont devenues expertes en théologie systématique,  dogmatique et pastorale, en exégèse, en anthropologie religieuse, en archéologie, sans parler des autres disciplines. Mais dans toute cette multitude de femmes, aucune n’est trouvée digne d’avoir accès ne serait-ce qu’au diaconat, faute d’avoir un corps d’homme. Que faire? Comment faire changer une loi qui ne relève ni de l’Évangile, de la théologie, ni même de la Tradition quand on remonte suffisamment loin dans les faits?

En 1998,  Myra Poole convoque à Londres une réunion de représentantes des différents regroupements nationaux intéressés afin d’organiser un colloque international sur la question.

Colloque de Dublin 2001

À Dublin, la conférencière principale Joan Chittister décrit la tâche qui attend le jeune mouvement : « Mettre tous nos regroupements à l’oeuvre pour faire évoluer la théologie de l’Église et rejoindre une masse critique des fidèles; vivre un christianisme dangereux;  nous libérer des mandatums et organiser des colloques, des débats publics comme ceux des grandes disputes du Moyen Âge (…), des sessions d’étude, écrire ou commanditer des livres, créer des sites internet pour assurer l’éducation permanente, préparer d’autres conférences où les femmes peuvent s’exprimer en toute liberté quoi que puissent en être les conséquences… »

Plusieurs résolutions en vue d’actions concrètes furent prises à la session de clôture de Dublin.  En voici un bilan sommaire :

1. Demander au pape de révoquer l’interdiction de débattre sur l’ordination des femmes. Aucune  pétition mondiale adressée directement au Saint Siège n’a été faite à ma connaissance.

2. Poursuivre le dialogue avec les évêques, les prêtres et les laïcs de nos localités. Nous le faisons avec plus ou moins de succès, car plus souvent qu’autrement, les évêques répondent en principe : Roma locuta est, causa finita.

3. Appeler les responsables de l’Église catholique à restaurer le diaconat pour les femmes conformément à l’Église primitive. Nous l’avons demandé. Vous connaissez la réponse.

4. Encourager les femmes conscientes de leur vocation à faire des études en vue du diaconat et même de la prêtrise; soutenir l’organisation de programmes de formation appropriée là où ils n’existent pas.  À ce chapitre, beaucoup de travail a été fait. Des programmes ont été institués dans plusieurs pays grâce aux cours par correspondance, un séminaire virtuel et des réseaux d’appui aux candidates. Des bourses d’études sont mises à la disposition des femmes qui veulent poursuivre leurs études théologiques.

5. Promouvoir la cause par des manifestations régulières, par une journée annuelle de prière le 25 mars et par une conférence internationale tous les 3 ou 5 ans. Effectivement, la tradition s’installe dans de nombreux pays de manifester en silence devant la cathédrale des divers diocèses au moment  de la Messe Chrismale.  Des liturgies se célèbrent le 25 mars dans tous les coins de la planète pour célébrer l’appel des femmes aux ministères. Un travail de traduction se fait pour en faciliter le partage. Un second colloque œcuménique international a eu lieu en 2005.

6. Adapter le langage liturgique pour inclure l’expérience religieuse des femmes. Ce travail se fait surtout «sur le tas» dans les petites communautés, mais aussi par la publication de liturgies par et pour des groupes féministes, basé très souvent sur le travail des théologiennes et des théologiens dans les facultés. Ces textes foisonnent surtout dans les petites églises domiciliaires animées par des femmes perçues par leur communauté comme ayant une vocation sacerdotale.

7.  Demander que Rome reconnaisse la validité des Ordres conférés à Ludmila Javarova et autres de l’Église du silence (en l’ancienne Tchécoslovaquie, par exemple). Ça s’est fait.

8. Trouver de l’aide financière pour aider celles et ceux qui ont perdu leur situation en raison de leur revendication de l’ordination des femmes. Certaines agentes de pastorale ont trouvé une nouvelle situation par l’intermédiaire discrète de militantes et de militants; les professeurs qui perdent leur emploi s’en vont le plus souvent du côté des facultés œcuméniques ou protestantes…

9. Encourager les personnes qui ont subi des préjudices à exposer publiquement les foudres du Vatican. Certaines personnes y sont effectivement parvenues grâce aux médias ou à la publication d’un livre ou d’un article de journal. Je pense à Sr Carmel McEnroy, renvoyé de son poste d’enseignante dans un séminaire américain pour avoir signé une pétition dans le New York Times. 10. Mettre rapidement en place un système de courrier électronique qui puisse faciliter le travail en réseau des associations. Ce réseau est en place depuis 2002.

11. Enfin la Conférence a proposé que l’étole violette soit adoptée comme symbole international de la cause de l’ordination des femmes.

Voilà pour le bilan de Dublin.

Entre deux conférences…

Le comité directeur de WOW s’est rencontré trois fois: à Salzbourg en 2003 pour se doter d’une constitution. Et comme les 7 femmes ordonnées sur le Danube venaient d’être excommuniées, nous avons demandé à Rome de lever la sanction. Peine perdue. Nous avons aussi préparé une lettre destinée à tous les canonistes de nos divers pays et aux membres de la curie romaine, leur demandant de changer le libellé du canon 1024 pour qu’il se lise persona baptisata au lieu de vir baptisatus. Aucune réaction, sauf d’un canoniste réputé qui nous a dit de jouer plutôt la carte des droits de la personne.  Les deux rencontres subséquentes, en 2003 et 2004, ont surtout été consacrées à la préparation du colloque 2005.

Ottawa 2005

Le thème du colloque d’Ottawa en dit long sur sa visée: Rompre le pain, rompre le silence. Le Christ appelle les femmes au leadership. L’Eucharistie et la Parole sont au coeur de nos préoccupations, et le Christ appelle aussi les femmes  à être «maîtres de la Parole, ministres des sacrements et guides de la communauté», pour reprendre le titre du document de la Congrégation pour le clergé de 1999.  Le mot d’ordre de WOW étant «un sacerdoce renouvelé dans une Église renouvelée»,  quel modèle de leadership allions-nous privilégier dans une communauté de disciples égaux? Chose assez étonnante, nos conférencières n’ont pas fait porter leur propos sur le leadership comme tel, ni les qualités que devraient posséder, par exemple, celles qui aspirent aux ministères ordonnés. Pour résumer très brièvement, elles nous ont plutôt incité à ne plus militer pour l’ordination dans l’institution patriarcale actuelle.  Mieux vaudrait reconnaître dans nos communautés les charismes de l’Esprit déjà à l’oeuvre.

Elisabeth Schüssler Fiorenza en dresse une  longue liste : ministère d’engagement au niveau politique, ministère de guérison, ministère d’enseignement, ministère des beaux arts, et ainsi de suite. (Son texte intégral sera publié sous peu en français  au site WOW2005). Rosemary Radford Ruether pour sa part nous met en garde contre le cléricalisme, ennemi juré de l’égalité et de la justice: au lieu de nous accrocher, à l’instar du clergé actuel, à l’avoir, au savoir et au pouvoir, nous devons plutôt aspirer à l’être, au partage et au service. Une table ronde et quelque 40 ateliers ont fourni à plus de 500 personnes un lieu propice pour échanger sur tous les aspects de la lutte pour l’égalité de droit et de fait des femmes dans l’Église catholique. Aucun projet d’action précise n’émane de ce colloque.

Projets d’avenir

Du 17 au 19 mars prochain, le comité directeur de WOW se réunira à Londres pour son assemblée annuelle. À ce moment-là, Jennifer Stark, membre depuis 10 ans de CWO (Grande Bretagne) assumera la présidence du mouvement. Nous avons convenu qu’il ne s’agirait pas d’une simple réunion d’affaires pour régler les questions d’ordre administratif. Nos rencontres prendront l’allure d’un synode, ou plutôt d’une démarche synodale. Non pas pour faire concurrence au synode européen des femmes mais bien pour faire un bilan annuel du dossier et relancer certains projets d’actions concrètes. La démarche consistera en trois sessions de quatre étapes chacune : une brève communication d’environ 20 minutes sur un sujet déterminé, suivi d’une période d’échanges pour arriver à un consensus sur les gestes concrets à poser. Cette année nous aborderons les thèmes suivants: Faire le bilan. Quel chemin a été parcouru dans l’exécution des résolutions de 2001, plus particulièrement en ce qui a trait au dialogue avec la hiérarchie de l’Église. Comment rétablir le dialogue lorsque le débat est censé être clos? Comment convaincre les hautes instances ecclésiastiques que cet enseignement est loin d’être unanimement reçu par les fidèles? Dans un deuxième temps, une réflexion sur l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Peut-être pourrions-nous publier un exposé complémentaire qui  reflète mieux les théologies libérationnistes et féministes de notre époque. Finalement, nous allons nous pencher sur trois nouveaux ministères possibles pour notre mouvement: i) celui de l’obéissance prophétique (dans la ligne de ce que nous venons d’entendre de Geneviève et de Patricia), ii) le ministère d’accompagnement des femmes appelées aux ministères ordonnées, pour les encourager à se donner la formation théologique et l’accompagnement spirituel dont elles ont besoin, et iii) le ministère «d’irritation» (pour reprendre l’expression de nos consoeurs américaines), le devoir qui nous incombe de revendiquer des prêtres pour nos communautés. Car nous sommes persuadées qu’avec la pénurie non de vocations sacerdotales mais d’hommes non-mariés appelés par l’Esprit, c’est tout le système sacramentel que nous risquons de perdre.

Pourquoi la synodalité? Tout d’abord, parce que c’est une vieille et très bonne tradition ecclésiale. Nous ne sommes pas des artisanes de schisme dans l’Église: au contraire. Nous aimons l’Église et nous voulons travailler ensemble à la rajeunir et l’embellir. La synodalité est aussi une démarche marqué au coin de l’égale dignité des personnes, de la coresponsabilité, de la collégialité, de la communion.

Conclusion

Le mouvement international pour l’ordination des femmes prend à coeur sa vocation de rappeler à nos dirigeants actuels que pour survivre, notre Église a besoin de prêtres selon le coeur du Christ… et que l’Esprit, la Sagesse éternelle,  appelle à cette vocation qui elle veut: hommes et femmes, personnes célibataires et mariées, personnes hétérosexuelles et autres. Nous allons donc continuer à revendiquer les prêtres dont nous avons besoin. La pire erreur serait de nous taire, de baisser les bras devant l’intransigeance romaine. Par crainte de l’excommunication? Mais qui, au juste, est hérétique ici? Celles et ceux qui veulent vivre l’Évangile ou ceux qui tiennent mordicus à l’application du Droit canonique? Notre Église se meurt faute de sang nouveau.

Le texte évangélique du début vient nous rappeler l’obligation qui nous incombe de garder vivante la mémoire subversive de Jésus en faisant Église autrement, en redonnant à l’Eucharistie sa place centrale, pour nourrir un monde qui a faim de Dieu. L’appel de l’Esprit se fait entendre. Il est plus que temps de donner à l’autre moitié de l’humanité la possibilité d’y répondre.

(Pour le 16e colloque œcuménique international organisé par l’association Femmes et Hommes en Église (aujourd’hui FHEDLES, janvier 2006)

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