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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Les évêques troublés par le genre ? (Anne-Marie de la Haye)

Une sympathisante nous communique sa lettre aux évêques dont nous reproduisons de larges extraits. Au sein de notre association, son analyse rencontre le sentiment de certain-e-s tandis qu’elle n’apparaît pas assez radicale à d’autres (notamment quand elle affirme que les significations du masculin et du féminin sont issues de l’anatomie). Nous la publions au titre de contribution à la compréhension des enjeux de la controverse sur le concept de genre.

 

Extraits de la « Lettre ouverte à nos Pères, Évêques de France » d’Anne-Marie de la Haye, le 28 septembre 2011.

 

Chers Pères,

 

Les recherches sur le genre datent de plus de quarante ans. Elles ne sont pas exclusivement américaines (le seraient-elles que cela ne diminuerait en rien leur intérêt), et conserver le terme anglais gender laisse entendre que les chercheurs français ne s’y sont pas engagés, ce qui est faux. Le genre n’est pas une théorie, mais une notion utilisée par de nombreux chercheurs qui ne font pas tous référence à la même théorie. Ces recherches relèvent de l’anthropologie, de la sociologie ou de la psychologie. Elles sont publiées dans des revues sérieuses, réalisées selon les règles partagées par la communauté scientifique, et leur interprétation reste ouverte à la discussion, comme il est de règle en toute communauté scientifique. Madame Judith Butler est un auteur dont les thèses suscitent l’intérêt, mais ce n’est qu’un auteur parmi d’autres. Il est trop facile de discréditer tout un domaine de recherche parce qu’on est choqué par l’une des théories qui font usage d’une notion.

Les réactions qui se sont manifestées récemment après l’introduction de la notion de genre dans certains manuels de SVT ont porté sur deux points : sur cette notion de genre elle-même, et sur le discours au sujet de l’homosexualité. Ces deux questions sont distinctes et je les aborderai l’une après l’autre.

Le genre ? Que les significations liées à la différence homme/ femme soient le produit d’une élaboration historique, culturelle, sociale, me paraît difficilement niable. Se conduire correctement comme un homme digne de ce nom (un être humain de sexe mâle) ne se définit pas de la même façon, de nos jours, chez un paysan sicilien, un chef d’entreprise français de Romorantin ou un médecin du Ve arrondissement parisien. Et si ces façons de vivre sa masculinité ou sa féminité sont diverses, c’est qu’elles sont acquises, au long de l’histoire du sujet, au sein de la famille, des groupes de pairs, à l’école, par l’intermédiaire des médias, etc. Je ne vois pas ce qu’il y a de scandaleux à dire cela.

Dire que le genre est le résultat d’une éducation, d’un apprentissage, n’implique pas de jugement de valeur a priori. Ce qu’apporte la notion de genre à ce sujet, c’est d’attirer l’attention sur le fait que la transmission des modèles traditionnels ne relève pas d’une simple soumission à la nature, mais d’un choix de société.

La critique de la notion de genre porte immédiatement sur l’éventualité de « choix alternatifs de sexualité ». Il y a là une confusion entre deux notions distinctes, celle de genre d’une part, celle d’orientation sexuelle de l’autre. La preuve en est que bien des personnes hétérosexuelles sont, du point de vue du genre, assez éloignées de la définition traditionnelle de leur sexe. Il y a des hommes qui n’aiment pas le sport, n’ont pas de goût pour l’exercice de l’autorité, sont affectueux et sensibles, aiment s’occuper des bébés, etc. et qui – faut-il dire néanmoins ?- sont sexuellement attirés par les femmes. Inversement, il y a des femmes chefs d’entreprise et carrées en affaire, ou commissaires de police et bonnes meneuses d’hommes, qui (néanmoins ???) sont sexuellement attirées par les hommes.

Que les parents inquiets du devenir de leurs enfants se rassurent : on peut offrir une poupée à un petit garçon, cela n’en fera pas un homosexuel ; on peut offrir un train électrique à une petite fille, cela n’en fera pas une lesbienne. En revanche, expliquer aux enfants que la répartition inégale des hommes et des femmes dans toute sorte de métiers et de fonctions sociales relève de l’usage et qu’il y a des usages auxquels on n’est pas obligé de se conformer, mettre cette critique sociale en pratique dans ses propres actes publics et privés vise à élargir le champ de leur future liberté d’adultes. Un père (ou un frère, ou un cousin) peut langer un bébé sans déchoir de sa dignité masculine ; une femme peut jouer au rugby et rentrer au vestiaire maculée de boue sans perdre sa dignité féminine.

Si des hommes et des femmes n’avaient pas travaillé depuis plusieurs siècles (pas seulement aux Êtats-Unis, pas seulement depuis 50 ans !) à briser le carcan des modèles de comportement liés au sexe, le droit de vote serait encore réservé aux hommes, et il n’y aurait toujours pas de femmes dans les métiers qui demandent une formation hautement qualifiée : pas de femmes médecins, pas de femmes ingénieurs, pas de femmes avocats ni magistrats, pas de femmes chercheurs ni professeurs d’université, et l’humanité y perdrait beaucoup.

Dans son billet sur le genre, Monseigneur Ginoux exprime la crainte que cette évolution des règles de l’éducation aboutisse à un effacement total des distinctions sociales entre hommes et femmes, et s’alarme des conséquences de cet effacement pour la famille et pour la société. Cette crainte est totalement irréaliste. D’une part, l’état actuel des sociétés dans le monde est tellement éloigné d’un tel effacement qu’en dénonçant un danger aussi illusoire on ne fait que retarder une évolution dont nos sociétés, et tout particulièrement les pays en voie de développement, ont cruellement besoin. Dans les sociétés technologiquement avancées, les dirigeants se soucient d’améliorer l’accès des femmes aux postes de responsabilités parce que l’état actuel de non-parité à ce niveau prive en fait les entreprises et la haute administration de talents potentiels -ceux des femmes- qui n’ont pas suffisamment l’occasion de servir. Quant aux pays en voie de développement, tous les organismes internationaux, toutes les ONG savent que la clé du développement est l’éducation des femmes et leur accès à des métiers les plus diversifiés possibles. Plaider, comme le fait Monseigneur Ginoux, pour la défense des modèles masculins et féminins traditionnels, en les habillant du prestige de la « nature » et de la « création », c’est plaider pour le maintien des pays pauvres dans la misère.

L’autre raison pour laquelle un effacement total des différences hommes/ femmes n’est pas imaginable est beaucoup plus essentielle. Même dans une société- dont nous sommes fort éloignés- où les fonctions sociales occupées par les hommes et les femmes seraient quasiment identiques, les significations associées au masculin et au féminin ne le seront jamais, pour une raison très simple, c’est que les notions de masculin et de féminin sont liées au sexe, et que les sexes diffèrent réellement.

Je ne prendrai que deux exemples de composantes fondamentales des significations liées à la différence homme/ femme. Les humains de sexe mâle sont en moyenne plus grands et plus forts que les humains de sexe femelle ; il n’y a pas à le regretter ni à s’en réjouir, c’est un fait inscrit en nous et sur tous ceux avec qui nous vivons. Il est donc inéluctable que la force fasse davantage partie des significations masculines que des significations féminines. Ceci laisse, bien sûr, une large liberté aux personnes dans leur façon d’interpréter cette force- physique ou morale, dynamique ou statique, force d’agression ou force de constance, etc… Mais effacer cette différence-là, ce n’est pas possible, parce que ce n’est pas conforme à la réalité.

Autre exemple. Tous les petits mammifères, le petit de l’homme aussi bien, sont nourris au début de leur vie par le lait d’une mamelle. Les humains ont inventé des substituts au lait maternel, et les bébés ne sont donc pas toujours nourris du lait de leur mère. Mais cela n’y change rien, dans l’ordre des symboles. Le corps femelle est nourricier dans son anatomie la plus visible, le corps des femmes autant que celui d’autres femelles. La représentation d’un bébé au sein est donc l’une des composantes fondamentales sur lesquelles se construit la représentation de la féminité, avec toute une nébuleuse de significations associées : nourrir, loger un corps de nouveau-né dans la chaleur de son giron, bercer et consoler… Cela ne veut pas dire que l’on n’est pas une « vraie femme » tant que l’on n’a pas allaité, ni que les humains de sexe mâle ne peuvent pas être nourriciers et protecteurs. Mais cela veut dire que, quelles que soient les évolutions de société, on ne pourra jamais séparer la nébuleuse de significations qui tourne autour  de l’allaitement de la nébuleuse de significations qui s’appelle féminité.

Ce que je voulais souligner avec ces exemples, c’est que la crainte d’un effacement des différences homme/ femme est par définition sans objet. Ma conviction de féministe est que cette crainte est celle d’hommes ou de femmes qui voient autour d’eux le monde changer et qui n’ont pas en eux le langage qui pourrait lui donner du sens. Mais la réponse à cette crainte ne devrait pas être de la prendre au pied de la lettre mais d’accompagner et de rassurer les personnes pour les aider à vivre les évolutions du monde avec confiance et autonomie.

 

Le second point qui a fait réagir certains milieux d’éducateurs est le fait que des manuels destinés aux lycéens aient mentionné explicitement la diversité des orientations sexuelles. Je n’ai pas eu ces manuels en main mais je crois comprendre, d’après ce qu’en a dit la presse, que leur propos ne va pas au-delà d’un simple énoncé de fait : l’attirance sexuelle pour les personnes de l’autre sexe n’est pas universelle. L’intention qui commande un tel propos est double. D’une part, il s’agit de mettre des mots sur des réalités que la plupart des jeunes connaissent. Être attiré sexuellement soit par des personnes d’un autre sexe, soit par des personnes du même sexe, cela s’appelle une orientation sexuelle. Pour des jeunes qui sont à l’âge où ces attirances se manifestent avec vigueur, il est urgent et sain de pouvoir nommer avec justesse ce qu’ils vivent ou ce qu’ils voient. Les jeunes sont souvent très démunis pour parler de la sexualité (je dis les jeunes… je devrais dire la plupart des gens) ; parler d’orientation sexuelle dans un manuel de SVT répond à ce besoin de mettre les choses en place, de les nommer simplement et exactement. Reste évidemment aux éducateurs la charge de commenter ces réalités de la façon qui leur paraîtra nécessaire. Le fait que le manuel en parle a au moins une vertu : c’est de les obliger à en parler.

L’autre but poursuivi par ces nouveaux manuels est de lutter contre l’homophobie. Les jeunes qui découvrent, à l’adolescence, leur attirance envers des personnes de leur propre sexe vivent souvent cette prise de conscience comme un drame. Ils et elles sont même parfois victimes d’agressions physiques et de viols. Parler de l’orientation sexuelle en classe veut être un premier pas vers l’apprentissage du respect. Certes, il ne suffit pas de dire que l’homosexualité existe pour que les homosexuels soient respectés ; mais faire comme si elle n’existait pas contribue sans doute à ce que les homosexuels soient mis au ban de la société : ce qui n’existe pas n’a pas de place parmi nous.

Les personnes qui ont été choquées par cette proposition pédagogique semblent craindre que le seul fait d’évoquer l’homosexualité devant des jeunes provoque des prises de consciences qui n’auraient pas eu lieu sans cela. J’avoue être personnellement sceptique devant cette éventualité. Je ne pense pas que le désir homosexuel puisse surgir par simple ouï-dire. Je ne pense pas non plus que l’on choisisse son orientation sexuelle : elle s’impose, et pour ce qui est de l’homosexualité, elle s’impose en dépit des souffrances qu’elle entraîne.

Mais ce texte est déjà bien long et il est temps de conclure. Je terminerai donc sur une prise de position plus directe que tout ce qui précède. On peut être chrétienne et féministe ; je suis l’une et l’autre, et je ne suis pas la seule. On peut être féministe et mariée, mère de famille, fidèle et heureuse dans son état. Je suis tout ceci, et je ne suis pas la seule. On peut être chrétienne et libre. Je suis l’une et l’autre, et je ne suis pas la seule. J’aimerais que d’autres voix autorisées dans l’Église fassent elles aussi entendre un son différent, où je puisse me reconnaître ; mes pareilles et moi nous sentirions moins seules.

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