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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Lettre ouverte au cardinal Joseph Ratzinger (Geneviève Beney)

Merci pour le souci « de la dignité de la femme » et « de son authentique promotion dans la société et dans l’Eglise » dont vous témoignez dans votre « Lettre aux évêques de l’Église catholique », publiée le 27 juillet 2004.
Permettez-moi, toutefois, de souligner un certain manque de rigueur par rapport à différents points abordés dans votre Lettre ; vous n’allez pas jusqu’au bout de votre argumentation.

Une remarque générale d’abord : le sujet de votre Lettre est « La collaboration entre hommes et femmes », collaboration que vous souhaitez active. Or, signature et notes à l’appui, votre texte (cosignée par Mgr Amato, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dont vous êtes vous-même le Préfet) n’émane que de votre seule personne, avec l’approbation du pape Jean-Paul II. Il y a là une distorsion par rapport à la prétendue collaboration que vous appelez de vos vœux, puisque vous ne donnez qu’un point de vue, celui d’hommes, sur le sujet. Quelles femmes ont collaboré avec vous pour préparer et rédiger ce texte ? Quelles femmes ont approfondi la question avec vous : théologiennes, biblistes, historiennes, sociologues, psychologues, femmes politiques, femmes au foyer, mères de famille, mariées ou célibataires, religieuses… ? Surprenant de la part de quelqu’un qui prône « des relations authentiques entre hommes et femmes » ! Car vous évacuez toute parole des femmes et des féministes. Dès lors, peut-il y avoir  » relation authentique «  puisqu’il n’y a pas, au départ, de relation du tout ? C’est un monologue masculin que vous nous livrez.
Cependant, vous proposez une ouverture à d’autres paroles que la vôtre en souhaitant que vos réflexions « soient un point de départ d’une démarche d’approfondissement au sein même de l’Eglise » et qu’elles permettent « d’instaurer un dialogue avec les hommes et les femmes de bonne volonté, dans la recherche de la vérité et en vue d’un engagement commun… » , c ‘est pourquoi ma prise de parole voudrait commencer la collaboration active entre nous et entamer la relation.
Voici donc mon point de vue de femme chrétienne et féministe, non pour m’opposer à vous comme envers un ennemi ni un rival, mais pour ouvrir le dialogue et l’avenir. Mon propos n’est pas d’attaquer les hommes en tant que tels, mais de lutter contre le machisme, domination sociale (et ecclésiale) masculine sur les femmes. Je ne serai pas exhaustive sur le sujet : je reprendrai le problème tel que vous le posez, puis ferai une remarque positive et deux remarques plus critiques concernant votre analyse anthropologique. Ceci m’amènera à considérer la place de la femme dans la société et dans l’Église comme vous le faites, abordant surtout les conséquences théologiques et ecclésiales de votre analyse.

· Le problème tel que vous le posez

Votre préoccupation semble bien plus le mariage et la famille que la situation des femmes : c’est votre droit, mais dans ce cas, il eût été nécessaire d’être plus précis ; votre Lettre aurait donc dû porter le titre « Sur le mariage » ou « Sur la famille » et non « Sur la collaboration de l’homme et de la femme ».
Vous considérez que cette cellule de base de la société qu’est la famille est en train de se déstructurer. Mais, au lieu d’analyser toutes les causes possibles de cette déstructuration sociale, vous en accusez uniquement les féministes. Il me semble toutefois que parmi les causes déstructurantes de la famille, il y en a qui sont évidentes pour tout le monde : ce sont les guerres et les catastrophes. Parmi les catastrophes, on peut citer l’épidémie du VIH/SIDA qui sévit à grande échelle dans certains pays. Sur ce plan là, je pense que les responsables de l’Église catholique empêchent celle-ci d’être « l’experte en humanité » qu’elle prétend être : interdire le préservatif et même ne pas le conseiller, est criminel. Cela tue les personnes et décime les familles, africaines par exemple, et évidemment, les féministes, n’en sont pas responsables !
D’ailleurs, la façon dont vous parlez des courants féministes laisse supposer que vous ne connaissez pas l’histoire de ces courants. D’abord, ils ne datent pas de  » ces dernières années « , mais d’au moins deux siècles en tant que mouvements structurés. S’il est vrai qu’à l’origine ces mouvements furent souvent virulents et revendicateurs, ce n’était pas par plaisir gratuit de s’opposer aux hommes. Le but des féministes est de dénoncer les inégalités entre les deux sexes et de favoriser une égalité de fait. En aucun cas, leur but n’est de  » susciter une attitude de contestation « . S’il y a contestation ce n’est pas le but premier mais ce n’est que la conséquence de la situation d’oppression, de subordination, d’infériorité dans laquelle les femmes ont été et sont encore placées, dans la quasi-totalité des sociétés (avec des avancées certaines dans les démocraties modernes sans toutefois atteindre la perfection en ce domaine), et ceci depuis que le monde est monde. Inféoder la moitié féminine de l’Humanité à l’autre moitié masculine est une injustice. Or, tôt ou tard, toute situation d’injustice déclenche des révoltes, toute l’Histoire de l’Humanité nous le montre et nous le voyons encore maintenant (terrorisme, guerres civiles, conflits dans le monde du travail…) : la résolution non-violente des situations conflictuelles dues à des injustices n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements tant dans les sociétés que dans les Eglises.

Ceci reprécisé, les féminismes contemporains ont, pour la plupart, dépassé ce stade revendicateur, agressif, regrettable sans doute mais inévitable face aux situations d’injustices premières. Les tendances des féministes actuelles seraient plutôt à la recherche d’ un partenariat homme/femmes plus constructif. C’est le cas, par exemple, pour citer des mouvements d’Église (parmi d’autres) qui travaillent en ce sens, de l’association française  » Femmes et Hommes en Église  » et de  » Brothers and Sisters in Christ  » (BASIC), d’Irlande.
Si vous avez suivi de près les travaux et le  » vivre ensemble  » de ces associations, vous savez que :
la différence des sexes n’y est pas niée : il y est bien question des hommes et (and) des femmes, pas d’un « troisième sexe » indifférencié.
– Cependant, comme vous le soulignez, la contingence biologique, celle des hommes comme celle des femmes, dans une culture humaine est appelée à être constamment dépassée, et notamment en toute vie chrétienne, par la spiritualité et l’amour. Aussi la question du genre n’est pas incongrue quand il s’agit de comprendre, tant du côté des hommes que des femmes, ce qui revient à la nature, au biologique, au terrestre non maîtrisé et ce qui revient au dépassement social, culturel, religieux et spirituel. Les travaux sur le genre démontrent qu’en ce qui concerne « le masculin » et « le féminin », les rôles sociaux ont été « calqués » sur la différence biologique des sexes, et déduits de présupposés, scientifiquement erronés, qui ont servi à justifier l’infériorité des femmes. La question philosophique et, en ce qui nous concerne plus particulièrement, la question théologique est de savoir si « ce calque » est juste du point de vue humain et divin. Est-il un dépassement, une tension vers plus d’humanisation ou reste-t-il répétition et enfermement stériles ?
– Les travaux de recherches féministes sur la Bible ne consistent pas à critiquer les Écritures comme conduisant immanquablement à une culture andro-centriste, voire machiste tirée d’une vision patriarcale de Dieu. La critique féministe dénonce le fait qu’une seule lecture, masculine, ait pu servir de base aux approches théologiques et relationnelles de Dieu. La Bible n’est donc pas remise en cause comme Parole divine appelant une réponse humaine. Les travaux de certaines biblistes chrétiennes proposent des lectures féminines de la Bible, également possibles : différence des approches s’il en est ! Différence qu’il ne faut sans doute pas non plus majorer…
Ces précisions me conduisent à mes remarques sur la façon dont vous envisagez l’anthropologie biblique et sur la théologie, ecclésiale notamment, qui en découle.

· L’anthropologie biblique telle que vous la présentez

Bien que le vocabulaire conjugal soit très présent dans l’Ancien et le Nouveau Testament, il n’est pas le seul pour évoquer le mode relationnel. Rien n’autorise donc à n’envisager l’Alliance entre Dieu et son peuple et l’histoire du salut que rattachées à la seule symbolique matrimoniale Époux/Épouse. De même, le mariage n’est pas le seul mode de relation entre hommes et femmes, comme vous le soulignez vous-même.
L’anthropologie biblique, présentée sur ce mode de la conjugalité a au moins le mérite d’être dans l’ouverture positive : l’amour réciproque, comme il est vécu dans le mariage (mais pas seulement !), nous fait  » sortir de la logique du péché «  ainsi que vous y exhortez et, je souligne, vous dites bien que du point de vue de Dieu  » la sexualité est bonne «  mais qu’elle peut être  » altérée «  quand elle n’est pas vécue dans le don réciproque.

Puisque vous tenez à cette lecture biblique selon l’angle matrimonial, je vous la concède. Pris sous cet angle, le mystère de la relation Dieu/Humanité comme de la relation Masculin/Féminin, Epoux/Epouse, n’est-il pas qu’il y ait à la fois « différence » et « ressemblance » ? Ma première critique porte donc sur le fait que vous privilégiez, dans votre lecture anthropologique,  » la différence  » au détriment de  » la ressemblance « . Je comprends que votre intention est de redresser la barre vis-à-vis des conceptions qui prennent uniquement en compte  » la ressemblance  » au point de gommer les différences. Cependant, vous redressez tellement cette barre, que le bateau penche trop du côté inverse, vous avez tendance à gommer ce qui rend hommes et femmes  » des semblables, à l’image de Dieu « .
Donc, vous décrivez et magnifiez à l’envie ce que vous pensez être la différence des femmes. Je dis quand même : attention ! C’est votre parole d’homme sur les femmes ! Il faudrait faire la part de l’imaginaire et du réel dans cet  » encensement  » et donner la parole aux femmes (tenant compte également de la part d’imaginaire et du réel dans leurs dires), d’autant que je ne suis pas sûre, vu votre état de vie continente et célibataire et votre entourage en majorité masculin, que vous soyez le mieux placé pour parler du  » féminin « .

 » Pour sortir du piège de la lutte des sexes « , il faut donc que l’un et l’autre sexe aient la parole pour se dire eux-mêmes , avant d’oser parler du  » comment  » chacun-e ressent l’autre, de l’extérieur et de l’intérieur. Pour qu’il puisse y avoir un  » nous « , c’est-à-dire collaboration, partenariat, il est nécessaire de passer par cette complexité/complicité-là. Or, je constate que non seulement vous parlez  » à la place des femmes  » mais aussi que vous  » oubliez  » de parler des hommes. Voici, donc que j’exprime un souhait : j’aurais aimé voir développer avec autant d’ampleur et de brio les qualités et valeurs masculines que vous l’avez fait pour les qualités et valeurs féminines. En effet, j’ai bien une « petite idée » de ce qu’est « la masculinité », pour côtoyer quotidiennement des hommes, ne serait-ce que mon mari, mais aussi parce que, comme toute femme (à des degrés divers selon chacune), j’ai appris à vivre la part de « masculin » qui est en moi, bisexualité constitutive de tout être humain oblige.

Ma deuxième critique est d’ordre logique. Vous vous contredisez en portant le discrédit sur les travaux des féministes concernant le genre, car par ailleurs vous arrivez aux mêmes conclusions qu’elles, tout en vous en défendant. Selon vous, la notion de genre (dimension culturelle construite du masculin et du féminin) est majorée au détriment de la différence des sexes (aspects biologiques et psychologiques qui caractérisent les hommes et les femmes). Pourtant, vous définissez aussi « le féminin » (toujours exit « le masculin ») comme identité et comme rôle socialement marqués. Vous dites que les valeurs féminines sont résumées dans  » la capacité de la femme à être pour l’autre « . Sa capacité physique de donner la vie (voilà pour le biologique : anatomie, physiologie) lui confère « par intuition…un plus grand sens des valeurs de la vie et des responsabilités qu’elle comporte…le sens et le respect des choses concrètes…une aptitude à faire face à l’adversité, à garder le sens de l’avenir… » (voilà pour le psychologique) : d’où son « génie » (Jean-Paul II) à s’occuper de l’autre, à l’éveiller, à le faire croître, à le protéger, bref à le respecter et à l’aimer, en un mot à  » l’humaniser ». Voilà pour la dimension culturelle car cela revient à dire que la nature biologique de la femme construit son identité psychologique et relationnelle : or, qu’est le relationnel sinon du social ? C’est exactement ce que disent les féministes : les femmes n’ont pas à être repoussées du côté de  » la nature  » (biologie), ce sur quoi vous extrapolez porter leur différence avec les hommes. Eux aussi ont leur contingences et richesses biologiques. Elles aussi ont leurs pleines capacités culturelles.

Vous vous piégez donc vous-même en voulant mettre l’accent sur les différences sexuelles : si la femme est  » l’avenir de l’homme  » comme dit la chanson (Aragon) et comme vous le dites vous-même, si elle humanise le masculin (serait-il donc, lui, du côté de la nature à dépasser ?), elle le rend semblable et lui révèle sa propre « capacité à être pour l’autre ». Vous l’affirmez, d’ailleurs, pour ce qui est du couple humain, je vous cite : « Dans « l’unité des deux », l’homme et la femme sont appelés depuis le commencement non seulement à exister « l’un à côté de l’autre » ou bien « ensemble », mais aussi à exister réciproquement « l’un pour l’autre« … « , et plus loin, vous ajoutez : « … en dernière analyse, tout être humain, homme et femme, est destiné à être « pour l’autre« . Dans cette perspective, ce que l’on nomme « féminité » est plus qu’un simple attribut du sexe féminin. Le mot désigne en effet la capacité fondamentalement humaine de vivre pour l’autre et grâce à lui. »
Si chaque être humain doit assumer « sa capacité à être pour l’autre » autrement dit « sa féminité », où sont passées les différences sexuelles soi-disant essentielles (ontologie) ? D’autant, encore une fois, que vous occultez (gommez ?) la différence « masculine ». Ce qui devient le plus important, à vos yeux, c’est bien la ressemblance humaine des sexes. Philosophiquement parlant, nous ne sommes plus dans l’ontologie mais dans l’existentiel : l’humanisation par la femme est en devenir, donc s’inscrit dans une histoire relationnelle (et La Bible ne dit pas autre chose quand il s’agit des relations Dieu/Humanité). Serait-ce donc que « les récits de la création » en Genèse 1 et 2, ne décrivent pas tant une origine duelle perdue qu’un avenir qui se construit avec plus de complexité « féminine » (relationnelle) que vous ne voulez l’admettre ? Vos conceptions théologiques risqueraient-elles d’en être perturbées et de devenir « trop évangéliques »… ?

· Place de la femme dans la société et dans l’Église

Je laisse de côté ce qui concerne directement la sexualité (hétérosexualité ou homosexualité) car je pense que cela relève de la conscience et de l’intimité de chacun et de chacune ; d’un point de vue pastoral, il me semble préférable de donner juste cette piste : à chaque personne, à chaque couple de se poser la question si ses relations sexuelles s’inscrivent dans la ligne de l’amour réciproque, c’est-à-dire « dans la capacité d’être l’un pour l’autre ».

Du point de vue de la société, je soulignerais que les valeurs féminines et « la capacité d’être pour l’autr  » ne s’exercent pas que dans la famille car la famille n’est qu’une cellule sociale parmi d’autres, même si elle reste chronologiquement parlant la première où l’amour réciproque s’apprend et s’expérimente : les lieux de formation, de travail, de loisirs…sont aussi des lieux d’humanisation possible où la femme peut avoir sa place et son rôle à jouer. Aucune raison donc de cantonner la femme « à la maison », en tant que mère et éducatrice des enfants, voire domestique de la maisonnée. Au fond, sur ce point : pas de désaccord entre nous. Cependant, j’ajoute qu’il y a une question de bon sens à ne pas situer le rôle social de la femme uniquement sur le mode du dévouement car pour pouvoir donner, il faut d’abord recevoir ; pour développer « sa capacité à être pour l’autre », il est nécessaire d’avoir un équilibre personnel : se découvrir soi-même, vivre des moments à soi pour s’épanouir, se former, se reposer, diversifier ses activités, au risque sinon, de s’étioler et de perdre la capacité d’aimer…Ceci n’est pas une question d’égoïsme, c’est une question de psychologie élémentaire. Parole de féministe, mais parole humaine avant tout : équilibre que chaque femme doit trouver entre le  » pour elle-même  » et le  » pour l’autre « . Si le  » pour elle-même  » est le travail, il n’y a pas, là, rivalité avec les hommes, mais justice pour la femme et, bien souvent, bienfait pour la société : comme vous le dites  » collaboration et humanisation « . Mais, l’équilibre entre famille et travail ne se pose pas que pour la femme, il se pose aussi pour l’homme : c’est donc un problème de couple. « La capacité d’être pour l’autre » que possède aussi l’homme n’a aucune raison de s’exercer uniquement au travail et pas dans la famille. Les seuls moments (temps relativement court par rapport à toute une vie) où la femme sera plus nécessairement liée à la famille, c’est quand elle donne naissance et quand ses enfants sont en bas âge. Mais, même à ces moments, l’homme est également impliqué dans la vie de la famille, lui aussi donnant la vie aux enfants, et capable de les éveiller, les faire croître, les protéger, les respecter, les aimer.

J’ai donné, ci-dessus, seulement quelques pistes en poussant au maximum les exigences de la femme mais aussi de l’homme dans leur capacité potentielle d’aimer à travers la vie familiale et sociale. Je termine par la question de la place de la femme dans l’Église et là, je m’inscris en faux contre les conclusions que vous tirez de votre approche théologique. Toujours accroché à la symbolique de l’Alliance Dieu/Humanité vécue comme une alliance conjugale, vous tentez de justifier « les rôles respectifs de la femme et de l’homme dans l’Église ». Voyons de près la pertinence de votre propos. Vous dites : de même que dans l’Ancien testament, le peuple d’Israël est l’Épouse qui reçoit l’amour de Yahvé son Epoux, dans le Nouveau Testament l’Eglise est souvent comparée à l’Epouse du Christ. L’identité ecclésiale serait dès lors à comprendre comme une identité « féminine mystique » et son rôle principal serait de signifier qu’ayant reçu le don de Dieu (par l’amour plénier du Christ), elle est d’abord une communauté qui répond à l’initiative divine par l’écoute et l’accueil de Sa Parole. Notons que cette communauté est formée d’hommes et de femmes ; c’est cet ensemble en tant que tel qui a un caractère sponsal, et non pas la moitié de ce tout, que sont les femmes.
Et vous en concluez : « A cet égard, la figure de Marie constitue, dans l’Église, la référence fondamentale. En utilisant une métaphore, on pourrait dire que Marie présente à l’Eglise le miroir où cette dernière est invitée à reconnaître son identité et les dispositions de son cœur, les attitudes et les gestes que Dieu attend d’elle ». De cette métaphore (qui court le danger d’être de l’imaginaire : n’employez-vous pas le mot  » miroir  » ?), vous insinuez quel devrait être le rôle des femmes dans l’Eglise : écoute, accueil…Mais, n’est-ce pas, là, à partir d’une identité, créer un rôle ? Façonner un genre (dimension culturelle du féminin en Eglise) à partir du sexe ? Et puis, voilà donc, ce  » féminin  » bien mis à l’honneur tout à coup : cela ne cacherait-il pas un piège séducteur après tant de dénigrement, au sein de l’Eglise catholique ? Alors,  » le masculin en Eglise  » qu’en est-il ? Par je ne sais quel tour de passe-passe, voici (enfin !) qu’il sort de votre chapeau de magicien : l’Epoux, c’est le Christ,  » le Serviteur Souffrant « . A partir de là, vous qui vouliez bien marquer la différence des sexes (et des rôles), vous nagez en pleine confusion, preuve que l’on est en plein jeu de  » miroir  » imaginaire et séducteur sur fond d’inceste : le Christ a engendré l’Eglise et, en même temps, Il est son Epoux !…l’Epoux est le Fils de la Mère des croyants, autrement dit l’Epoux de ses frères et sœurs !…Marie est le modèle de l’Epouse/Mère de Dieu!…

Par ailleurs, d’autres questions se posent :
– Si Jésus-Christ est le Serviteur souffrant, Marie ne fut-elle pas Servante souffrante (mater dolorosa) ? Quelle différence d’attitudes peut-on tirer de la différence des sexes de Jésus et de Marie ? Tout/e chrétien/ne n’est-il/elle pas appelé/e à suivre le Christ jusqu’au bout de l’amour, ce qui peut impliquer service souffrant et mort, réalités qui ne sont pas sexuées ?
– Vous dites :  » la féminité en référence à Marie  » est  » disponibilité à l’écoute, à l’accueil, à l’humilité, à la fidélité, à la louange et à l’attente «  pour ajouter que ces attitudes sont le fait  » de tout baptisé  » : où est la différence des sexes que vous préconisiez au départ ? Le baptême chrétien n’est pas sexué.
 » La capacité à être pour l’autre «  qu’est-ce ? sinon  » être au service de l’autre «  ? Vous dites vous-même que, ce vers quoi doit tendre tout être humain, c’est dépasser ses contingences biologiques et terrestres pour entrer dans une communion spirituelle par le don total aux autres. On peut le dire autrement : l’humanité en passant de la nature à la culture, s’humanise et, au-delà, est divinisée. En régime chrétien, cela suppose un passage obligé par l’Evangile et le Christ. La différence des sexes permet-elle de déduire des différences de rôles dans ce passage par l’Evangile, Bonne Nouvelle du Christ ? Car si Jésus avait un sexe, le Christ n’en a pas. L’évangélisation n’est pas sexuée. Sur ce dernier point, vous ne pouvez bien évidemment que ré-énoncer une interdiction arbitraire :  » le sacerdoce ministériel est essentiellement réservé aux hommes  » (article 1024 du droit canon), sans le justifier. En effet, vous avez sapé à la base votre propre tentative de justifier, par la différence des sexes, cette interdiction.

Le sacerdoce ministériel articulé au sacerdoce universel des baptisé/e/s, lui-même articulé au Sacerdoce du Christ, en tant que service  » pour les autres « , par l’annonce de l’Evangile, ne s’accommode finalement pas plus d’une différenciation des sexes que de celle des genres, porteurs d’une dualité outrancière qui risque de faire retomber dans la confusion. J’espère, pour ma part, vivre un ministère renouvelé comme symbole d’une communion à venir, récapitulant le mystère humain/divin dans une complexité, riche et fragile à la fois, créatrice de  » toutes choses nouvelles « .

Geneviève Beney – 7 août 2004

Geneviève BENEY, théologienne, ordonnée diacre de l’Eglise catholique romaine, le 26 juin 2004.

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