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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Mariage pour tous, une position du bureau de la Fédération Réseaux du Parvis

Mariage pour tous, une position…

Suite à L’homélie de Mgr André Vingt-Trois à la messe des parlementaires (le 30 octobre 2012) :

Une fois de plus, le cardinal archevêque de Paris veut peser sur le débat concernant le mariage pour tous.

Quelques remarques au sujet de cette homélie :

– Il est tout d’abord scandaleux que, dans cette homélie, la défense du mariage traditionnel soit le seul et unique sujet abordé. Où sont les questions qui devraient être au cœur des préoccupations de ceux qui se réclament de Jésus et de son message ? Où sont ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, les prisonniers, les étrangers ? Où sont la justice et la paix dont les chrétiens devraient être assoiffés ? Bref, où est le message évangélique dans tout ça ? Nulle part, et pour cause… Il n’y a aucun texte d’Evangile pour appuyer une telle argumentation. Jésus a passé son temps à guérir, à donner à manger, à encourager au partage, et nous a rappelé que nous serons jugés sur notre charité, et non sur notre vie conjugale.

– Nous rappelons que Mgr Vingt-Trois peut s’exprimer en son nom propre et au nom de la conférence des évêques de France, mais pas au nom de tous les catholiques. Ceux-ci n’ont jamais été consultés par l’épiscopat et ont, sur la question du mariage comme sur bien d’autres, des opinions beaucoup plus variées, nuancées et ouvertes que celle de la hiérarchie. Depuis longtemps dans l’Eglise catholique, sur toutes les questions liées au mariage et à la famille, la parole de celles et ceux qui sont vraiment concernés est occultée et confisquée. Il en est toujours ainsi aujourd’hui.

– Mgr Vingt-Trois constate que la réforme envisagée du mariage engage « profondément l’avenir de la société ». Regardons les pays qui ont déjà adopté le mariage pour tous, parmi lesquels la très catholique Espagne. Qu’est-ce qui est en train de détruire la société espagnole, de quoi souffre-t-elle ? Des ravages d’une économie otage de la finance, bien plus que de la réforme du mariage ! Ce qui détruit les familles, ce qui fait souffrir les enfants et leurs parents, c’est le chômage, la précarité, la misère et c’est là le combat où devrait s’engager l’avenir de la société.

– Nous ne nions pas pour autant la complexité des questions qui se posent autour du mariage et de la parentalité, notamment lorsqu’elles concernent les enfants. Le travail du législateur sera difficile. Raison de plus pour ne pas s’enfermer dans des certitudes inébranlables et considérer que ceux qui pensent autrement sont assujettis à des lobbies ou au conformisme de la pensée « prête à porter », voire aveuglés par la passion. Rejetant ainsi les arguments qu’il ne veut pas entendre, Mgr Vingt-Trois montre la fragilité de sa propre argumentation. Voir à ce sujet le texte d’Olivier Roy.

– « Pour être honnêtes, nous pourrions dire qu’aujourd’hui encore les hommes ont plus à se convertir que les femmes. » Cet aveu est remarquable venant de quelqu’un qui parle au nom d’une institution entièrement gouvernée par des hommes célibataires. Se convertir c’est d’abord se tourner vers…, et la première conversion des hommes d’Eglise devrait sans doute être de se tourner vers les femmes et les hommes de leur communauté, de partager avec eux leurs préoccupations et de les écouter. Il ne manque pourtant pas de groupes, comme David et Jonathan par exemple, avec lesquels cheminer sur les questions qui font débat. Les religieuses américaines (des femmes justement !), mises sous tutelle par le Vatican, vivent depuis des années cette conversion : c’est au nom de leur longue expérience de la solidarité qu’elles proposent des analyses pastorales et théologiques nouvelles, évidemment récusées par « l’Eglise ».

– Quant à nous, nous continuerons à prendre en compte les personnes plutôt que les dogmes, l’écoute plutôt que l’affirmation, l’empathie plutôt que le jugement. Si ce chemin est moins confortable, nous savons que nous le ferons au plus près des hommes et des femmes d’aujourd’hui, toutes et tous appelés à la vie et à l’amour.

Le Bureau de la Fédération des Réseaux du Parvis

[FHEDLES est membre fondatrice de la Fédération Réseaux du Parvis]

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Homélie du cardinal André Vingt-Trois (le 30 octobre 2012).

Ep. 5, 21-33 ; Ps 127 ; Luc 13, 18-21

Mesdames et Messieurs, Frères et Sœurs,

Les lectures liturgiques de ce jour nous invitent à poursuivre la réflexion qui occupe notre pays depuis quelques semaines, je veux parler, vous l’avez compris, de la transformation législative du mariage. En entendant ce passage de l’épître de Paul aux Éphésiens peut-être l’idée vous est-elle venue que cette conception des relations entre les époux est très datée et ne correspond plus aux mentalités d’aujourd’hui. En tout cas, elle expliquerait le décalage entre les affirmations chrétiennes sur le mariage et ce qui nous est présenté comme l’aspiration commune de la majorité de nos concitoyens.

Il me semble que nous devons essayer de mieux comprendre le message de saint Paul et surtout prendre conscience du fait que ce message ne reflétait ni les conceptions courantes de la société romaine, ou de la société grecque, sur le mariage, ni les mœurs communément pratiquées alors. Le message de Paul n’est pas le produit de son environnement culturel, au contraire. Ce qui est révolutionnaire dans l’approche paulinienne du mariage, ce n’est pas ce qui nous heurte spontanément aujourd’hui, c’est-à-dire l’appel à la soumission de la femme à son mari. Ce qui est révolutionnaire c’est l’appel adressé à tous de se soumettre les uns aux autres : « par respect pour le Christ soyez soumis les uns aux autres ». Et le modèle de cette soumission mutuelle, c’est la relation du Christ à son Église : « Il l’a aimée et s’est livré pour elle. »

Si nous essayons de mieux comprendre ce que Paul nous dit, nous pouvons reconnaître que la relation entre le sexe masculin et le sexe féminin peut devenir une relation d’aliénation de l’un à l’autre. Ce qui est proposé comme un chemin de complémentarité peut devenir un chemin de domination. Comme toute relation humaine, la relation conjugale peut aboutir au contraire de ce qu’elle promet et de ce que l’on y recherche : l’épanouissement mutuel par la richesse de l’amour partagé. Pour Paul, c’est le don que Jésus fait de sa vie pour son Église qui nous permet de surmonter ce risque des relations de puissance en vivant dans le respect et la soumission mutuels. Il est très probable que, dans cet appel à la soumission mutuelle, les hommes avaient plus à se convertir que les femmes. Pour être honnêtes, nous pourrions dire qu’aujourd’hui encore les hommes ont plus à se convertir que les femmes.

Certains de nos concitoyens contestent aux chrétiens le droit d’exprimer leur conception du mariage et les soupçonnent de vouloir l’imposer à toute la société. Mais quand on y regarde de plus près, on ne peut pas éliminer d’un revers de main les drames que connaissent beaucoup de conjoints pour qui le mariage n’est plus un chemin de construction et d’épanouissement, mais un carcan qu’ils ne peuvent plus supporter. Oui, le risque de subir la domination de l’autre n’est pas une invention de l’Église pour assurer son pouvoir, c’est la triste et douloureuse expérience que font beaucoup de nos contemporains. Notre foi chrétienne et notre Église proposent un chemin pour éviter ces drames ou pour essayer de les surmonter. Nul n’est obligé de choisir ce chemin, mais nous avons le droit de le proposer et d’y inviter ceux et celles qui cherchent des moyens de réussir leur union et d’assumer leur mission de parents.

D’ailleurs, dans le débat qui secoue notre société, bien que l’on nous eût dit qu’il était superflu puisque tout le monde était supposé d’accord, il est assez facile de comprendre qui est en train d’imposer une conception particulière du mariage à la société. Ce n’est pas nous qui entreprenons de substituer au mariage un autre modèle qui empêchera les enfants d’identifier dans leur famille la dualité sexuelle d’un père et d’une mère constitutive de l’humanité. Ce n’est pas nous qui donnons prise à la revendication illégitime d’un « droit à l’enfant ». Ce n’est pas nous qui faisons la promotion d’une réforme de civilisation sans permettre à ceux qui en subiront les conséquences de pouvoir y réfléchir et de donner leur avis. Quant à nous, conscients d’avoir reçu un message de libération et de croissance pour tous les hommes, nous nous efforçons de le faire connaître et nous le proposons à tous ceux que la passion n’aveugle pas et qui continuent à vouloir réfléchir pour mener une vie juste et bonne.

La mission des législateurs est toujours importante et leur responsabilité doit être reconnue et estimée. Mais, dans la vie d’un pays, il est des sujets qui engagent la vie personnelle des citoyens et qui ne dépendent pas simplement d’une majorité électorale, même si elle était importante. Au printemps dernier, les électeurs ont désigné le Président de la République et les députés pour engager de nouvelles orientations politiques. Je ne pense pas que l’organisation des mœurs conjugales et de la transmission de la filiation fassent partie des éléments d’une alternance politique. Elle engage trop profondément l’avenir de la société pour n’être qu’une conséquence automatique d’une élection. C’est pourquoi dans les débats parlementaires qui vont très probablement s’ouvrir sur le mariage ou sur la fin de la vie ou sur la révision des lois de bioéthique, il serait choquant pour la démocratie que les parlementaires ne disposent pas de leur liberté de vote. Leur responsabilité personnelle en sera d’autant plus grande.

Face à ces grands enjeux, c’est à la conscience personnelle du responsable politique d’exercer ses choix avec liberté et courage. La liberté doit se gagner et se défendre face aux lobbies qui saturent les espaces de communication. La liberté doit résister au conformisme de la pensée « prête à porter » qui évite de trop s’interroger. Elle suppose de ne pas s’en remettre à l’avis de tel ou tel supposé spécialiste. Le courage est nécessaire quand il s’agit pour le responsable politique de prendre ses distances par rapport à son entourage idéologique ou à son parti et d’exposer son image publique. Au cours des dernières semaines, plusieurs l’ont déjà manifesté. N’est-ce pas ce à quoi l’on reconnaît les hommes et les femmes de conviction : leur capacité à se prononcer en vérité devant leur conscience et devant les hommes ?

Dans son évocation des relations entre époux, saint Paul annonce déjà la contribution de l’Église catholique au long de l’histoire humaine : s’adressant à toute l’humanité, l’Église offre à chaque génération de trouver dans le couple unissant l’homme et la femme, l’expression indépassable de son propre avenir. Les chrétiens rappellent que l’avenir de notre société, -la naissance de ses futurs membres et leur éducation-, se trouve déjà contenu dans le soin que nous portons tous ensemble aux relations des parents dans le mariage. C’est la seule relation qui soit féconde, la seule source de vie et donc d’avenir. La parole de l’Église peut être récusée ou marginalisée. Fût-elle aussi imperceptible qu’une graine de moutarde ou du levain dans la pâte, nous savons qu’au-delà des apparences la graine produit un arbre et le levain fait lever la pâte. Si nous avons besoin de nous convaincre sur les forces qui peuvent changer le monde, regardons les réalités modestes que vivent nos concitoyens plutôt que les grandes démonstrations de puissance. « Si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : Déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible… » (Mt. 17, 20-21).

+ André cardinal Vingt-Trois

Archevêque de Paris

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