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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Marthe et Marie en concurrence ? (MT van Lunen Chenu)

Marthe et Marie en concurrence ?  On a fait d’elles les deux modèles opposés d’un seul choix possible pour  les femmes …

Deux théologiennes  proposent une autre exégèse (*) …

Dès les Pères de l’Eglise, le récit de Marthe et Marie,  Luc 10,38-42,  qui campe si bien  deux sœurs, deux disciples saisies dans leurs attitudes et choix  différents,  s’est prêté à de très nombreux commentaires. D’aucuns résument l’histoire à un débat sur la meilleure part qui  devient alors le modèle de la vocation religieuse contemplative, alors que d’autres estiment indue, voire indécente, cette priorité vertueuse de l’écoute et de la  méditation sur l’action….

Les deux auteures nous entraînent résolument beaucoup plus loin.  Exégètes averties, elles s’attachent à partir des exemples d’une documentation très riche à montrer comment  ce bref épisode s’est trouvé assorti au cours des siècles de nombreux commentaires bien plus variés qu’on ne le pensait, sans compter, nous rappellent-elles,  que jusqu’au siècle dernier les fidèles n’avaient guère accès au texte biblique lui-même mais bien plutôt aux sermons, conseils spirituels et autres développements littéraires ou imagiers.

Elles nous proposent quant à  elles non seulement la lecture rigoureuse, sémiotique du texte  biblique mais, au-delà,  une étude sur le rôle et l’influence du commentaire lui-même. En principe, disent-elles, celui-ci ne serait que second et renverrait au texte initial ; mais ici, justement, dans cet exemple type : « le commentaire  ne constitue-t-il pas en tant que ré-animation du texte, quasiment une re-création de celui-ci, parfois fort peu soumise à l’intention véritable du texte ?  Nous voulons étudier quels buts se donne un commentaire, comment il fonctionne, s’il fait justice aux questions des lecteurs, à quel type de  lecteurs il pense, comment les commentateurs dialoguent les uns avec les autres par delà les siècles, comment ils construisent et déconstruisent le même texte biblique, et à quel point ils influencent l’histoire chrétienne ».

Dans ses allers et venues, la réception du récit de Marthe et Marie réfléchit donc  l’histoire de la pensée, de la spiritualité et, par là, une part  de l’histoire de l’Église et de ses traditions dont, pour l’époque moderne, un intérêt renouvelé pour les commentaires de vie spirituelle et pastorale que développe particulièrement l’herméneutique féministe.

Mais voyons d’abord que dès la période classique la diversité des commentaires va jusqu’à présenter parfois des contradictions : si Origène privilégie dans ce récit biblique la dialectique de l’action et de la contemplation, d’autres, tel Saint Jean Chrysostome y trouve une exergue sur les femmes faibles mais croyantes malgré « la faiblesse d’esprit naturelle à leur sexe, leurs pleurs, cris et gémissements à la vue de Jésus-Christ », alors que Saint- Augustin dans plusieurs sermons choisit cette péricope comme figuration de la vie de l’Eglise ici-bas et future. Quant à Maître Eckhart, il est assez libre et original pour élire Marthe comme « représentante de la spiritualité la plus évoluée, femme au cœur libre, proche de Dieu et du prochain,  productive et féconde » traduisent les auteures.

On appréciera le fait que Pierrette Daviau soit catholique et Elisabeth Parmentier protestante, Martin Luther et Jean Calvin ne sont pas oubliés.

L’étude de la période moderne invite à une sérieuse initiation aux différents courants de l’exégèse historico-critique. Au vu du texte et du statut exemplaire que la Tradition lui a fait jouer, il fallait bien s’attendre à ce que ces deux théologiennes, qui se présentent elles-mêmes ici comme féministes  et dont les œuvres en la matière font autorité (**), nous offrent un chapitre très nourri sur les « spécificités de l’interprétation féministe ». Celle-ci pose le constat que les textes bibliques et leurs conclusions ont,  depuis les débuts du christianisme, été conçus et analysés dans une perspective masculine : l’homme y est vu comme prototype, la femme comme « autre. D’où l’importance de la lecture féministe qui opère « un véritable renversement, tant dans les présupposés de la lecture que dans la posture de l’interprète, la clé de lecture et finalement les conclusions …..  Il ne s’agit pas d’un changement de méthode mais du présupposé fondamental choisi par le féminisme : le parti pris explicite en faveur des femmes et une analyse du texte biblique à partir de l’expérience des femmes

Sont rappelés ici,  à l’aide des travaux d’Elisabeth Schüssler Fiorenza, les fondamentaux de la critique de libération féministe et les étapes précises que celle-ci préconise : herméneutique du soupçonherméneutique de la mémoire (tenter de reconstruire l’histoire des femmes du nouveau Testament et des premières communautés), herméneutique de la proclamation, herméneutique de l’actualisation. On lira avec intérêt du reste les critiques que les auteures de l’ouvrage lui proposent. Elles nous apportent des perspectives tout à fait nouvelles en introduisant l’œuvre d’une chercheuse féministe, Turid Karlsen Seim qui n’est pas encore traduite en français. Spécialiste de Luc, affirmant que son Évangile est un récit qu’on ne peut réduire à une seule scène, elle invite à dépasser la tentation de s’en tenir à des considérations sur le souci de Luc par rapport aux femmes mais à considérer plutôt les modèles de genre (patterns of gender) que recèle le récit et comment s’opéra dans la communauté chrétienne ancienne cette construction des genres qui fait entrer dans une interaction spécifique des différences et des dépendances mutuelles, des rapports de sexes et des structures de pouvoir.

On saura gré aux deux auteures de nous initier à ces perspectives nouvelles qu’ouvrent les recherches de Turid Karlsen Seim sur le service des tables, le service de la parole, la diakonia d’abord réservée aux femmes puis offerte comme modèle aux hommes. Elle explique comment les rôles ne sont pas inversés au profit de celles qui servent, mais que leur valeur prend un sens différent : celles qui servent sont considérées comme des modèles pour le leadership des hommes. C’est ainsi le concept même de disciple qui est subverti.

On ne détaillera pas ici les conclusions des deux auteures si bien placées et autorisées pour, après avoir scruté la complexité du texte biblique, évoquer ses conditions de résonance non pas comme plan de route mais comme espace d’un message vivant, espace d’un dialogue entre Dieu et les humains…Sa lecture demeure la meilleure part dans la quête de Dieu.

Nous avons là un livre savant mais accessible par son souci pédagogique et sa belle écriture. Rarement, un livre écrit à deux reflète-t-il avec tant d’unité ce qui est le fruit d’une recherche, d’un dialogue et d’un apport communautaire.

(*) Pierrette Daviau Élisabeth Parmentier, Marthe et Marie en concurrence ? Des Pères de l’Église aux commentaires féministes, Éditions Mediaspaul 181 pages 14,80 €

(**) Pierrette Daviau, Pour libérer la théologie – Variations autour de la pensée féministe d’Ivone Gebara,, Presses de l’Université, Laval, 2002.

Elisabeth Parmentier, Les filles prodigues, défis des théologies féministes, Genève,  Labor et Fides, 1998.

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