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L’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) est née le 6 février 2011. Elle succède aux deux associations sœurs Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), nées en 1969 et 1987.

Notre objectif est d’ « œuvrer au sein des Églises et de la société, avec la liberté de l’Évangile, à de nouvelles pratiques de justice, de solidarité et de démocratie pour :


  • l’égalité et le partenariat entre femmes et hommes, en refusant toute forme de discrimination liée au sexe.

  • la transformation profonde des mentalités, des comportements, des institutions pour donner réalité aux droits et liberté de toutes et tous.

  • l’émergence de langages et de symboles renouvelés.

  • la promotion de recherches, notamment historique et théologiques, appelées par les trois objectifs énoncés ci-dessus »


dans le respect de la diversité des cultures et des spiritualités. »

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Un art de vivre écoféministe (Alice Gombault)

Qu'est-ce que l'écoféminisme ?

Quel lien peut-il y avoir entre le féminisme et les préoccupations écologiques auxquelles renvoie le préfixe  » éco  » ? C’est en lisant un article d’Anne Primavesi que j’ai mieux compris ce que recouvrait cette notion d’écoféminisme.

La domination des femmes par les hommes, que dénonce le féminisme, a un lien avec toutes les autres formes de domination, non seulement celles qui existent entre les êtres humains, mais aussi celles qui s’instaurent entre l’espèce humaine et son environnent.

C’est en 1983 qu’est apparu ce lien entre les relations hommes/femmes et la sauvegarde de la création au Forum Œcuménique des Femmes chrétiennes d’Europe, sous les termes de justice, paix et sauvegarde de la création. C’est ainsi que la question était présente au colloque  » Partenaires autrement  » de Femmes & Hommes en Église en 1991 sans que ce lien soit encore bien explicité. C’est en 1994, dans un petit opuscule publié par Femmes & Hommes en Église sur le développement du concept de partenariat, que la relation entre les genres est mise en lien avec l’environnement. En effet, la relation entre les femmes et les hommes est présentée comme une relation-clé à cause de son caractère universel et fondamental.

En effet, nul/nulle n’y échappe. La différence entre les sexes recoupe toutes les autres différences, telles que l’âge, la race, la classe sociale, la culture, la religion etc. Or  » ce qui se vit au niveau des grandes relations humaines (trop souvent marquées de non-respect et d’emprise dominante) est le décalque de ce qui se passe dans ce lieu primordial de ce lien intime entre l’homme et la femme « . Déjà nous étions conscients  » que nous appartenons à des systèmes d’interdépendance, qui nous lient et qui créent des alliances entre personnes, entre pays, entre cultures et religions, et même avec la nature (d’où le développement de l’écologie) (…).

L’emploi du mot  » partenaire  » semble alors désigner la recherche d’un nouveau mode de relation plus adapté, un mode de relation qui permette de prendre en compte les intérêts de la partie la plus faible, parce que si la partie la plus forte (la plus riche, la plus responsable, la plus développée) ne le fait pas, elle court, elle aussi, à sa perte, par ce qu’on appelle un effet de rétroaction.

Il y a plus dans cette recherche que le refus de relations moralement insatisfaisantes, imprégnés que nous sommes d’idéaux d’égalité, de fraternité, de justice, de démocratie et, bien sûr, de charité chrétienne. Nous percevons que la planète est limitée et que son exploitation sans mesure et sans règle a des retombées graves sur l’ensemble du genre humain. On sait qu’il n’y a plus de conflit isolé, mais qu’une guerre, apparemment circonscrite, est susceptible de mettre en péril l’équilibre du monde.

L’exploitation d’une classe sociale, d’une race, d’un sexe par l’autre risque, de la même façon, de nuire au groupe dominant et de le déstabiliser. C’est donc au nom de l’efficacité et de la survie, et non seulement au nom de la morale, qu’on est amené à envisager d’autres types de relations, mettant en œuvre la mutualité et la réciprocité, sur un terme plus ou moins long.  »

L’écoféminisme n’est donc que le nouveau nom d’une prise de conscience déjà ancienne, mais il est bon que la réflexion puisse s’approfondir à travers des mots nouveaux et parlants. N’oublions pas que  » éco  » (oikos en grec) signifie

« maison ». Avec la nature, il s’agit de préserver notre maison commune, sans laquelle nous n’avons plus d’existence.

C’est pourquoi nous rejoignons tout à fait les écoféministes lorsqu’elles dénoncent la domination irresponsable des êtres humains sur la nature et qu’elles en voient l’origine dans les relations hiérarchiques, notamment dans celle de l’homme à l’homme pervertie par l’injustice et la violence, telle qu’elle règne entre hommes et femmes.

Le féminisme ne se contente pas de dénoncer, il agit pour que cessent les relations de domination/soumission. Dans nos pays, on en juge les effets aux nouvelles lois relatives à la parité, à l’égalité entre les sexes, à la non discrimination. Malgré cela, le sexisme s’attarde dans les mœurs. Rappelons que dans l’Église catholique, le sexisme est présent à la fois dans les lois et dans les mœurs. C’est ainsi qu’elle contribue à entretenir et à faire passer pour normales des relations de domination/soumission. Son organisation hiérarchique sacralisée encourage l’espèce humaine à se sentir supérieure aux autres et à dominer la nature qu’elle exploite, comme bon lui semble. C’est là qu’intervient l’écoféminisme engendrant à son tour une écospiritualité. Cette écospiritualité est faite de pratiques de non-domination aptes à contrer les subordinations et les hiérarchies.

Qu’est-ce que la non-domination ?

Qu’est-ce que la non-domination ? Celle-ci n’est pas à confondre avec la soumission. Il s’agit d’un mode de relation choisi et non imposé. L’attitude de non-domination n’est pas un geste de faiblesse, mais une attitude forte. La non violence s’inscrit dans ce type de comportement. Pour pouvoir adopter une telle attitude, il faut en avoir les moyens et savoir développer toutes ses ressources. Il ne suffit pas de le vouloir pour y réussir.

C’est, paradoxalement, la pratique des arts martiaux qui m’a fourni un modèle de ce type de relation. En effet, on y apprend à aller dans le sens de l’agression en l’accentuant au lieu d’opposer un contre. Un bon exemple de cette méthode se trouve dans le sutemi ou sacrifice du corps. Il s’agit de s’effacer pour laisser passer la charge. Lorsqu’un fou furieux se précipite sur vous pour vous saisir ou vous étrangler, il convient de s’écarter à droite ou à gauche, de saisir son revers et sa manche pour diriger sa chute et de s’asseoir sur le côté. Entraîné par son élan, celui-ci va s’écraser au sol. La technique ne demande pas de force physique et est beaucoup plus subtile que d’essayer de contrer une force brute.

Une des premières choses que l’on apprend dans un dojo est l’esquive de l’attaque. Nulle agressivité, nulle violence, mais laisser passer l’attaque. Ne pas opposer force contre force, mais faire le vide devant l’agresseur et seulement alors désarmer l’adversaire et le forcer à l’abandon. Mais qui peut se permettre ce genre de riposte non conventionnelle et non violente ? Un maître japonais racontait :  » Me trouvant confronté à un adversaire, j’ai deviné son attaque ; mentalement j’ai trouvé la riposte adéquate et, ayant maîtrisé psychologiquement cet adversaire, j’ai passé mon chemin, le laissant dépité et vaincu !  » C’était tout le contraire d’une réponse de peureux ou de faiblard. Mais pour accéder à ce niveau, il faut des ressources techniques et psychologiques qu’on vient d’acquérir au dojo et qu’on n’a jamais fini de posséder. On apprend à se défendre pour ne pas avoir à le faire. Les pratiquants d’arts martiaux les plus forts font un détour pour éviter l’affrontement physique : ils n’ont rien à prouver. L’art du combat est devenu un art de la paix. Cette attitude ne s’applique pas seulement aux situations de violences physiques, mais à toute situation conflictuelle. Lorsqu’un heurt survient entre deux ou plusieurs personnes,  » si vous n’exercez pas de poussée contraire, il n’y a pas de réel conflit. Exercez une poussée contraire, consciemment ou pour inadvertance, et le conflit va monter.  » Lorsque le ton s’élève, rester calme et parler bas ; ne pas offrir de résistance pour ne pas se laisser entraîner dans un combat qui ne nous sert pas ; détourner le regard ; écouter plutôt que parler. Voici des comportements que la pratique du contrôle aux séances d’entraînement permet d’adopter. Ceci n’est qu’un exemple de ce que peut produire la non-domination. Il s’agit d’une sorte de jeu de qui perd gagne.

Nous avons un écho de ce type de pratiques dans quelques préceptes évangéliques étonnants :  » Quand on te frappe sur la joue droite, tends encore la joue gauche  » ou encore  » Si l’on te prend ta tunique, laisse encore ton manteau (Mathieu l, 39-40) « . L’Évangile prônerait-il le masochisme ? Lorsqu’on frappe, on attend d’être frappé en retour ; quand on vole, on attend une protestation véhémente. Or là, la réponse préconisée n’est pas la réponse attendue. C’est une riposte qui déconcerte et décontenance l’adversaire. Ce n’est pas ce qu’il attendait. Il y a un temps de flottement que l’on peut mettre à profit. La domination qui tend à supprimer et à détruire autrui ne peut que nuire à l’agresseur lui-même qui n’a plus personne à dominer. En appliquant cette notion à nos relations à la nature, il n’est pas difficile de constater qu’à force d’avoir abusé d’elle, parce qu’on la croyait inépuisable, elle se dégrade inexorablement et ne fournit plus ce dont nous avons besoin existentiellement. Comment retrouver l’harmonie avec elle, si nous ne savons pas vivre harmonieusement avec les autres, notamment avec l’autre qui est sans cesse en vis-à-vis de nous, l’homme pour la femme, la femme pour l’homme ?

L’eucharistie : mémoire de la non-domination

Dans une optique chrétienne, on peut voir la non-domination comme l’attitude adoptée par Jésus et qui culmine dans la Croix. On en fait mémoire dans l’Eucharistie.

 » Au cours d’un repas (…), Jésus se leva de table, quitta son manteau et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il versa de l’eau dans une bassine et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint  » (Jean 13, 2-5).

Ce récit remplace, dans l’évangile de Jean, le récit de l’institution de l’Eucharistie où l’on voit Jésus prendre du pain et une coupe de vin et prononcer des paroles disant que cette nourriture partagée, c’est lui qui se donne. Ces deux récits se renforcent mutuellement, l’un sous forme de don offert, l’autre de service rendu.

Pour laver les pieds de ses amis, Jésus revêt une tenue d’esclave. C’était eux, en effet, et souvent des servantes, qui étaient chargés de ce travail rendu nécessaire par les routes poussiéreuses. Si bien que l’on comprend le refus indigné de Pierre :  » Toi, Seigneur, me laver les pieds ! Ah ça non, tu me laveras les pieds, jamais de la vie !  » C’est pour lui le comble de l’abaissement. Mais Jésus n’est ni contraint ni forcé d’accomplir ce service. Il n’est pas dans une situation d’esclavage, il est libre. Il est Maître et Seigneur. Il ne s’agit nullement d’une attitude de soumission. Par ce geste, Jésus exprime son refus de toute supériorité que  » son rang  » l’autoriserait à avoir ; et plus largement encore le refus de toute domination de quiconque sur autrui.  » Je ne vous appelle plus disciples, mais amis « .

En se mettant aux pieds de ses amis, Jésus inverse la position de l’homme vis-à-vis de Jésus. En effet, dans cette attitude, ce n’est plus l’homme qui lève son regard vers Dieu, mais Dieu qui lève son regard vers l’homme, Dieu qui se met au service des hommes jusqu’au bout, à genoux devant eux, renonçant à être un Dieu tout-puissant. Mais, en agissant ainsi, ne va-t-il pas se faire avoir par eux ? Ne va-t-il pas se faire  » manger  » par eux ?

Et l’on rejoint ici la signification du pain et du vin du dernier repas de Jésus.

Jésus se rend aussi disponible qu’une nourriture et une boisson pour combler les besoins humains. Il se met à la disposition des affamés et des altérés. Il s’offre jusqu’au bout. Là aussi il pratique la non-domination. Il se laisse assimiler, non pas pour disparaître mais pour nous rendre égal à lui-même et que nous puissions nouer une relation fondée sur l’égalité.

Et c’est  » cela  » qu’il demande qu’on fasse en mémoire de lui.  » Faites cela en mémoire de moi.  » On sent tout ce qu’il peut y avoir d’incongru dans les règles où l’on enferme l’eucharistie et dans les limitations que l’on met à son accès. Jésus, lui accepté tous les risques de notre liberté. Il ne met pas de limites à son don :  » Manger en tous, buvez en tous, c’est pour la multitude.  » Exclure quiconque de l’eucharistie lui ôte son caractère de gratuité, de don en abondance et de non-domination. Monopoliser le pouvoir sur l’eucharistie entre les mains de quelques-uns est une perversion de l’eucharistie puisqu’elle devient ainsi pratique de domination du clergé sur le laïcat et des hommes sur les femmes.

L’attitude de non-domination, avons-nous déjà vu, n’est pas un geste de faiblesse, mais une attitude forte.  » Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne « .

C’est le pouvoir impuissant de l’amour. C’est en mettant en oeuvre les uns vis-à-vis des autres des pratiques de non-domination que nous créerons une communion fraternelle. Car, à son tour, chacun et chacune est invité/e à introduire dans ses relations des pratiques de non-domination.  » Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns les autres.  » Il ne s’agit plus de se laver les pieds mutuellement, car cela ne figure plus dans les rites de politesse de notre temps, mais de se mettre à la disposition, à l’écoute et au service des autres. C’est la seule façon de les considérer comme des frères et sœurs et de mettre fin à tout désir de domination sur eux. C’est ainsi qu’eux-mêmes se sentiront exister comme des êtres humains au plein sans du mot, capables de nouer une relation d’égalité avec les autres. Dans une telle relation, on ne voit pas comment pourraient subsister des rôles spécifiques masculins et féminins, aussi beaux soient-ils, mais empêchant la réciprocité. Ces rôles humains qui appartiennent aux deux sexes sont à partager. Une eucharistie qui ne s’incarne pas dans un partage concret est vidée de son sens, mais mieux que partage, il faudrait même parler d’échange où il n’y a plus un qui donne et l’autre qui reçoit. L’échange nécessite que le don ne soit pas unilatéral, auquel cas nous sortons pas des pratiques de domination. La non-domination consiste à rendre l’autre capable de donner à son tour.

L’habitude du souci et du respect de l’autre va de pair avec le souci de l’environnement. Épargnée et respectée, la nature saura se montrer prodigue.

ALICE GOMBAULT.
Article publié dans la Revue Parvis, Hors série n° 24, novembre 2010 : Les Femmes et la nature… l’Ecoféminisme. A commander auprès de notre association.

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