Perspectives Ecclésiales 2003 – L’analyse de Femmes et Hommes en Église

Plusieurs réflexions FHE élaborées ces dernières années font part de nos analyses, de nos projets et nos stratégies par rapport à des prises de position ecclésiales ou des situations contrastées, le plus souvent de blocage, mais aussi avec quelques signes d’ouverture. En témoignent les documents suivants :

Célébrer l’appel des femmes à une prêtrise renouvelée (pour Dublin ) -Mars 2001
Perspectives ecclésiales de FHE pour 2002 (Décembre 2001)
Communiqué à propos des femmes catholiques ordonnées prêtres (juillet 2002)
FHE face aux ecclésiologies sur le terrain (automne 2002).

Au cours de 2003 et 2004, nous pensons poursuivre dans cette voie, attentifs aux événements d’Eglise(s) .

En ce printemps 2003, où en sommes-nous ?

De plus en plus sous le signe de la PLURALITE effective : pluralité des situations, des déclarations, des ecclésiologies… même si le ton donné à l’Assemblée des évêques à Lourdes est celui de l’unanimité et de l’uniformité inspirée du modèle romain et de ses impératifs.

PLURALITE DES ECCLESIOLOGIES

Les ecclésiologies sur le terrain, évoquées par FHE fin 2002, trouvent confirmation dans un document de l’épiscopat daté de juillet/août 2002 :  » Les nouvelles paroisses, raisons et enjeux d’une réforme  » .

On y voit exprimés trois modèles de réorganisation paroissiale :

1) le maintien des anciennes paroisses avec une nouvelle articulation entre elles ;

2) la création de paroisses nouvelles en supprimant celles qui existaient. C’est la formule la plus répandue, avec quatre mots qui la caractérisent : Mission, Regroupement, Coresponsabilité, Proximité ;
 » …Un aménagement qui vise à réduire ou à répartir autrement les structures en fonction de la diminution du nombre des prêtres est condamné à terme ; les problèmes se reposeront constamment…  »

3) la constitution des communautés locales.  »

Une attention particulière aux communautés locales dans le diocèse de Poitiers, comme nous l’avons fait dans notre réflexion d’automne 2002 . Soulignons quelques lignes de force, que FHE peut ré-interroger en fonction de ses objectifs :

1) Les laïcs peuvent prendre des initiatives
Dans le diocèse de Poitiers,  » les laïcs sont à même de prendre des initiatives propres à leur état de baptisés confirmés « .

2) Partir des personnes et non des structures
 » Cette démarche originale porte sur un autre fonctionnement des paroisses, en partant des personnes et non des structures.  »

3) Le cadre ecclésial est au service de la mission et des charismes :
 » Il est utile que les laïcs disposent d’un cadre ecclésial qui les aide à donner toute leur mesure et les invite à devenir acteurs de la mission de l’Eglise.  »

4) La communauté locale est un ensemble vivant, pas nécessairement lié à un territoire
 » L’appellation  » communauté locale  » souligne le changement de perspective en insistant davantage sur la communauté que sur le territoire. Elle repose sur un principe élémentaire : les trois charges de toute l’Eglise, complétées par deux autres responsabilités. Il s’agit de la charge de la prière, de l’annonce de la foi, du service de la charité . Il s’y ajoute, pour le bon fonctionnement de la communauté, le trésorier et le délégué pastoral qui veille à l’animation de l’ensemble.  »

5) Priorité à la visibilité de l’Evangile, à travers les personnes et les institutions
 » Développer de nouveaux modes de présence ainsi que des initiatives pour rendre l’Evangile davantage présent . Rechercher une nouvelle visibilité qui soit visibilité de l’Evangile  »
 » …il faut proposer l’Evangile et favoriser la conversion au Christ. Dans une Eglise en état de mission, le prêtre peut exercer la première de ses fonctions, évangéliser, avec la coopération des laïcs… Une Eglise soucieuse d’une meilleure traduction personnelle et institutionnelle de l’Evangile aujourd’hui ;  »
 » Ce ne sont pas les structures qui évangélisent, mais les personnes disponibles au souffle de l’Esprit .
Dans la vie ecclésiale, les structures ne sont pas arbitraires. Elles font partie des médiations de l’action de l’Esprit Saint
 » .

6) Tous coresponsables, chacun selon ses charismes et sa mission
 » L’exercice des trois charges de toute l’Eglise .  » A chacun est donné l’Esprit Saint en vue du bien de tous  » (1Co 12,7).Enseigner, sanctifier, régir . Prophète, prêtre, roi . Le régir pose le plus souvent problème : dans la vie ecclésiale, la fonction royale est exprimée, selon les contextes, en terme de gouvernement, de service ou de diaconie…  »

7) Le nécessaire changement des mentalités
La réussite des réorganisations tient à un renouvellement de mentalité .  » Le fond du problème n’est pas dans le rétrécissement, ni la concentration des communautés, mais dans l’élan vers de nouvelles formes de présence chrétienne exigées par l’évolution de la société… . Ce changement est commandé par une nouvelle vision de la paroisse comme communauté de baptisés, sujet d’action et de droit, en face du ministère ordonné de quelques uns . Une relation de communion les unit dans le respect des responsabilités différenciées partagées, en fonction de la place et du rôle de chacun .  »
PLURALITE DES CHOIX PAR RAPPORT AUX CELEBRATIONS DOMINICALES

Les célébrations dominicales ne sont qu’un aspect de la  » pratique chrétienne « , mais c’est un lieu majeur où se cristallisent les significations et les engagements . La manière de célébrer n’est pas neutre par rapport à nos objectifs FHE . Il est des célébrations où les femmes sont à égalité avec les hommes, pour la présidence, les interventions… C’est le cas des ADAP, qui peuvent exercer une fonction pédagogique auprès des fidèles peu disposés à accueillir des femmes à la présidence des eucharisties . A condition tout de même qu’on ne s’éternise pas sur ce provisoire !

1) Les liturgies de proximité (Mgr Rouet)

 » Dans les endroits où le prêtre ne va pas tel dimanche, nous invitons les gens à prier dans leur église car ils témoignent ainsi que la foi n’est pas morte dans ce lieu humain… On ne va pas à la messe dans un autre bourg comme on va au supermarché .
Dans les endroits où les équipes de base sont actives, la pratique augmente, même s’il n’y a pas de messe chaque dimanche
.

2) La messe d’abord (Mgr Dubost à Evry):

1-Priorité à la célébration eucharistique, avec au moins un repère de temps et de lieu par Secteur, église principale avec  » messe des communautés  » ; les gens se déplacent bien pour aller au supermarché, pourquoi pas à l’église principale ?
2-Grande importance de l’ouverture de chaque église pour des liturgies de proximité sous forme de messe ( les ADAP seront exceptionnelles )
.

Mais le Document de l’Episcopat cité plus haut reconnaît  » qu’un regroupement excessif des messes accélère la baisse de la pratique  »

PLURALITE DES PROPOSITIONS POUR L’APPEL AU PRESBYTERAT

Le discours officiel et la pastorale des vocations presbytérales maintiennent l’unique manière de voir : appeler de jeunes célibataires masculins . Mais quelques dissonances se manifestent, inspirées, entre autres, par le courant  » Parvis « . Nous n’en sommes pas encore aux appels effectifs adressés à des hommes mariés, voire à des femmes, mais un évêque (Strasbourg) ose en parler en pleine cathédrale, un autre (Nancy) l’exprime à son conseil diocésain de pastorale . Les solutions plurielles évoquées ci-dessous ne sont donc pas actuellement sur le même plan : l’une est la règle générale, l’autre est à l’état de vœu !

1) Prier pour les vocations de jeunes célibataires masculins ou se résoudre à la mort des communautés (Mgr Barbarin, Lyon)

 » Tous les évêques sont traumatisés par le manque de vocations. C’est pour nous une épreuve spirituelle. On peut le voir à l’Assemblée de Lourdes… Nous dirons au Bon Dieu : donnez-nous les prêtres dont nous avons besoin. Nous n’en pouvons plus… Nous sommes partis à Vézelay, avec toute la région apostolique du Centre, le 20 avril 2002 :  » Seigneur, donne-nous les prêtres et les diacres dont nous avons besoin !… Seigneur, fais quelque chose !  » L’issue ne nous appartient pas. A la limite, peut-être que le catholicisme va bientôt mourir en France, comme il est mort en Afrique du Nord à l’époque de St Augustin. La seule chose que nous demandons, c’est d’accueillir notre vocation, d’être des saints et, nous les évêques, de veiller sur notre peuple et de jouer notre rôle de pasteur. A partir de cette démarche de Vézelay, notre but est de prier quotidiennement pour les vocations…. C’est dramatique, mais nous n’y sommes pour rien !  »
Revue  » Signes  » N° 166

2) Ordonner aussi des gens mariés (Mgr Doré, Strasbourg)
 » Il ne serait pas responsable de censurer systématiquement ce genre de questions (sur la raréfaction des prêtres), et de se contenter de s’en remettre aux mains de la Providence, en attendant des jours meilleurs qu’on ne s’emploierait nullement soi-même à préparer…
Les rassemblements du peuple de Dieu, il importe qu’ils aient lieu, qu’ils soient assurés et qu’il y soit donc présidé . Prier, relancer l’appel, nous organiser : est-ce que tout cela suffira ? Dieu seul le sait, à vrai dire .
Tout le reste étant dit, l’Eglise devrait ici se poser la question de proposer l’ordination à des gens mariés . Autrement dit : de ne plus lier systématiquement l’ordination au sacerdoce au propos de célibat
.  »
Homélie du 29 juin 2002, au cours d’une ordination

FHE FACE A CES PLURALITES

Parmi les réalités ou les perspectives plurielles, nous devinons celles qui peuvent appuyer nos propres démarches, ou ne pas les boycotter, et nous avons tout intérêt à les valoriser, les faire connaître, les mettre en avant quand on nous oppose :  » L’Eglise dit que… L’Eglise pense que… L’Eglise veut… « .

Une attitude pratique serait une certaine rigueur dans notre langage quotidien pour traduire notre conception plurielle de l’Eglise . Ne jamais dire  » l’Eglise  » quand il s’agit seulement de l’institution ecclésiale .  » Que pense l’Eglise sur cette question ?  » Dans le peuple de Dieu il y a des croyants qui pensent que… et il y a l’Institution ecclésiale, Rome notamment, qui pense avoir l’unique pensée juste sur tous les sujets .

Un détail : notre appellation  » Femmes et Hommes en Eglise  » – en Eglise au singulier – est-elle encore plausible quand notre ecclésiologie conciliaire, fidèle à Vatican II, nous presse de mettre en avant les Eglises locales, les réseaux, la pluralité des situations ecclésiales, sans parler des Eglises chrétiennes sœurs, comme les protestants, les anglicans, les orthodoxes, et toutes les autres ?  » Femmes et Hommes en EgliseS  » semblerait plus pertinent .
L’Ecriture, au chapitre 5 des Actes des Apôtres, verset 14, nous offre même une qualification plus radicalement chrétienne, antérieure (si l’on peut dire) à l’appartenance à une  » Eglise  » :  » Une multitude d’hommes et de femmes mettant leur foi dans le Seigneur  » .  » Femmes et Hommes qui croient au Seigneur !  » Fondamental !

Au titre d’une réflexion plus approfondie, nous pourrions, dans notre lettre FHE ou dans la revue  » Parvis « , reprendre chacune – ou quelques unes – des idées forces exprimées dans le premier chapitre  » pluralité des ecclésiologies « , et dire ce que nous, FHE, nous lisons derrière ces titres positifs, ce qu’ils nous inspirent comme attitudes dans le présent, comme chemin(s) à parcourir et quelles contradictions ils nous obligent à constater dans les situations actuelles.

1) Les laïcs peuvent prendre des initiatives.
Oui, mais quand ils en prennent, quel accueil leur est réservé ?

2) Partir des personnes et non des structures
Oui, mais quand on met au premier plan la situation des personnes, par exemple dans le cas des divorcés remariés, comment réagit la structure ?

3) Le cadre ecclésial est au service de la mission et des charismes
Oui, mais ….

4) La communauté locale est un ensemble vivant, pas nécessairement lié à un territoire
oui, mais l’esprit de clocher n’est pas mort…

5) Priorité à la visibilité de l’Evangile, à travers les personnes et les institutions
Oui, mais les institutions qui ne veulent pas évoluer dans le sens d’une anthropologie moderne sont un contre-témoignage à l’Evangile…

6) Tous coresponsables, chacun selon ses charismes et sa mission
oui, mais …

7) Le nécessaire changement des mentalités
y compris le changement de mentalité de certains clercs ou certains hauts responsables…

L’égalité hommes-femmes et le partenariat dans nos Eglises

Même si les femmes sont en majorité numérique dans les Eglises, notamment dans certains secteurs, leur place dans les structures de décision ne semble guère évoluer . En France, la sensibilisation à cette question paraît moins forte que dans les milieux anglo-saxons . Combien d’évêques ou de prêtres ont réellement conscience du problème ?
Un exemple dans  » La Croix  » du 4/4/2003 ; Mgr Barbarin, de Lyon, interrogé sur l’ordination des femmes, répond ceci :  » Je ne sais pas si cela nous rend service de rester rivés sur cette question. Elle risque de nous empêcher de voir dans le présent tout ce que les femmes apportent et construisent dans l’Eglise d’aujourd’hui . Il est utile de relire les Actes des Apôtres pour voir leur place dans la naissance de l’Eglise comme  » maison « , la façon qu’elles ont d’entrer dans le ministère de l’apôtre, pour lui donner tout son déploiement . C’est aussi vrai aujourd’hui que dans les commencements .  »
Même type d’analyse dans le livre de Mgr Dubost :  » Les femmes, 15 questions à l’Eglise, un évêque répond  » . Le chapitre 12, sur l’ordination des femmes, reprend les arguments toujours avancés pour justifier le  » non  » .

Sans grand succès, nous avons essayé des contacts avec quelques évêques ou des instances ecclésiales importantes .
Faut-il user nos énergies à continuer ?

Certain-es pensent que la sensibilisation à l’égalité hommes-femmes et au partenariat en France, y compris dans nos Eglises, passe par le chemin de l’Europe . La création de sa Constitution est l’occasion d’introduire dans des textes législatifs une dimension partenariale qui devrait faire jurisprudence dans la société civile et, par contre-coup, dans les Eglises, si celles-ci veulent être logiques avec leur  » proposition de la foi dans le monde d’aujourd’hui  » .

A FHE, bon nombre se disent motivé-es pour développer les bases humaines du partenariat dans tous les domaines de la vie civile et dans les échanges aux niveaux mondial et européen . Ce faisant, la place des femmes dans l’Eglise ne serait pas oubliée, mais nous essaierions de la faire évoluer par le biais des progrès dans la société .

Attention cependant ! Nous aurions tort de ne pas revenir périodiquement sur l’urgence des évolutions à susciter dans nos Eglises . L’actualité nous le rappelle, notamment par les récentes ordinations de femmes au presbytérat, dans le cadre et le climat que l’on sait . Ne plus en parler signifierait probablement aux yeux des autres que, pour nous aussi, la cause est entendue, et qu’il n’y a plus lieu d’en faire état . Pour FHE la cause n’est pas fermée, des faits existent, le débat reste donc ouvert .

L’ORDINATION DES FEMMES : FAITS et DEBATS

Des faits :

  • Le  » NON  » définitif prononcé par le Vatican par rapport à l’ordination presbytérale des femmes n’a pas enterré la question, pas plus que l’interdiction d’en parler . D’ailleurs, les évêques interrogés sur le sujet ne refusent pas de s’exprimer lors des conférences ou des interviews, et leurs écrits reprennent les arguments qui appuient la thèse officielle . Voir par exemple le chapitre 12 du livre de Mgr Dubost  » Les Femmes. Quinze questions à l’Eglise, un évêque répond « .
  • L’interdit du Vatican n’a pas stoppé les demandes de femmes en vue de l’ordination presbytérale . Il n’a pas, semble-t-il, changé les convictions de celles et ceux qui y réfléchissent et qui sont confronté-es quotidiennement à la mise en place de la parité et du partenariat dans tous les domaines . Des femmes catholiques sont passées à l’acte en se faisant ordonner, après mûre réflexion et après des années de formation théologique et pastorale .
  • Des arguments fondés sur l’Ecriture, la Tradition, l’histoire ou l’anthropologie militent en faveur de l’ordination des femmes et prouvent que l’ordination des femmes n’est pas un impossible au nom du Dieu de Jésus Christ ou en raison du sexe féminin .

Aussi pour Femmes et Hommes en Eglise, les débats sont toujours d’actualité :

  • Que valent les textes du Vatican, qui prononcent des interdits et des sentences d’excommunication par rapport aux personnes mises en cause ? De quel poids sont-ils par rapport à la liberté de conscience ? Quelle conception de l’obéissance et de la résistance dans l’Eglise nous paraît compatible avec l’Evangile du Christ ?
  • Quelle fut l’attitude de Jésus en paroles et en actes par rapport aux exclusions prononcées à son égard et par rapport à ceux qui les prononçaient, les grands prêtres, les scribes et les anciens ?
  • Quelle signification ecclésiologique doit-on donner aux ordinations récentes de femmes ? Quels témoignages apportent-elles à notre temps ?

Perspectives Ecclésiales 2003 – L’analyse de Femmes & Hommes en Église
Claude Bernard – Président de FHE – mai 2003