Lettre aux cardinaux électeurs (FHEDLES)

Monsieur le Cardinal,

Dans quelques jours, vous allez avoir la redoutable charge d’élire un nouveau pape, voire de le devenir vous-même. Nous souhaitons à cette occasion vous faire part de nos préoccupations qui recouvrent sans doute celles d’une partie du peuple catholique.

Les  objectifs de notre association récapitulés dans son titre « Femmes et Hommes, Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société » nous rendent témoins de souffrances imméritées de la part de chrétiennes et chrétiens parmi les mieux formés et les plus dévoués. Il s’agit de toutes ces personnes engagées au service de l’Église. Elles sont devenues adultes dans la foi, conscientes de leur responsabilité de baptisées, aptes à porter un regard critique sur certains fonctionnements autocratiques de l’institution et capables de contribuer à la réflexion théologique et pastorale. En grande majorité, cette population est composée de femmes. Ne pas se préoccuper des souhaits qui émanent, souvent encore discrètement, de cette base, c’est scier la branche sur laquelle on est assis. Déjà, certains et certaines partent, sans faire de scandale.  Conscients des  implications sociétales du message évangélique, ils  vont porter leurs compétences et leurs acquis dans des institutions profanes où ils estiment pouvoir  mieux répondre à la vocation  de leur baptême et aux exigences de l’Évangile.

Au premier plan de leurs attentes figure une soif de dialogue, de concertation et de participation dans les différentes instances de notre institution catholique. Nous savons que l’Église n’est pas une démocratie. Elle ne doit pas pour autant fonctionner comme une monarchie mais plutôt comme un corps bénéficiant de la contribution et des charismes de tous ses membres, qu’ils fassent partie de son aile marchante ou de son aile traditionaliste. Vous-même avez peut-être ressenti le manque de collégialité. Ensuite vient la nécessité de donner aux femmes la place qui leur revient dans l’exercice de l’autorité et dans la représentation symbolique. Celles-ci étant liées à l’ordination, il devient nécessaire de repenser ce sacrement tant pour les hommes que pour les femmes. La sacralisation de la fonction et de la personne ordonnée nous semble contraire à l’esprit de l’Évangile. Enfin, il nous paraît important de considérer les baptisés comme des adultes et de leur laisser  leur liberté d’enfants de Dieu et leur responsabilité plutôt que de brandir des interdits qui les maintiennent dans la passivité.

Nous espérons que ces quelques remarques rejoignent votre souci d’une Église renouvelée dont nous sommes partie prenante et qu’ainsi elles vous inspireront dans le choix difficile que vous avez à faire prochainement. Croyez à notre foi commune en l’Esprit-Saint qui se manifeste toujours à travers des médiations.

Le conseil d’administration de FHEDLES

Claude Dubois co-présidente, Gonzague Jobbé-Duval co-président, François Becker, Denyse Boyer, Jean Combe, Annie Crépin, Elisabeth Denby Wilkes, Raymond Godefroy, Alice Gombault, Jeanne Guimier, Sylvie Kolaczek Froissard, Bernard Quelquejeu, Jean-Pierre Schmitz, Marie-Thérèse van Lunen Chenu

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